Une plante toxique s'immisce en Estrie

La berce du Caucase est une plante exotique... (Courtoisie, MDDELCC)

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La berce du Caucase est une plante exotique envahissante dont la sève est toxique.

Courtoisie, MDDELCC

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<p>Christine Bureau</p>

(Valcourt) Une plante exotique envahissante commence à faire sentir sa présence en Estrie. Pouvant atteindre jusqu'à cinq mètres de hauteur, la berce du Caucase peut sembler attrayante avec ses ombelles de fleurs blanches. Mais ne vous laissez pas charmer : cette plante peut provoquer de graves brûlures.

«C'est la sève qui est toxique. Si vous la frôlez et qu'il n'y a aucune partie qui est cassée, il n'y aura aucune irritation cutanée. C'est vraiment le contact de la sève avec la peau qui est dangereux», explique Isabelle Simard, coordonnatrice aux espèces exotiques envahissantes au ministère du Développement durable, de l'Environnement de la Lutte aux changements climatiques (MDDELCC). Une fois la sève sur la peau, ce sont les rayons du soleil qui se chargent de l'activer, ce qui peut causer des irritations cutanées semblables à des brûlures qui reviennent année après année.

Mais si la présence de la berce du Caucase est remarquée en Estrie depuis 2011, bien peu de données existent sur l'ampleur du problème aujourd'hui. Au MDDELCC, aucun inventaire n'a été dédié à sa détection. L'information leur provient plutôt de citoyens, organismes et municipalités, mentionne Mme Simard.

Un nouvel outil web a d'ailleurs été mis en ligne l'an dernier par le MDDELCC. Du nom de Sentinelle, il permet de transmettre directement via son téléphone mobile ou sa tablette une photo de la plante en question et ses coordonnées GPS. Il revient ensuite au Ministère de valider s'il s'agit bien, par exemple, de berce du Caucase. «Statistiquement, je vous dirais qu'une fois sur 10, c'est vraiment de la berce du Caucase. Les gens sont inquiets et nous envoient des photos, mais c'est une plante qu'on peut confondre avec la berce laineuse, une espèce indigène», spécifie-t-elle.

À qui la responsabilité?

Sur Sentinelle, seulement un cas de berce du Caucase a été signalé en Estrie depuis l'an dernier, le long de la route 216 vers Stoke. Il s'en trouve aussi deux à Beaulac-Garthby, près du lac Aylmer. Mais d'autres cas ont également été confirmés dans le canton de Valcourt, à Saint-Camille, Ayer's Cliff et Sherbrooke.

«Cela fait déjà un certain temps qu'elle est installée au Québec. En 2009, Granby avait déjà à gérer la plante», fait remarquer Marc-André Guertin, enseignant au Centre universitaire de formation en environnement de l'Université de Sherbrooke. «L'un des enjeux, c'est que les municipalités tardent à mettre cette espèce sur les espèces prohibées en milieu municipal et surtout, les municipalités se retrouvent limitées pour agir puisque la plante se retrouve souvent sur une propriété privée», ajoute-t-il.

C'est en effet au propriétaire du terrain de décider s'il souhaite ou non arracher la plante, une consigne qui est valide pour toutes les espèces envahissantes, précise Isabelle Simard.

Dans le cas de la berce du Caucase, rares sont les municipalités qui en ont fait une plante à déclaration obligatoire. À Granby, la municipalité a conclu en 2012 une entente avec la Fondation pour la sauvegarde des écosystèmes de la Haute-Yamaska, qui s'occupe d'arracher puis de détruire la plante après le signalement d'un citoyen. La Fondation a fait sept signalements à Sentinelle depuis l'an passé.

Ce n'est pas le cas à Sherbrooke, où la Ville s'occupe seulement des endroits publics. «C'est encore très isolé pour le moment, mais c'est sûr qu'aussitôt qu'on a des signalements sur des terrains publics, on va l'arracher. Les propriétaires, on ne peut pas les obliger à le faire», note le contremaître en horticulture de la Ville, Pierre Benoît Lemire.

Que faire si vous apercevez la berce du Caucase?La première étape est de confirmer qu'il s'agit bien de la berce du Caucase, une plante facile à confondre avec la berce laineuse, une espèce indigène non toxique. Outre la hauteur de la plante, qui peut varier de deux à cinq mètres, vérifiez ses feuilles, très dentées et découpées.

«Le meilleur critère, c'est la présence ou l'absence de poils sous les feuilles. S'il n'y a presque pas de poils ou très peu et qu'il semble dru, c'est de la berce du Caucase», précise Isabelle Simard, coordonnatrice aux espèces exotiques envahissantes au ministère du Développement durable.

Sa la tige présente aussi des tâches rouges définies et quelques poils épars blancs, surtout à la base des tiges foliaires, contrairement à la berce laineuse, dont les poils sont nombreux et semblent très doux. La berce du Caucase se retrouve dans les endroits humides et les milieux pertubés, notamment le long des berges de cours d'eau, des fossés, des chemins de fer et des routes. Si vous croyez en avoir aperçu, envoyez des photos au MDD afin de bien l'identifier. Surtout, évitez d'y toucher.

S'il s'agit vraiment de berce du Caucause, appelez votre municipalité afin de savoir si elle s'occupe d'arracher le plant pour vous. Sinon, vous pouvez appeler une firme spécialisée ou l'éliminer vous-même, à condition d'être bien préparé.

Habillez-vous de vêtements non absorbants de la tête aux pieds. Portez des lunettes de protection, des gants et des bottes de caoutchouc. Creusez jusqu'à 20 cm dans le sol avec une pelle ronde pour éliminer les racines. Recouvrir d'une toile géotextile et mettez la plante dans un sac de plastique rigide avant de le mettre aux poubelles. Retirez vos vêtements en les retournant à l'envers et lavez vos outils.

«Si on fait attention et qu'il n'y en a pas énormément, il y a moyen de travailler et de l'éliminer sans problème. Mais c'est sûr que si les gens sont inquiets, on ne peut pas les forcer à le faire», rappelle Mme Simard. Comme les dermatites chroniques ne sont pas une maladie à déclaration obligatoire, aucune donnée n'existe quant au nombre de personnes qui ont pu être brûlées par la berce du Caucase.

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