Quand Nice s'est refermée

Le Sherbrookois Réjean Bergeron a replongé dans les... (Spectre média, Jessica Garneau)

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Le Sherbrookois Réjean Bergeron a replongé dans les attentats de Nice un an après avoir vécu les événements avec sa petite famille sur la promenade des Anglais.

Spectre média, Jessica Garneau

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Chronique / La Méditerranée, la vieille ville, son univers cosmopolite, ses musées, Romain Gary. Quand Réjean Bergeron repense à Nice, la plupart du temps, c'est à ça qu'il songe. À cette ville visitée et habitée maintes fois, aimée d'amour, explorée dans toutes ses ruelles.

Mais là, c'est sans doute la date anniversaire qui provoque ce retour dans le temps, depuis une semaine, il repasse surtout dans sa tête ses souvenirs du 14 juillet 2016. Ces minutes bousculées par les coups de feu et les cris, tout juste après les feux d'artifice, puis ces heures d'attente derrière la porte close d'un tabac du Vieux Nice avec sa famille et une douzaine d'étrangers.

C'est là qu'ils se sont retrouvés après s'être faufilés sur la promenade des Anglais, dans la foule dense, confuse et apeurée, en direction du Vieux Nice où ils logeaient pour les vacances. Ils ont trouvé refuge, n'ont plus bougé pendant un moment.

« On est resté là longtemps, les gens cherchaient de l'information sur leurs téléphones en attendant », raconte Réjean Bergeron, retraité du Cégep de Sherbrooke où il était directeur des études.

Là, les gens ont appris pour le camion, puis pour le conducteur abattu. Mais il aura fallu plus longtemps avant qu'ils comprennent eux aussi que le tueur avait tout planifié.

Le propriétaire du tabac était un jeune d'origine arabe. Très gentil. Réjean Bergeron le précise avec un sourire très doux avant d'ajouter que « dès le lendemain, Nice avait changé, elle s'était transformée. Cette ville tellement ouverte venait de se refermer. Les visages se sont refermés, on sentait la méfiance partout. »

Le lendemain, dans les rues de Nice, se souvient aussi Réjean Bergeron, les policiers patrouillaient en groupes de quatre, les gens déambulaient au milieu des milliers de bouquets de fleurs, on s'échangeait des bribes d'histoires.

« Il y avait tellement de larmes et de fleurs, c'était comme un énorme cimetière. »

Dans les jours qui ont suivi, à Nice comme ailleurs sur la côte, tout était étonnamment tranquille. Le deuil national venait de succéder à la Fête nationale. « Puis, c'est toute la beauté et la force de l'être humain, la vie a repris le dessus. Mais quand nous avons quitté, une dizaine de jours après les événements, Nice n'était plus la même. Ce n'était pas la ville brillante et vivante que j'avais connue. »

Et de retour au Québec, Réjean Bergeron a peu parlé des événements. « C'était déjà de la vieille histoire pour bien des gens. Il y avait eu d'autres événements ensuite, en Normandie et à Munich, Nice était devenue une vieille nouvelle. J'ai très peu échangé avec les gens sur le sujet, à part pour dire qu'on était correct. Mais j'avais écrit, dessiné, c'était assez émotif. »

Puis depuis quelques jours, Réjean Bergeron revisite les écrits et les dessins qu'il a mis sur papier au lendemain des attentats de Nice (voir la lettre dans nos écrans Opinions).

« C'est là que je me rends compte que j'avais chassé cet événement de ma vie, que j'ai ces cicatrices dont je n'avais pas vu les blessures, raconte le Sherbrookois. Tout ça s'est remis à m'habiter, on dirait que je commence à décoder ce qui est arrivé, l'importance de ce qui est arrivé. Tous ces cris et tous ces mots entendus ce soir-là, dans toutes les langues, la course, les portes qui s'ouvrent, qui se referment, c'est là, ça m'habite. J'espère ne jamais revivre une chose pareille... »




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