Lac-Mégantic : «On mérite de passer à autre chose en 2015»

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Très attendue par la communauté méganticoise, l'ouverture du Dollarama sur la Promenade Papineau, à quelques jours de Noël, a contribué à y attirer une belle cohue souriante.

IMACOM, Jocelyn Riendeau

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Tragédie à Lac-Mégantic

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Tragédie à Lac-Mégantic

Un convoi ferroviaire transportant du pétrole brut a explosé à Lac-Mégantic, le 6 juillet, faisant plusieurs morts et rasant la quasi-totalité du centre-ville historique de cette municipalité. »

<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(LAC-MÉGANTIC) On savait que le rétablissement et la reconstruction de Lac-Mégantic seraient une marche longue et ardue. Dix-huit mois après la pire catastrophe ferroviaire en Amérique du Nord, la communauté savoure donc chaque petite victoire comme autant de signes qu'elle est sur la bonne voie. Qu'elle a raison de se démener et d'y croire.

Le restaurateur Alexandre Lapointe fera renaître son bistro... (IMACOM, Jocelyn Riendeau) - image 1.0

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Le restaurateur Alexandre Lapointe fera renaître son bistro Renato sous le même toit que son pub Le Château au début de 2015. Après s'être démené pendant plusieurs mois dans les dédales administratifs pour s'installer sur la Promenade Papineau, c'est la solution qu'il a finalement retenue. «Je vais gagner en qualité de vie», dit-il.

IMACOM, Jocelyn Riendeau

«Il faut qu'on tourne la page. On parlait de quoi, à Lac-Mégantic, avant que ça arrive? Honnêtement, je pense qu'on mérite de passer à autre chose en 2015.» Après s'être démené pendant de longs mois pour faire renaître son Renato dans les condos neufs de la Promenade Papineau, Alexandre Lapointe a trouvé la formule de compromis en même temps qu'une certaine sérénité.

Son bistro rouvrira d'ici la Saint-Valentin, sous le même toit que le pub Le Château, sur la rue Laval, un restaurant que M. Lapointe a acquis peu de temps après la tragédie pour garder ses employés au travail. La décision est prise, les plans d'aménagement prennent forme, le risque financier apparaît moins grand.

«En partant d'un restaurant et d'une cuisine qui existent déjà, ça va être plus simple, se rassure le jeune restaurateur. Je vais avoir mes deux équipes sous un même toit, ça va faciliter la gestion et je vais gagner en qualité de vie.»

Quant à l'ancien Renato, qui sera démoli cet hiver en même temps que la quasi-totalité des bâtiments encore debout dans le centre-ville sinistré, Alexandre Lapointe en a visiblement fait son deuil.

«Qu'ils le démolissent ou pas, je ne veux plus en entendre parler. Je n'ai plus d'énergie pour me battre. Je passe à côté tous les jours et je ne le regarde même plus», lance-t-il.

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Chez Nettoyeur Moderne, on vit semblable résilience. Partenaires de vie et d'affaires, Louise Lajeunesse et Bernard St-Hilaire ont enfin rouvert leurs portes le 1er décembre, 17 mois après la tragédie et le jour même où leur ancien local de la rue Frontenac croulait sous le pic des démolisseurs.

«Ça fait du bien de travailler, lance Mme Lajeunesse, qui affiche un grand sourire derrière son comptoir, mais des yeux encore rougis de chagrin. Je ne pensais jamais être contente comme ça de rentrer au travail!»

Son conjoint est plus partagé, préoccupé de voir que malgré tous ses efforts, les factures s'accumulent et les indemnisations promises tardent à arriver. «Ça fait 17 mois qu'on est sans revenus. Ça m'a coûté 130 000 $ pour aménager ce local et j'attends encore après la Sécurité civile. On ne recommence pas à zéro, dit-il, on recommence à moins 50.»

Afin de conserver sa clientèle, lui qui exploite le seul commerce de nettoyage à sec à Lac-Mégantic, M. St-Hilaire a transporté chaque semaine, chez une consoeur de Saint-Georges-de-Beauce, les vêtements qui lui étaient confiés. À perte, bien évidemment. C'était le prix à payer pour garder sa place dans le marché, évalue-t-il.

«Tous les problèmes qu'on a eus depuis 17 mois, c'est sûr que le monde du Québec ne le sait pas», se désole aujourd'hui M. St-Hilaire.

L'homme d'affaires aimerait d'ailleurs que le premier ministre Stephen Harper revienne à Lac-Mégantic voir les dégâts que le train maudit a laissés dans son sillage depuis le 6 juillet 2013.

