À la mémoire de Michèle, une perle rare

La mort prématurée de Michèle Richard, emportée à... (Photo fournie)

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La mort prématurée de Michèle Richard, emportée à l'âge de 21 ans dans la tuerie de l'École polytechnique de Montréal, a laissé des cicatrices dans le coeur de ses proches.

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(Lac-Mégantic) «Elle était le soleil de notre vie. Le ciel bleu des jours de pluie. Nous regretterons toujours ses 21 printemps de joie et d'amour qu'elle nous a procurés.»

Ces mots, Thérèse Martin les a écrits à la suite de la mort de sa fille Michèle Richard, tuée à l'âge de 21 ans lors de la tragédie de l'École polytechnique de Montréal. Depuis, Thérèse est allée rejoindre sa grande fille, mais sa soeur, Cécile Martin-Fortin, et la meilleure amie d'enfance de Michèle, Jacinthe Garand, ont accepté de parler publiquement pour la première fois depuis le drame. Pour rendre hommage au rayon de lumière qu'était Michèle, alias Mimi, et aussi pour souligner le courage de sa mère Thérèse.

Le 6 décembre 1989, lorsque Cécile a vu les images du chaos à la télévision, elle n'a pas pensé que sa nièce pouvait faire partie des victimes. «Sur le coup, je me suis dit qu'ils étaient 5000 étudiants, alors les chances qu'elle soit directement touchée...»

Un appel à sa soeur lui a confirmé qu'elle avait tort. Les détails de cet appel, elle les garde pour elle, car la douleur est encore très vive, malgré les années. L'important est que Cécile est allée rejoindre sa soeur pour lui tenir la main.

«Quand je suis arrivée, Thérèse m'a pris la main et elle ne l'a plus lâchée pendant des jours. On dormait ensemble et elle me tenait la main sans arrêt.» Les soeurs se sont tenues la main si fort et si longtemps qu'après les funérailles, l'une a fait une tendinite au bras gauche et l'autre au bras droit.

À 21 ans, Michèle était étudiante en génie et fiancée à Stéphane Brochu. Elle vivait à Montréal où elle avait déménagée avec sa mère et sa soeur après avoir grandi à Lac-Mégantic.

Jacinthe ne se rappelle plus comment elle a rencontré Michèle. Elle a l'impression de la connaître depuis toujours. «Je sais qu'on est rentrées à la maternelle ensemble. Qu'on a fait notre primaire et notre secondaire ensemble. Que je suis allée à tous ses anniversaires de naissance et qu'on a eu un gros kick sur le même gars lorsque nous étions adolescentes. C'est l'amie que je connais le plus», résume l'inséparable complice d'enfance de Michèle.

Ensemble, elles ont joué à la récréation, se sont inscrites dans les cadets, ont participé à un échange en Alberta et ont contribué à la création de la maison des jeunes de Lac-Mégantic. «Elle était très douce, empathique, très belle, impliquée et très déterminée. Je dirais même têtue parfois», se souvient en souriant Jacinthe.

«Une perle rare, une perte immense, a écrit ma soeur Pierrette en mémoire de Mimi», résume Cécile.

Lorsqu'elle a entendu parler de la tuerie à la Polytechnique, Jacinthe n'a pas voulu croire, elle non plus, que Michèle était dans cette classe funeste. La classe où son amie assistait à son dernier cours de la session. «J'ai pensé que Michèle devait connaître certaines des victimes alors je lui ai rapidement téléphoné pour lui en parler.»

L'inimaginable lui a été confirmé. Jacinthe a sauté dans sa voiture et est montée chez son amie pour rejoindre ses proches.

Jacinthe a hérité de la bague de Michèle. Une bague d'enfant qu'elle a portée toute sa vie et qu'elle a touchée chaque fois qu'elle a pensé à son amie. «Après son départ, je lui ai dit : Michèle, tu es partie, mais je vais être heureuse et vivre pour nous deux. Et j'en ai fait des affaires. Tellement que je suis un peu essoufflée», confie-t-elle, 25 ans plus tard.

Réunies dans un restaurant à Lac-Mégantic, Jacinthe et Cécile en ont long à dire sur Michèle et Thérèse. «Comme sa mère, Mimi était aussi très ricaneuse», se souvient avec émotion Cécile.

La mère de Michèle est retournée travailler assez rapidement après la tragédie. Pour subvenir aux besoins de son autre fille et pour ne pas broyer du noir seule chez elle. Dans les années qui ont suivi, et qui précèdent sa mort en 2007, Thérèse a continué à ricaner, mais pas de la même façon. «Elle est toujours restée ricaneuse, mais elle regardait maintenant la vie à travers un voile de tristesse. Ceux qui la connaissaient bien entendaient son rire, mais voyaient que ses yeux n'étaient plus les mêmes», raconte la grande soeur de Thérèse.

Évidemment, elles ne prétendent pas avoir le monopole de la souffrance, mais Jacinthe et Cécile n'acceptent pas la violence entourant le départ de Michèle. «Ce n'est pas pire que perdre un enfant dans un accident ou perdre un proche dans la tragédie de Lac-Mégantic, mais Michèle était si douce et aimante, tout le contraire de la violence dans laquelle elle est partie et c'est cela qui ne passe pas», expliquent-elles.

«Elle avait rencontré l'amour de sa vie, prévoyait se marier et avoir des enfants. Elle était en train de fleurir et sa vie a été fauchée!» ajoute Jacinthe, précisant que la colère a maintenant fait place à une certaine sérénité, comme une présence. Même si jamais elle ne pardonnera le geste.

Les détails sordides, la tante et l'amie de Michèle n'ont jamais voulu y porter trop d'attention. «Est-ce qu'elle a eu peur longtemps, a souffert longtemps, je ne peux pas y penser. Je pense à Michèle, mais pas à la journée fatidique», confie Jacinthe qui n'a jamais participé à une cérémonie de commémoration de la tragédie du 6 décembre 1989. «Ce drame a semé de la peur dans ma vie, je craignais qu'une autre personne répète cette violence», explique-t-elle.

Un quart de siècle plus tard, Jacinthe veut s'affranchir de cette peur et c'est pourquoi elle ira à Montréal aujourd'hui pour marcher en mémoire de son amie.

La tragédie de Polytechnique, c'est 14 vies fauchées. C'est aussi une mère qui ricane les yeux tristes le reste de sa vie. Une peine qui donne des tendinites. Une meilleure amie qui flatte une bague à défaut de parler à sa confidente. C'est aussi, Jacinthe et Cécile qui vivent pour regarder la face lumineuse du monde et se souvenir. De Michèle. Alias Mimi.

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