Les « courbes de la mort » de Sainte-Edwidge

L'accident mortel a eu lieu sur la route... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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L'accident mortel a eu lieu sur la route 206 à Sainte-Edwidge la fin de semaine dernière.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

La route 206, qui relie Sainte-Edwidge à Coaticook, a piégé deux jeunes samedi soir. Deux autres.

Enchaînement de lignes droites et de courbes prononcées, cette route est un serpent. La côte d'Avignon a été le tombeau de quatre jeunes âgés entre 15 et 24 ans lors d'un dérapage suivi d'une collision frontale à l'hiver 2008. J'y ai perdu une bonne amie d'enfance et si l'un de mes frères a survécu à une perte de contrôle sur la 206, son camarade n'a pas eu cette chance.

La mort y a été présente sournoisement de toutes les époques.

« Tous les parents vivent une certaine inquiétude à partir de l'instant où un de leurs enfants obtient son permis de conduire. Quand tu vois la voiture de police s'arrêter devant ta maison un dimanche matin, tes pires appréhensions se confirment », garde comme mauvais souvenir Johanne Beloin, la mère de Ludovic Vachon, l'une des victimes de l'accident mortel de la fin de semaine.

Ludovic, 18 ans, habitait à East Hereford. Ce village a ainsi perdu un quatrième jeune de la tranche 18-25 ans sur les routes de la région en moins de dix ans.

« Dans une petite communauté comme la nôtre, tout le monde se connait. Les précédentes victimes étaient les amis de nos garçons. Nous sommes allés réconforter leurs parents en nous comptant chanceux de ne pas être à leur place. À notre tour de vivre ce deuil », se résigne Yves Vachon, le père du quatuor de fils venant de subir une trouée.

Une épreuve s'ajoutant aux précédentes. Le feu a rasé une première maison du couple en 1995 et en a détruit une autre en 2005.

«Enfin, une bonne nouvelle! Ce sera un beau cadeau.»


Ludovic Vachon... (Photo tirée de Facebook) - image 3.0

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Ludovic Vachon

Photo tirée de Facebook

À cela s'est ajoutée la maladie. Mme Beloin vient de passer à travers une série de traitements de chimiothérapie pour un cancer du sein. Hier encore, elle était au CHUS,

« Côté santé, j'ai placé toute ma confiance dans l'équipe médicale et les nouvelles sont rassurantes. Sauf que t'as beau faire preuve de résilience, un répit serait bienvenu », formule comme souhait la mère de 48 ans qui a par ailleurs appris récemment qu'elle deviendra grand-maman.

« Enfin, une bonne nouvelle! Ce sera un beau cadeau », s'exclame-t-elle.

Ludovic Vachon était passager de la voiture. Ses parents n'imputent pas de torts au conducteur Tristan Hivert, qui était lui aussi âgé de 18 ans.

La mort a été présente sournoisement de toutes les époques surla route 206.

« Il y a des gens qui jugent rapidement et très durement. C'est ce que je trouve le plus pénible. En particulier, quand je me mets à la place des parents de Tristan », déplore Mme Beloin.

« Ça aurait très bien pu être l'inverse, notre fils aurait pu être celui qui tenait le volant. T'as beau dire et redire à ton enfant qu'il doit se soucier des autres comme conducteur, rien n'assure que cette règle de prudence est toujours mise en application. Il n'est pas question pour nous de blâmer qui que ce soit. Au contraire, nous compatissons avec la famille Hivert », ajoute M. Vachon.

Pour exprimer sa peine, l'amie de coeur de Ludovic, Marylène Giroux, a mis en ligne sur sa page Facebook une vidéo touchante intitulée « La distance peut éloigner deux corps mais pas deux coeurs ».

Un autre coup dur à encaisser pour des parents en même temps qu'un autre passage douloureux pour la jeunesse de la MRC de Coaticook, ébranlée par cette séparation brutale.

Voie maudite, la route 206 a un sombre historique. J'étais ti-cul que j'entendais parler des « courbes de la mort » entre Coaticook et Sainte-Edwidge, une réputation qui n'était pas surfaite. Malheureusement.

C'est le travail d'experts de reconstituer les scènes d'accidents et de coroners de clore les enquêtes. Laissons-les travailler avant de tirer des conclusions.

Gardons tout de même en mémoire que la 206 est une route qui pardonne peu. Souvent, pas.

Tristan Hivert... (Photo fournie) - image 4.0

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Tristan Hivert

Photo fournie

«Tristan était un bon gars»

« Tristan était un bon gars, un gars travaillant, l'ouvrage se faisait bien et rapidement. Toujours de bonne humeur et quand on avait besoin de lui, même quand ce n'était pas sa fin de semaine, il se présentait à l'ouvrage. On sentait qu'il aimait son travail. »

Les émotions étaient encore vives lundi, au lendemain de l'accident qui a coûté la vie de deux jeunes hommes de 18 ans, Tristan Hivert de Compton et Ludovic Vachon d'East Hereford, après que leur véhicule ait effectué une sortie de route sur la route 206 à Sainte-Edwidge-de-Clifton.

Copropriétaire de la Ferme Séjour et employeur de Tristan, Charles Pouliot n'avait que de bons mots pour son ex-employé et sa famille. « Ce sont des gens qui sont toujours là pour nous aider, de bons voisins», partage M. Pouliot.

La route 206, qui relie Sainte-Edwidge à Coaticook,... (Photo tirée de Facebook) - image 5.0

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Photo tirée de Facebook

Durement éprouvée par la perte d'un être si jeune et si cher, la famille de Tristan Hivert a tenu à vivre son deuil en toute intimité.

Tristan avait choisi de poursuivre ses études en production animale au Centre régional d'initiatives et de formation en agriculture, une formation qu'il avait entreprise en août dernier. « Tristan m'a toujours dit qu'il espérait prendre un jour la relève de la ferme familiale, mais s'il ne retournait pas sur la ferme, je tenais à le garder et je pensais l'avoir pour longtemps. Ça va être très difficile de remplacer quelqu'un de travaillant comme lui, soutient Charles Pouliot. Mes pensées sont avec la famille et pour son père Patrick, qui est un vrai modèle de père. Il était là pour Tristan, pour le soutenir et le conseiller. On a tous été jeunes et ce qui est arrivé à Tristan aurait pu m'arriver à moi aussi, sauf que lui n'a pas été chanceux. »

Les funérailles de Ludovic Vachon seront célébrées vendredi à 11 h 30 et celles de Tristan Hivert samedi à 11 h 30, toutes deux à l'église Saint-Jean-L'Évangéliste.

- Avec Maryse Carbonneau

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