Route verte : l'entretien diminuera

La disparition des subventions pour aider le monde municipal à entretenir la... (IMACOM, Maxime Picard)

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IMACOM, Maxime Picard

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(MAGOG) La disparition des subventions pour aider le monde municipal à entretenir la Route verte aura rapidement des conséquences sur le terrain, en Estrie comme ailleurs au Québec. À cause de leurs moyens financiers limités, tout laisse croire que ce sont les petites communautés qui diminueront le plus l'entretien de la chaussée et des installations de cette longue voie cyclable.

La nouvelle concernant la disparition du volet entretien du programme Véloce est tombée l'automne dernier. Il était difficile, au départ, de mesurer l'impact de cette décision du gouvernement Couillard, mais on commence à avoir une meilleure idée de ses conséquences sur la Route verte, qui s'étend sur 5300 kilomètres.

Dans la MRC des Sources, l'organisme Corridors verts se trouve carrément forcé de fermer ses livres à cause de la disparition du volet 4 du programme Véloce.

La MRC des Sources recevait annuellement un peu plus de 20 000 $ de la part de Québec pour l'entretien de la Route verte et elle injectait à son tour une somme d'argent semblable tous les ans. Les deux montants étaient confiés à Corridors verts, qui se chargeaient d'effectuer le travail requis.

Désormais, l'entretien de la Route verte dans la MRC des Sources est l'affaire de la MRC elle-même. Mais le montant disponible pour réaliser le travail a diminué de moitié environ.

«On va faire pour le mieux, promet Sylvain Valiquette, coordonnateur des équipements récréotouristique à la MRC des Sources. Notre priorité sera d'assurer la sécurité des gens, mais on va retarder des travaux et peut-être qu'il y aura moins de coupe de gazon en bordure de la piste. Ce sera difficile de continuer longtemps comme ça. On espère trouver plus d'argent dans le futur.»

La situation est similaire dans la MRC du Val-Saint-François, où la Route verte s'étend sur une distance de 37 kilomètres. Cette autre MRC essuiera une perte de 40 000 $, cette année, à cause de la disparition du volet 4 du programme Véloce.

«Nous allons faire le minimum, tout en nous assurant de garder la piste sécuritaire, indique la directrice générale de la MRC du Val-Saint-François, Manon Fortin. Il est possible que des travaux soient reportés. Si on a des avaries, on risque fort de manquer d'argent.»

La Ville de Sherbrooke entretient pour sa part un tronçon de 127 km, auquel était rattachée une subvention annuelle de quelque 75 000 $. La municipalité n'a pas décidé si elle compenserait cette perte, mais tout indique que le budget d'entretien dévolu à ce tronçon sera revu à la baisse.

Perte compensée à Magog

À Magog, le montant qui provenait annuellement du volet 4 de Véloce oscillait autour 20 000 $. La Ville de Magog pigera dans ses coffres pour éponger la perte subie.

«Pour le moment, on poursuit l'entretien de la même façon qu'avant, révèle le chef de la division des parcs et espaces verts à la Ville de Magog, Sylvain Longpré. C'est important de ne pas négliger la piste, sinon on pourrait se retrouver avec des poursuites de la part d'usagers qui se blesseraient, par exemple.»

M. Longpré reconnaît cependant que, à plus long terme, la coupe annoncée par Québec en 2014 aura éventuellement des conséquences à Magog. «Dans le futur, ce n'est pas exclu», admet-il.

Vélo Québec veut trouver une solution

La disparition des subventions pour l'entretien de la Route verte préoccupe l'organisme Vélo Québec, qui est à la recherche de solutions depuis quelques mois maintenant.

Directrice générale de Vélo Québec, Lucie Lanteigne affirme que l'élimination du volet entretien du programme Véloce est «absolument préoccupante. On verra moins l'impact au début, mais ça va s'aggraver avec le temps.»

De l'avis de Mme Lanteigne, plusieurs «ont sous-estimé l'impact» de la disparition du volet 4 du programme Véloce, qui était doté d'une enveloppe totale de 2,8 millions $. «Ça peut sembler peu d'argent, mais c'est énorme pour des petits milieux», soutient-elle.

