La Maison ReNasci révolutionne le modèle en désintoxication

Le directeur clinique et associé de la Maison... (La Tribune, Christine Bureau)

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Le directeur clinique et associé de la Maison ReNasci, Étienne Lavoie, et la professeure au département de pédagogie de l'Université de Sherbrooke Chantale Beaucher lancent une recherche qui pourrait révolutionner la façon dont se font les traitements de la dépendance au Québec.

La Tribune, Christine Bureau

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<p>Christine Bureau</p>

(East Angus) Depuis 30 ans que les traitements en centres de désintoxication se suivent et se ressemblent au Québec. Ceux qui y entrent doivent prendre la plume et raconter leur histoire. En demandant à ses résidents de troquer le journal intime pour les cartes heuristiques - ou Mind map -, La Maison ReNasci révolutionne le modèle traditionnel. Et le succès se fait déjà sentir.

Contrairement à l'art thérapie, les cartes heuristiques ont une structure, un but, un objectif. Elles partent d'un thème principal auquel on ajoute des branches. Et sur ces branches, tous les choix sont permis : couleurs, mots ou dessins.

«C'est la clé magique qui permet d'ouvrir des portes qu'on ne pensait jamais pouvoir ouvrir», confie Miguel, l'un des résidents de la Maison ReNasci. Et ces portes, elles sont plus nombreuses qu'on pourrait le croire. Dans la vie des résidents, les cartes heuristiques sont devenues un exutoire pour l'un, un remède contre la timidité pour l'autre et pour plusieurs, une façon de se reconnecter avec ses émotions. Une façon aussi selon Joël et Mathieu «de réaliser où on est rendus», ou encore «de se vider», comme dirait Axyst.

Après avoir vidé son coeur sur papier, ce sont aussi des prises de conscience qui peuvent surgir. Un soir que Jonathan avait envie de quitter La Maison ReNasci, il s'est assis et a dessiné une carte mentale intitulée «Mon choix personnel». Quand il a eut terminé de dessiner, la réponse est devenue claire. «Ça m'a aidé à rester au lieu de m'en aller. Ici, on vit plus de côtés positifs que de côtés négatifs», a-t-il constaté. Ce n'est pas la première carte qu'il dessinait spontanément. «Quand j'file pas, j'en fais une. Ça me fait du bien», dit-il.

Plusieurs des autres résidents font la même chose. Il y a quelques jours, Marie-Ève a senti la tristesse la submerger. «Cela faisait deux jours que je pleurais», dit-elle. En réalisant sa Mind map - comme tout le monde l'appelle à La Maison ReNasci -, elle a réussi à vivre sa peine sans la refouler. «Ce que j'aime avec le Mind map, c'est que tu peux creuser encore plus profondément. Tu peux en arriver à une solution, à voir quelque chose que tu n'avais pas vu», mentionne-t-elle.

Une étude prometteuse

Le succès des cartes heuristiques a été si fort qu'il a même surpris ceux qui ont initié le projet. «C'est au-delà de ce qu'on aurait pu imaginer», admet le directeur clinique et associé de la Maison ReNasci, Étienne Lavoie. C'est lui le premier qui a invité la professeure au département de pédagogie de l'Université de Sherbrooke Chantale Beaucher à venir parler des cartes mentales aux résidants, il y a de cela six mois. Aujourd'hui, ils lancent officiellement une recherche sur les impacts des cartes mentales pour les personnes dépendantes, la première au Québec à inclure une collaboration entre une maison de thérapie et le milieu universitaire.

«On peut avoir un impact sur la façon dont les traitements vont se faire. On a débuté aussi l'écriture d'un livre et on pense avoir des résultats concrets d'ici à peu près trois mois», évalue Étienne Lavoie. Il marque une pause. «On a beaucoup d'espoir qu'on va changer le monde», sourit-il. Ou à tout le moins, le monde des maisons de thérapie au Québec. «Ce qui est clair, c'est que ce qu'on a implanté a un impact majeur. Ça, c'est évident. Maintenant, il faut le démontrer par une recherche pour dire que ce qu'on fait, c'est plus que les observations qu'on a ou que font les intervenants. Il y a quelque chose derrière ça», poursuit Chantal Beaucher.

Si l'étude est concluante, les co-chercheurs espèrent pouvoir exporter l'idée des cartes heuristiques dans d'autres centres de thérapies. Et pour ceux qui fréquentent La Maison ReNasci, nul doute qu'ils quitteront la maison de thérapie avec un nouveau mode d'expression en poche.

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