Il aurait fallu 3 fois plus de freins pour arrêter le train

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
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(SHERBROOKE) Au terme de son enquête d'une année sur les causes de la tragédie de Lac-Mégantic, le Bureau de la sécurité des transports a pu établir qu'il aurait fallu appliquer trois fois plus de freins manuels sur le convoi meurtrier pour le retenir immobilisé sur la voie ferrée à Nantes la nuit du 6 juillet 2013.

C'est là un des faits moins connus que l'émission Découverte a mis en lumière, dimanche soir, après avoir eu accès aux coulisses de l'enquête du BST sur cette tragédie sans précédent au pays.

«Il aurait fallu non pas sept freins manuels (ceux qui ont été mis en place), ni même le minimum de neuf recommandé dans le manuel d'opération de la MMA pour un convoi de cette taille, mais entre 18 et 26 freins manuels pour retenir le convoi sur la pente», résume le journaliste André Bernard.

Rappelons ici que dans son rapport rendu public en août dernier, le BST statue que 18 facteurs ont joué un rôle dans la tragédie, dont trois concernent l'immobilisation du train.

Dans l'émission diffusée hier soir à Radio-Canada, quelques ingénieurs démontrent comment ils sont arrivés à ces conclusions, en allant jusqu'à reproduire sur un convoi similaire assemblé à Derby dans le Maine les conditions qui ont précédé la dérive du train de la MMA.

«Les uns après les autres les systèmes qui auraient pu empêcher le convoi de partir à la dérive ce soir-là ont échoué à le faire. Un dernier rempart aurait pu être la voie de service juste à côté, elle était équipée d'un dérailleur, mais elle était occupée à ce moment-là», relate le journaliste.

Or on le sait aussi, le train a atteint une grande vitesse dans la pente qui l'amenait à Lac-Mégantic, le pétrole brut était plus volatil que le produit étiqueté et les citernes DOT-111, même si elles étaient conformes à la réglementation en vigueur, n'étaient pas assez solides pour éviter la catastrophe qui s'en est suivie.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que les BST canadiens et américains pointent les lacunes de ces citernes et recommandent d'installer des boucliers protecteurs plus haut, rappelle-t-on, mais avec l'accident de Lac-Mégantic, la preuve devient plus accablante.

«C'est beau le dire, souligne l'ingénieur Claude Lelièvre, mais si on est capable de le montrer (...) C'est plus fort comme argument et c'est difficile pour l'industrie de maintenant dire que ce n'est peut-être pas nécessaire.»

«On ne peut pas prévenir ce qui est arrivé, conclura l'enquêteur principal Don Ross, mais on doit en tirer des leçons pour agir pour qu'aucune autre communauté n'ait à vivre ce que les gens de Lac-Mégantic ont vécu.»

Décontamination

En deuxième partie d'émission, Découverte s'est penché sur les défis de la décontamination à Lac-Mégantic.

Pour les 170 000 mètres cubes de sols souillés excavés du centre-ville, on a finalement retenu le procédé biologique, une opération dite «douce et lente», qui a cours dans le parc industriel et qui doit être complété d'ici 2017.

Le centre-ville sera pour sa part remblayé avec du remblai propre provenant de sablières de la région afin qu'on puisse procéder à sa reconstruction sans attendre.

Enfin, la rivière Chaudière a fait l'objet d'une deuxième opération de nettoyage intensif en octobre dernier dans une zone située à 4,5 kilomètres en aval du lac Mégantic, soit la zone la plus contaminée à cause de la topographie du cours d'eau.

Pour le reste, le ministère de l'Environnement laissera la nature effacer les traces du déversement, semble-t-il.

Car les rivières comme la Chaudière ont le pouvoir de se nettoyer elles-mêmes sous l'effet de la dilution et du lessivage par les crues, a expliqué le biologiste David Berryman.

«Il faut comprendre que quand on intervient sur un cours d'eau par des méthodes un peu agressives comme du dragage ou du raclage de sédiments, on ajoute aux impacts sur le cours d'eau (...). Il faut le faire vraiment là où il y a des gains environnementaux à le faire», a-t-il dit.

La rivière restera toutefois sous surveillance, assure le Ministère.

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