«Oui, c'est une tragédie, mais il n'aurait pas pu y avoir un peu plus de souplesse pour régler nos dossiers? On est rouvert, je suis bien content d'avoir persévéré, mais on va avoir une facture à payer c'est sûr.»

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Sur la Promenade Papineau, c'est une atmosphère plus détendue qui régnait ce midi-là, à quelques jours de Noël. Une belle cohue souriante se pressait dans les magasins et restaurants tout neufs, une communauté visiblement heureuse de retrouver encore quelques repères de plus dans sa ville.

Au coeur de cette effervescence, quatre lieux symboliques, le Musi-Café, le café-bistro La Brûlerie, le restaurant Citron vert et le Dollarama, attrapent de justesse la période des Fêtes 2014 après avoir raté les Fêtes 2013 et la saison estivale 2014.

Au Dollarama, on s'y présente de tôt matin depuis l'ouverture le 13 décembre pour parcourir les allées pendant que les employés travaillent sans relâche, et avec le sourire, pour garder les tablettes bien garnies.

«C'est incroyable!» lâche la gérante Nathalie Bédard.

Si d'aucuns craignaient que les consommateurs aient pris leurs habitudes dans d'autres villes avoisinantes durant la dernière année et demie, Mme Bédard les rassure : les Méganticois sont déjà de retour au bercail. «Le bonheur est revenu après 17 mois d'attente!»

Thérèse Allaire a patienté quelques jours pour éviter la cohue, mais elle attendait ce moment avec impatience, confirme-t-elle. «Et je n'ai pas fini mes achats, a bien précisé la dame malgré son panier rempli de sacs d'emplettes. Je vais revenir demain!»

En plus du Dollarama, Josline Beaulieu découvrait pour sa part tous les autres commerces de la Promenade Papineau. Résidante du village de La Patrie et habituée des commerces du « haut » de la ville, elle promettait elle aussi de revenir sur la rue Papineau. «On peut passer la journée ici, s'exclame-t-elle. Il y a de tout pour magasiner, manger ou juste prendre un café!»

Au Musi-Café, en activité depuis le 15 décembre, le propriétaire Yannick Gagné saluait tout aussi chaleureusement sa déjà nombreuse clientèle attablée pour le lunch.

«On a encore besoin d'ajustements, lance-t-il, mais on y est arrivé!»

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En traversant la rivière Chaudière par le pont de la Solidarité, une infrastructure qui a été inaugurée le 15 octobre dernier et qui marque un jalon important dans la reconstruction de la ville, on peut constater que l'espoir a aussi gagné le secteur commercial du quartier Fatima.

Le stationnement du nouveau supermarché Metro est bien achalandé en ce milieu d'après-midi; des camions remplis de bois sont prêts à quitter la scierie Billots Sélect; des ouvriers s'affairent sur la façade de la pharmacie Jean Coutu qui doit ouvrir début février.

Copropriétaire de Fleuriste Megan, sur la rue Salaberry, Marianne Rancourt regarde éclore ce quartier avec optimisme.

L'ex-travailleuse du magasin Korvette du centre-ville, qui a été rasé dans la tragédie, a créé son propre emploi avec une jeune associée en ouvrant cette boutique de fleuristes dès octobre 2013, ayant foi comme plusieurs que la relance commerciale se concrétiserait plus rapidement. Les deux femmes ont un peu déchanté, mais n'empêche. «Ce n'est pas facile. On n'a même pas de salaire. On n'a pas d'aide. Mais on continue de se battre. On lâche pas!»

Depuis l'ouverture du Metro, en octobre 2014, elle constate plus d'achalandage dans le quartier, ce qui vient raviver l'espoir que son pari de partir en affaires sera le bon. «On voit de nouveaux visages. Ce sont des clients potentiels et ils savent désormais que j'existe. On garde espoir!»

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Organisme voué au développement commercial, Commerce Lac-Mégantic a recensé que 149 portes d'affaires ont été touchées au centre-ville de Lac-Mégantic par la catastrophe du 6 juillet 2013. Dix-huit mois plus tard, quatre sont encore à l'étape du redémarrage et moins d'une douzaine ont fait le choix de se retirer. «On voit que les gens ont été très tenaces et patients, dit la directrice générale Emmanuelle Fredette. Les résultats sont là. On a regagné la grande majorité de l'offre commerciale d'avant. Le cours de la vie a repris.»

Dossier complet à lire dans l'édition de La Tribune du week-end.

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