Guignolée contre l'indifférence

Avec le chef David Vinas, les étudiantes Carine... (Spectre média, René Marquis)

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Avec le chef David Vinas, les étudiantes Carine Munezero et Aurélie Migan ont appris quelques notions sur le blanchiment des saucisses.

Spectre média, René Marquis

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Je sais, c'est même pas Noël, même pas le temps des Fêtes, même pas le moment de jongler avec l'horaire des partys de famille ou la liste des emplettes. Vous voudriez surtout pas qu'on vous annonce ici la première tempête de neige de l'hiver.

Okay. Mais parlons tout de même guignolée. Si vous le permettez, bien sûr.

Pas de la guignolée des médias qui fait toujours grand bruit, début décembre, mais de celle des cégeps, encore un peu discrète, mais de moins en moins au fil du temps, et qui en est d'ailleurs cette semaine à sa cinquième édition.

Oui, ça se passe toujours en avril, depuis 2013, la Grande Guignolée des cégeps, lorsque les banques alimentaires comme Moisson Estrie crient famine.

Cinq ans donc que des profs de philo du Cégep de Sherbrooke ont décidé de lancer la Grande Guignolée des cégeps, un truc de fous quand même un peu, dans tout ce que la folie a de plus beau, qui permet non seulement de regarnir les tablettes de Moisson Estrie, mais aussi de mettre en réserve dans le coeur et la tête de centaines de cégépiens quelques notions sur l'engagement, l'entraide, les inégalités, les relations humaines.

Ce soir, demain et jeudi encore, les étudiants vont donc frapper à vos portes en quête de denrées et de dons en argent, ils vont récupérer aussi les dons que vous déposerez dans les boîtes à cet effet à l'entrée de plusieurs épiceries.

Parmi ces étudiants, Dominick, Carine, Rachel, Édouard et Aurélie. Mercredi dernier, ils étaient tous les cinq chez Moisson Estrie, histoire de mieux connaître l'organisme qu'ils vont soutenir cette semaine... Et bien d'autres semaines encore.

Je dis ça, c'est qu'ils ont demandé s'ils pouvaient revenir donner un coup de main bientôt. Ils avaient encore leur filet sanitaire sur la tête, finissaient tout juste d'étiqueter les pots Mason dans lesquels on allait ensuite déposer les ingrédients secs de biscuits et de soupes qui allaient être vendus au profit de Moisson Estrie, ils avaient passé un bel après-midi et étaient visiblement impressionnés par tout ce qui se passait dans les locaux de la rue Daniel.

« C'est vraiment intéressant d'apprendre le fonctionnement des cuisines », faisaient remarquer le duo composé de Carine et Aurélie. Avec le chef David Vinas venu en relève à la cuisinière en vacances, les deux étudiantes en sciences humaines venaient non seulement de compiler quelques notes sur la cuisson des pâtes et le blanchiment des saucisses, mais elles avaient eu droit à un rapide cours d'histoire culinaire incluant nombre de nuances entre la haute gastronomie et le plaisir de la cuisine simple.

Autour de la table, dans la pièce adjacente où employés et bénévoles viennent prendre leur pause tour à tour, Rachel, Édouard et Dominick font d'abord le tri de fruits et légumes, guidés par Jean-François, un nouveau bénévole, et Félix-Plume, élève à Du Phare et bénévole régulier chez Moisson Estrie.

« Je ne sais pas quoi faire avec les mangues, elles me semblent vraiment passer date », s'inquiète un peu Rachel avant de se faire confirmer ses doutes par Jean-François.

De l'autre côté de la table, Dominick, étudiant en travail social, est armé d'un petit couteau d'office, de quelques années d'expérience en restauration et d'une motivation toute en bonne humeur. Il est content d'être là, voudrait participer davantage encore, faire sa part à plusieurs niveaux.

« C'est vraiment un beau projet. Ça nourrit des discussions intéressantes en classe, mais ça nous fait surtout voir différentes réalités et rencontrer des gens », souligne-t-il en tranchant trois branches de céleri avec sourire et application.

Tout ça, ça se passe dans une énergie de fourmilière, la directrice générale Geneviève Côté et son équipe s'activent dans tous les coins et sur tous les étages, accueillant tantôt les élèves des écoles privées venus déposer des dons, tantôt des producteurs de porc de la région qui contribuent aussi périodiquement avec l'organisme. Entre ces livraisons tellement appréciées, on répond à une urgence dans l'entrepôt ou dans l'épicerie, on accorde une entrevue, on échange avec quelques employés qui se démènent.

Les cégépiens sont là, ils voient tout ça.

C'est beau.

J'sais pas comment le dire autrement, c'est juste beau.

Parce que la pire calamité, ce ne sera jamais la pauvreté. Jamais non plus la violence, la guerre, la crise écologique, les génocides ou même les famines.

La pire calamité, ce sera toujours l'indifférence. La résignation.

Et cette guignolée de jeunes cégépiens, c'est un coup de pied au cul de l'indifférence et de la résignation.

Voilà. C'est même pas Noël ou le temps des fêtes, mais c'est toujours le temps de donner.

Toujours.




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