Quand le père Noël devient un confident

Être père Noël, c'est être le porte-parole du pôle Nord et grand représentant... (Imacom, René Marquis)

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(Sherbrooke) Être père Noël, c'est être le porte-parole du pôle Nord et grand représentant de la magie des Fêtes. Cela implique que pendant quelques semaines, on devient un distributeur ambulant de câlins, un récepteur de requêtes emballables et parfois le confident de dernier recours pour les enfants de tous les âges.

Michel Beaubien est père Noël depuis plus de trois décennies. Il a d'abord joué le rôle du joyeux barbu pour ses nièces et neveux. Puis le pompier aujourd'hui à la retraite l'a fait pour le service des incendies de la Ville de Sherbrooke, participant à la parade et distribuant des boîtes de jouets aux moins fortunés. Depuis 4 ans, il est un des deux pères Noël en poste au Carrefour de l'Estrie où environ 4000 enfants passent annuellement pour faire leurs demandes spéciales promettant qu'ils ont été sages tout au long des douze derniers mois.

« Les enfants sont tellement fébriles. Et quand il n'y en a pas dans les alentours, beaucoup de personnes âgées me demandent s'ils peuvent s'asseoir près de moi et me parler », raconte M. Beaubien.

C'est ainsi qu'une dame lui a confié qu'elle avait quatre enfants, mais qu'elle serait seule pour Noël. Encore cette année, sa descendance lui enverrait ses cadeaux par la poste en lui disant de se reposer, alors qu'elle n'est pourtant pas fatiguée. Une mère est aussi allée le voir en pleurs lui disant que son conjoint, un homme violent, avait brisé le lutin de sa fille. Elle demandait si elle pouvait en avoir un autre pour le remplacer. Une autre dame lui a demandé de guérir son mari mourant, comme un enfant s'adresse au père Noël, croyant encore aux miracles.

« Je leur dis que le père Noël est là pour les écouter et je les prends dans mes bras. Je demeure positif », explique celui qui est convaincu que les trois plus grandes qualités d'un père Noël sont la bonté, la gaieté et la volonté de rendre heureux. « On n'est pas là pour juger, mais bien pour aimer tout le monde. »

M. Beaubien a incarné le père Noël de Leucan, défilant dans les corridors de la pédiatrie du CHUS. Il s'est également glissé dans le même costume pour L'Envolée de rêve, un organisme offrant aux enfants atteints d'une grave maladie de vivre une expérience hors du commun.

« Ils étaient 140 enfants qui partaient en avion pour aller chercher le père Noël dans le coin de Val-d'Or. C'était vraiment magique. »

La santé en cadeau

Les compliments et les blagues sont des trucs infaillibles pour amadouer les enfants les plus craintifs. Qu'ils soient malades ou en santé, les tout-petits demandent principalement des jouets. Certains demandent aussi que leurs parents séparés soient ensemble pour le réveillon.

« La demande qui m'a le plus arraché le coeur est celle d'une fillette de six ans qui m'a dit qu'elle ne voulait aucun cadeau pour ce Noël. Elle préférait que je redonne la santé à son frère, atteint d'une maladie incurable et fatale », se souvient celui qui a répondu, la gorge nouée, que le père Noël allait faire son gros possible.

Une petite fille dans une chambre d'isolement au CHUS lui revient également en mémoire. Elle criait pour le voir, mais on lui a interdit l'accès pour une question de microbes. « Trois jours plus tard, elle est décédée. Je l'ai vue dans les pages nécrologiques. J'ai regretté de ne pas avoir pu lui faire un câlin. Après, j'ai arrêté de collaborer avec Leucan, c'était trop difficile de le faire sachant que plusieurs de ces enfants voyaient le père Noël pour la dernière fois. »

Être père Noël, c'est aussi recevoir des propositions presque indécentes. Comme celle d'une femme qui se disait seule pour le réveillon et qui proposait plus qu'un câlin à l'homme du pôle Nord. « Je lui ai dit que la mère Noël ne serait pas d'accord », raconte-t-il en riant.

Être père Noël, c'est avoir la capacité d'illuminer les visages des petits et des grands. « Je vois les gens s'émerveiller quand j'arrive », révèle celui qui est témoin de plusieurs joies, mais aussi de la solitude, la pauvreté et la misère de certains moins gâtés.

« Le tiers monde, c'est pas juste en Afrique. Il y en a ici, raconte M. Beaubien se souvenant d'une famille chez qui il avait livré des denrées alors qu'il était le père Noël des pompiers. On est arrivé dans un appartement sans poêle ni frigo. La mère était là avec ses trois enfants, un matelas par terre et une table. Elle n'avait rien pour faire cuire la dinde qu'on lui amenait », raconte le retraité se rappelant aussi de ce père qui avait échangé la boîte de jouets reçus pour ses enfants contre une caisse de bières à l'épicerie du coin. « On est retourné porter la boîte de jouets, accompagnés par les policiers qui ont parlé au père. »

Pour le meilleur ou pour le pire. Être père Noël, c'est allumer les lumières d'une guirlande de coeurs amochés, esseulés ou simplement enchantés.

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