Commençons par le commencement

Plus d'une quarantaine d'entreprises, organismes et restaurateurs sherbrookois... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Plus d'une quarantaine d'entreprises, organismes et restaurateurs sherbrookois ont décidé déjà de joindre les rangs des Écopartenaires Frigo Free Go, parmi lesquels Alexandre Côté, propriétaire du Pizzicato.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) CHRONIQUE / Y a des fois, tu ne sais pas trop par où commencer ta chronique. Ça vaut pour un texte, ça vaut pas mal pour le reste aussi. Tellement de choses à dire et à faire, et en même temps, ce sentiment récurrent qu'il n'y a justement plus rien à dire et à faire, comme si c'était juste trop. Comme quand t'arrives en fin de session, dans un rush au boulot ou dans une fin de saison où la liste de travaux est beurrée de bout en bout, t'es convaincu que t'arriveras jamais à tout cocher.

Tu peux te décourager, te rouler en petite boule, te fermer les yeux et te lamenter sur ton sort en attendant que ça passe. En espérant que ça passe.

Tout seul.

Où grâce à l'intervention divine, ce qu'on a tendance à appeler le gouvernement, ou avec une autre couche de flou, la société, eux autres, les riches, les forts, les décideurs, le monde au pouvoir, je l'sais-tu, mais en tout cas, quelqu'un, quelqu'un d'autre, quelqu'un qui n'est pas couché en petite boule pis qui va régler tout ça pour que quand je vais m'extraire de ma petite boule, ben que tout aille mieux enfin.

Petite accalmie, t'ouvres un oeil, puis deux, ben non batèche, rien n'a changé, c'est peut-être même pire qu'avant. Mais kécé qu'on va faire?

C'est ça la vraie question. Qu'est-ce qu'on va faire? Individuellement, collectivement aussi. J'veux dire, une fois qu'on aura swigné toutes nos frustrations, nos dégoûts, nos préjugés, nos jugements, nos opinions pis nos grandes vérités sur les réseaux sociaux pis dans les lignes ouvertes, une fois qu'on aura bien établi que tout le monde est tout croche, que tous les autres ont tort, qu'on va nulle part pis que pis que pis que, j'aimerais savoir, qu'est-ce qu'on va faire?

J'ai toujours cette image de mon arrière-grand-père Donat, au printemps, devant l'immense jardin qui s'étendait dans le champ en contrebas de la maison familiale. Une maison où il vivait toujours, occupant la chambre du fond, la berceuse sur le bord de la fenêtre et la chaise au bout de la table pendant les repas, mais qu'il avait déjà léguée à la génération suivante pour lui assurer un toit. Je le vois remonter ses manches, empoigner sa bêche, appeler le chien et se mettre à l'ouvrage.

Se mettre à l'ouvrage, prendre action.

Exemple numéro un

Sondès Allal travaille avec Karole Forand à la Corporation de développement économique communautaire (CDEC), c'est à Sherbrooke, en plein centro, sur la Well pour être très précise.

Elle en a contre le gaspillage alimentaire, Sondès, entre autres choses. On peut la comprendre, on sait que c'est environ 40 pour cent des denrées qui prennent le bord de la poubelle au Québec, une large partie dès la production et la distribution because le fruit ou le légume n'est pas assez joli pour être proposé en épicerie, une autre partie drette-là sur l'étal parce qu'après quelques jours on le trouve trop défraîchi pour le mettre dans le panier, et une autre partie directement dans notre frigo parce qu'il a fini par passer go, pas eu le temps de le cuisiner ou de le sauver dans une soupe.

L'été passé, Sondès a lancé avec quelques partenaires le frigo FreeGo de la Wellington Sud, on en a beaucoup parlé, et au bout de l'été, on estimait avoir détourné quelque 3600 kilos de denrées vers des estomacs qui ont su l'apprécier.

Ce n'était pas assez. Sondès et les gens de la CDEC ont décidé de faire du centro de Sherby le premier centre-ville écoresponsable au monde.

Ouais. Je sais. Même Sondès trouve qu'elle met la barre haute. Mais bon, c'est pas ce qui va l'arrêter, on se le tient pour dit.

La preuve, elle a déjà réuni une quarantaine d'écopartenaires autour du projet, elle en vise une centaine, et ça c'est au centre-ville seulement. Mais éventuellement, elle voudra reproduire le modèle dans l'est, dans l'ouest et aux quatre coins de la ville, convaincre les restaurateurs, les épiciers, les gens d'affaires, peu importe le domaine, que l'on peut repenser nos façons de faire, réorienter nos restes de frigo, de cuisine, de buffet de réunion et d'ateliers de travail.

Je ne les nomme pas tous, mais des boîtes comme Raymond Chabot Grant Thornton, Basta, Lubie, Monty Sylvestre, Pro-Gestion ou la Maison du cinéma ont déjà embarqué, s'engageant à aller déposer les surplus de buffets divers au frigo FreeGo désormais installé à l'entrée de l'Armée du salut, sur Wellington Sud. Idem pour les restes de frigo et de cuisine de restos comme le Pizzicato, Auguste, Le Bouchon, Le Café croquis ou le Masala Café, une liste non exhaustive cette fois encore. Dans les rêves fous de Sondès et de la CDEC, on parle de contrer le gaspillage alimentaire, de se tricoter le tissu social bien serré, de créer un mouvement, de susciter une prise de conscience.

On est dans l'action.

Exemple numéro deux

Estrie-Aide tient ce mercredi matin une conférence de presse annonçant la deuxième édition de sa Quinzaine du recyclage artistique, une rencontre qui se déroule jusqu'au 16 décembre dans ses immenses locaux de la Wellington Sud, et qui se veut ni plus ni moins une occasion de mettre le nez là-bas, pour y admirer l'art tiré du recyclage bien entendu, mais aussi pour mesurer l'importance de cet endroit dans le milieu.

Je vous entends dire : « Oui, mais j'ai pas besoin d'aller chez Estrie-Aide, je suis capable de m'offrir des trucs neufs. »

Mais as-tu besoin d'acheter du neuf?

« Oui, mais je ne veux pas priver les plus pauvres de choses dont ils ont besoin! »

Ce dont ont entre autres besoin les moins bien nantis, vous dira Claude Belleau, le dg d'Estrie-Aide, c'est de briser l'isolement, de trouver une place en société, d'y retrouver des opportunités, de l'estime de soi, de la reconnaissance, du respect.

Depuis son entrée en poste il y a quatre ans, il accueille des participants au programme d'insertion au travail, des gens en travaux communautaires, des employés réguliers. De huit employés, on est passé à la quarantaine, la cinquantaine bientôt. Ils ne restent pas tous pour toujours, la plupart y prennent de l'expérience, retrouvent leur dignité, leur importance, leur vie.

Entretemps, dans les locaux d'Estrie-Aide dépoussiérés où on entassait auparavant les dons jusqu'à capharnaüm, ces nouveaux travailleurs retapent vêtements, meubles et autres dons qui sont ensuite revendus à prix modiques, retournant ainsi vers le citoyen des tonnes de trucs encore plus que valables qui finiraient autrement en sites d'enfouissement.

Estrie-Aide n'est plus qu'un entrepôt où déposer son divan fatigué, c'est un moteur d'activités économiques, sociales et environnementales, une pépinière à projets, il suffisait d'avoir l'audace et la vision de franchir le pas.

Je m'arrête là, Donat.

Parce qu'on ne sait pas toujours par où commencer, mais qu'on sait bien qu'il faut commencer quelque part. Qu'il faut commencer.

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