Décembre tout le temps

Geneviève Côté, directrice générale de Moisson Estrie, aimerait... (Spectre média, René Marquis)

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Geneviève Côté, directrice générale de Moisson Estrie, aimerait que ce soit décembre sur chaque page du calendrier.

Spectre média, René Marquis

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(Sherbrooke) Je vous écris attablée devant la fenêtre qui donne sur le champ. Dehors, je ne l'avais pas remarqué encore, mais voilà qu'il tombe quelques minuscules flocons mixés à une pluie fine. C'est le temps de l'année pour ça, vous me direz, entre la grisaille et le soleil, entre la pluie quotidienne et les flocons qu'on espère secrètement, juste pour évacuer la morosité, même si c'est pour la remplacer par de la solide mauvaise humeur, éventuellement.

C'est novembre, donc, presque décembre. En fait, c'est le novembre où tout le monde a hâte à décembre. Tout le monde, particulièrement Geneviève Côté.

En fait, mieux que ça, la directrice générale de Moisson Estrie vous dira qu'elle a toujours hâte que décembre arrive. Qu'en vérité, et elle le mime en le racontant tout en tendant la main vers le calendrier piqué au mur de son minuscule bureau de la rue Daniel, en vérité donc, Geneviève Côté aimerait que ce soit décembre sur chaque page du calendrier.

Parce que décembre, c'est le mois de la générosité. Du partage aussi.

Je ne sais pas pourquoi je vous le dis, je sais que vous aviez très bien compris. Et je connais votre générosité légendaire, votre sens du partage traditionnel.

Tiens, c'est drôle (non pas tant!) que je glisse traditionnel juste là par pur hasard (pas un hasard pantoute!).

Étrange parce que, sans doute l'avez-vous remarqué vous aussi, il y a deux choses qui refont systématiquement surface à l'approche du temps des Fêtes : la musique traditionnelle et les tristes statistiques sur la pauvreté.

Vous me direz que je ne suis pas la reine des allégories, et je ne vais pas vous obstiner là-dessus, mais si vous demandez à Olivier Brousseau comme à Geneviève Côté s'ils sont contents qu'on s'intéresse à eux en décembre, évidemment qu'ils vous répondront que oui.

Mais si on décidait demain matin que le trad et la pauvreté, on en fait une grosse affaire tout au long de l'année, Brousseau vous sourirait tendrement et Geneviève Côté vous sauterait peut-être au cou.

Parce que chaque année, entre août et la fin novembre, Moisson Estrie voit ses tablettes se dégarnir. Ça fond comme neige au soleil, sur fond de grisaille.

Il y a pourtant autant de pauvreté en juillet, en septembre ou en mars qu'il y en a à l'approche des Fêtes.

Banques alimentaires Canada a publié ses chiffres annuels la semaine dernière. Juste au cas où ça vous ait échappé parce que vous regardiez Hélène David se jouer dans le nez, je vous rappelle quelques chiffres qui ne sont pas que des chiffres, mais des gens, des voisins, des parents, des amis.

Non?

Moisson Estrie a aidé 23 858 personnes pour la période s'étalant de mars 2015 à mars 2016. Ce n'est pas une faute de frappe : 23 858 personnes. Dont 37 pour cent d'enfants. Et de plus en plus de gens occupant un emploi, mais n'arrivant pas, à certains moments, à joindre les deux bouts.

Le visage des gens qui viennent chercher un peu de soutien temporaire chez Moisson Estrie change un peu au fil du temps, fait remarquer Geneviève Côté. Au cours de la dernière année, moins d'immigrants, davantage de familles qui n'arrivent pas et de gens vivant seuls.

Il faut s'adapter aux changements, note encore la DG de Moisson Estrie, qui se tient bien loin de l'étiquette de mère Teresa.

« On peut me reprocher de gérer Moisson Estrie comme une business, mais c'est l'approche que je préconise. Je suis une monteuse de projets, quelqu'un qui aime amener les choses à un autre niveau. »

L'autre niveau est parsemé d'initiatives relativement simples : contrer le gaspillage alimentaire en multipliant les partenariats avec les épiceries et les producteurs, miser sur des salariés de programmes d'insertion ou de réinsertion à l'emploi pour combler la baisse du bénévolat, s'associer avec des partenaires locaux, des gens d'affaires sherbrookois en fait, afin de financer certains besoins, comme les camions, la cuisine où sont transformés les aliments périssables ou encore le petit magasin.

Mais le gros de l'affaire, c'est encore et toujours les gens.

Ceux qui ont besoin d'un coup de main et qui ne devraient pas attendre avant de le demander.

Ceux qui peuvent offrir un coup de main, et qui ne devraient pas attendre décembre pour le donner.

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