La grande patronne de Vélo Québec révèle que l'impact se fera surtout sentir sur les tronçons en «site propre», qui sont des portions de piste entièrement détachée du réseau routier conventionnel. L'ensemble de ces tronçons s'étend sur une distance de 1900 kilomètres.

«Pour les portions en site propre, les coûts d'entretien s'élèvent habituellement à 3000 $ du kilomètre par année. Quand ces portions sont dans les villes d'une certaine taille, ça ne pose pas trop de problèmes, mais dans les zones moins populeuses c'est autre chose», explique Lucie Lanteigne.

En avril, Vélo Québec et de nombreuses organisations partenaires se sont rencontrées pour discuter de la situation. À court terme, une «proposition» concernant le financement des travaux d'entretien de la Route verte devrait être soumise au gouvernement provincial.

«On sent beaucoup de mobilisation de la part des municipalités dans ce dossier. C'est une occasion pour revoir le modèle en place et améliorer l'efficience des différents acteurs. Mais il faudrait aussi que des sommes soient à nouveau disponibles. On demandera de l'argent au provincial, mais je ne suis pas en mesure de dire quel montant encore.»

Rappelons que la coupe imposée par Québec est survenue dans le cadre de l'entrée en vigueur d'un nouveau pacte fiscal conclut entre les municipalités et le gouvernement québécois.

Mme Lanteigne estime que la Route verte a un «effet très structurant» dans plusieurs communautés. «C'est un réseau national qui attire des visiteurs», lance-t-elle, ajoutant qu'il est normal de souhaiter sa préservation.

Un atout pour l'industrie touristique

Le directeur général de l'organisme Tourisme Cantons-de-l'Est, Alain Larouche, espère vivement qu'une solution sera trouvée pour que la Route verte puisse continuer d'être un réseau cyclable de premier plan.

«C'est malheureux que des subventions soient disparues, confie M. Larouche. Le projet de la Route verte, c'est 20 ans de travail pour améliorer la qualité de vie des citoyens des différentes régions et cultiver l'économie touristique. Ça n'a pas toujours été facile de trouver des gens qui croyaient à ce projet.»

Pour démontrer l'importance de cette longue voie cyclable, le directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est souligne qu'elle a déjà attiré l'attention de la revue National Geographic, une référence partout dans le monde. «National Geographic a dit que c'était une des plus belles routes pour le vélo à travers la planète», note-t-il.

Alain Larouche ajoute que la Route verte permet de véhiculer plus aisément l'idée que le Québec est un endroit tout désigné pour la pratique du vélo. «Ça crée un branding

Cela dit, pour inciter les cyclotouristes à effectuer un séjour dans une région précise, ce n'est pas nécessairement le meilleur appât. «La Route verte est beaucoup utilisée par les locaux, qui développent le goût du vélo grâce à elle. Les vrais cyclotouristes préfèrent souvent les routes secondaires», explique-t-il.

Quoi qu'il en soit, M. Larouche est demeuré discret après l'annonce de la disparition du volet 4 du programme Véloce l'automne dernier. «À cause de toutes les coupes survenues, tellement de monde criait au Québec. J'ai pensé que ça ne servait à rien de joindre le concert des gens déçus», note-t-il.

D'après lui, il sera possible de trouver «des solutions pour sauver la Route verte». Il croit même que le gouvernement du Québec pourrait à nouveau faire sa part pour éviter que le projet se solde par un échec.

«Je suis convaincu que Québec sera prêt à aider, compte tenu des retombées économiques en jeu. Par contre, pour ça, il faudra que l'économie reparte. Mais j'ignore quand ça reprendra de ce côté.»

La Route verte :

- Année de naissance: 1995

- Longueur: 5300 km

- 37 pour cent sur chaussée réservée

- 63 pour cent sur routes locales et provinciales

- Traverse 33 des 50 plus grandes villes du Québec

- Retombées économiques annuelles : plus de 100 millions $

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