Colette Roy Laroche : «Il faut vraiment y croire»

«C'est une véritable tour de force qu'on a... (IMACOM, Jocelyn Riendeau)

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«C'est une véritable tour de force qu'on a accompli en 2014», affirme la mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy Laroche, en constatant tout le chemin parcouru au cours de la dernière année.

IMACOM, Jocelyn Riendeau

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Lac-Mégantic) La page se tourne sur une année particulièrement houleuse à Lac-Mégantic, dans une ville qui s'efforce de se remettre d'une tragédie telle que 18 mois plus tard, elle en porte encore de lourdes cicatrices humaines, matérielles et environnementales.

Même si elle aurait 1000 raisons de baisser les bras, la mairesse Colette Roy Laroche garde le cap, épaulée par l'équipe de l'Hôtel de Ville, et poursuit la tâche avec une résilience exceptionnelle.

«C'est un véritable tour de force qu'on a accompli en 2014, constate-t-elle d'emblée dans cette entrevue bilan d'année. Devant cette situation complexe, tout le processus pour arriver à la conclusion et à la réalisation d'un chantier c'est pourtant i-ni-ma-gi-na-ble! Dans tout ce grand chantier de décontamination, de nettoyage et de reconstruction, il y a plusieurs intervenants en cause. La Ville n'est pas seule à décider. C'est sûr que ça alourdit les démarches.

«Il faut vraiment croire et être convaincu qu'on peut aller jusqu'au bout parce que ce serait tellement facile de tout lâcher...»

Heureusement, malgré son lot de difficultés, 2014 a aussi eu son lot de belles réalisations. Assez pour maintenir l'espoir et continuer de batailler.

«À partir de l'ouverture du pont (le pont de la Solidarité inauguré à la mi-octobre et qui relie les deux secteurs de la ville), il me semble que certains sceptiques ont commencé à croire que oui, on arrivait à reconstruire», dit-elle.

Plusieurs nouveaux commerces ont rouvert leurs portes dans la foulée, autant de points d'ancrage dans une communauté qui a soif de renouer avec ses habitudes.

«Pour une grande majorité des gens, constate Mme Roy Laroche, avec ces éléments-là, ils arrivent à tourner plus facilement la page. Pour d'autres c'est plus long. C'est comme les deuils, c'est plus ou moins long selon les personnes.»

2015 se pointe avec plusieurs autres chantiers en vue.

«À l'été, la marina va rouvrir (via le pont Agnès), l'hôtel de ville va redevenir accessible aux citoyens. Il y aura sûrement quelques bâtiments qui vont pousser sur la rue Frontenac. Ce que j'espère en 2015, c'est qu'on arrive à démarrer quelques projets de construction (dans le centre-ville historique). Si on fait la comparaison avec la Promenade Papineau et le secteur Fatima, à partir du moment où il y a des éléments, là on y croit et on voit où on s'en va.»

Ce nouveau centre-ville, toutefois, elle ne peut pas encore le décrire avec précision. «J'ai des images, on va y arriver, mais ce ne sera plus comme avant. Si l'image qu'on a du secteur sinistré c'est celle d'avant, c'est sûr que ça va être une grande déception pour les gens.»

Si cette image n'est pas encore très définie et que le plan préliminaire de reconstruction a été conçu en sachant qu'il allait évoluer, la mairesse assure qu'il y aura de la place au centre-ville pour plusieurs promoteurs, tant parmi les propriétaires actuels des bâtiments que parmi les gens d'affaires de Lac-Mégantic et de l'extérieur de Lac-Mégantic.

Démolir pour reconstruire

Pour faire place à ce nouveau centre-ville, le conseil municipal a toutefois dû prendre la décision la plus difficile qui soit cet automne, celle de démolir tout ce patrimoine bâti qui avait pourtant résisté à la catastrophe du 6 juillet 2013. Un premier bloc de six immeubles est tombé en décembre. Le reste suivra durant l'hiver pour entreprendre l'excavation et la réhabilitation des sols après le dégel.

«La décision de démolir a été une décision crève-coeur pour le conseil, tout comme ç'a été une annonce crève-coeur. Et ç'a été reçu comme tel par les citoyens», convient Mme Roy Laroche.

Mais à la lumière de nombreuses analyses et avis d'experts, c'était la meilleure décision à prendre. Le conseil en est convaincu unanimement, insiste-t-elle.

Déchirés, plusieurs citoyens ont tout de même compris. D'autres ont affiché clairement leur scepticisme et leur opposition.

«Plusieurs nous reprochent de ne pas avoir de preuves scientifiques, constate la mairesse. Mais si je prends le dossier à l'inverse, qui nous a donné des preuves scientifiques qu'il n'y a pas de contamination? Qu'on trouverait facilement à nous assurer à un prix raisonnable? Que les institutions financières allaient nous prêter à un coût raisonnable? C'est une incertitude qui a de lourdes conséquences pour l'avenir...

«Le choix qu'on a fait, c'est d'avoir un territoire où on a la certitude que c'est propre, même si la démolition est difficile à accepter et à comprendre. On n'est pas insensibles, mais on reconstruit pour l'avenir. Pour nos enfants et nos petits-enfants. Pour 50, 60, 100 ans en avant. Ce qu'on veut, c'est les meilleures conditions pour redonner aux citoyens cette partie de territoire qui est un des plus beaux secteurs de notre ville. C'est ce qu'on rêve.»

Forte de ces convictions, Mme Roy Laroche marche la tête haute.

«Au-delà de l'aspect matériel, c'est plus qu'une catastrophe qu'on a vécue. C'est une épreuve humaine pour tout le monde. D'abord les 47 familles des victimes... Puis les gens qui ont perdu leur propriété, leurs souvenirs... Ceux qui ont perdu leur emploi aussi. On a été désorientés pendant plusieurs mois et là on est dans une étape qui est une autre épreuve, qui amène d'autres deuils. Je ne me fais pas d'illusion, je sais que 2015 sera encore difficile.»

Quant à la contestation dont elle fait parfois l'objet dans communauté, alors que tout le reste de la province salue sa ténacité et son courage, elle relativise.

«Quand je vais à l'extérieur de la ville, je reçois toujours un accueil que je trouve exagéré. Ici, j'ai les deux. À la fois la reconnaissance et la critique. Ça fait partie de la politique. Avant la catastrophe, ce n'est pas tout le monde qui m'aimait non plus! Le contexte fait peut-être qu'on le voit plus et qu'on l'entend plus.

«Avant la catastrophe, constate aussi la politicienne, c'était très rare que ceux qui étaient satisfaits des décisions du conseil venaient me le manifester, mais aujourd'hui, ce qui me tient, c'est que chaque fois que j'ai à aller dans un endroit public, à l'épicerie par exemple, j'ai aussi énormément de citoyens qui viennent me dire merci, continuez, on est derrière vous.»

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