Avant souvent souvent souvent

Les enseignants Danny Roussel et Barbara Meilleur font... (Spectre Média, André Vuillemin)

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Les enseignants Danny Roussel et Barbara Meilleur font partie des initiateurs de la galerie d'art L'exposant x de l'école secondaire de Bromptonville.

Spectre Média, André Vuillemin

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CHRONIQUE / Je ne savais plus trop si c'était un souvenir remontant à l'époque du secondaire ou aux balbutiements du cégep. Je me rappelais clairement que mon amie Titi était là aussi, mais ça, ça veut rien dire, c'est de tous les temps, on est amies depuis plus de 35 ans, un constat à la fois douloureux et magnifiquement doux. Toujours est-il que ce souvenir d'une expo sur Chagall visitée au Musée des beaux-arts de Montréal se perd un peu dans le temps, suffisamment pour m'obliger à quelque recherche dans les z'internet.

1988, c'était finalement au cégep, la journée s'était donc assurément terminée au TNM, avec André Montmorency dans Le malade imaginaire ou Les Feluettes avec Yves Jacques peut-être. Il pourrait s'agir là de mon premier contact clair avec l'art au musée, de mon premier face à face avec des oeuvres autres que cette reproduction d'un autoportrait de Rembrandt qui a habillé les murs défraîchis de mon enfance.

Chagall au MBAM avec Titi qui multiplie déjà les spasmes et les sons devant les couleurs, les formes et les vaches volantes qui se pointent dans certaines toiles, moi qui ne dis rien, qui ne comprends pas tout, qui ne voudrais pas être ailleurs, qui se demande d'ailleurs pourquoi elle n'était pas là avant souvent souvent souvent.

Jeudi, je suis passée par l'école secondaire de Bromptonville. Vous saviez qu'on y a installé une galerie d'art? C'est juste à droite en entrant. Vous montez les marches imposantes de l'entrée principale de l'école, vous franchissez la lourde porte de bois, vous croisez sur un mur trop gris-bleu cette oeuvre rassembleuse du sculpteur Matthieu Binette, un ancien de la place, puis là, juste à droite, il y a cette petite galerie d'art toute lumineuse.

Tout aussi lumineux, les enseignants Danny Roussel et Barbara Meilleur expliquent comment ils ont vite été dépassés par leur projet. Parce qu'une fois l'idée lancée, tout le monde a vite embarqué, de la direction de l'école à l'organisme Jeunesse active de Brompton en passant par un paquet de profs, de partenaires, d'élèves, d'artistes.

En moins de temps qu'il ne fallait pour rêver, l'ancien parloir de l'ancien juvénat fait peau neuve, se couvre d'un blanc éclatant qui fera belle place aux oeuvres des artistes et des élèves.

Ouais. Des artistes et des élèves. La galerie d'art, que l'on a nommée L'exposant x, deviendra un point de rencontre entre les élèves et l'art, mais aussi entre les élèves et les artistes. On y a d'ailleurs tout au long de l'été présenté les résultats de la rencontre entre les élèves et l'artiste Valerie Whissell, une série tout en formes, en couleurs et en réflexions sur la nécessité et le plaisir de l'acceptation de soi et des autres.

Cet automne, dès le vernissage qui servira aussi d'inauguration le 23 septembre, ce sont les trouvailles des élèves et du photographe Jean-François Dupuis qui vont prendre le relais. Cet été, en pleines vacances, une quinzaine de jeunes sont partis avec le pro de la photo, appareils au cou, pour explorer et immortaliser Brompton à leur façon. Rencontré par simili hasard en repartant de la galerie, Jean-François m'a dit que les jeunes avaient fait des trucs vraiment impressionnants. Just saying.

Just saying aussi que quand Danny Roussel et Barbara Meilleur parlent du projet, de la galerie, des liens entre les élèves et les artistes, entre les élèves et l'art, entre les profs et l'art, entre les parents et l'art, ils parlent surtout des liens entre l'être humain et l'art, ils parlent de la capacité magnifique de l'art à recentrer l'humain sur l'essentiel. Sur la beauté, l'amour, la vie.

Ils se questionnent aussi sur les choix d'une société, la nôtre, qui n'octroie aux arts (toutes formes confondues) que quatre périodes sur 36 au premier cycle, que deux sur 36 au second cycle des études secondaires.

Si peu, alors qu'il y a là tant à découvrir sur soi, sur l'autre, sur le monde, qu'il y a tant à acquérir aussi en sens critique, en capacité d'analyse et en créativité, un paquet de choses qui, croyez-le ou non, peuvent être vachement utiles dans bien des sphères de la vie.

En attendant et en espérant que ces choix de société soient un jour remis en question, il y a donc les projets comme celui de L'exposant x, soutenus par les collègues, la direction, la communauté. Parce qu'en attendant et en espérant, il faut cesser d'attendre, et visser dans l'espoir quelques feuilles de gyproc d'un blanc immaculé sur lesquelles on fera vivre de la vie, de l'art.

Puis voilà qu'un jour tout prochain, un élève, sa mère, sa toute jeune soeur, son oncle ou son grand-père vont entrer dans cette galerie ou dans une autre, dans un musée ou un atelier, ce sera leur première fois, ils vont sourire ou retenir une larme, ne pas tout comprendre, se questionner, rejeter une oeuvre, en aimer une autre, se demander pourquoi, en discuter, en reparler, y retourner.

Un jour ils vont se demander c'était quand leur première fois... Et pourquoi pas avant souvent souvent souvent?

* La galerie d'art L'exposant x est ouverte à tous (comme dans tout le monde!) du lundi au vendredi de 8 h à 17 h. L'exposition Détours par Brompton en collaboration avec le photographe Jean-François Dupuis aura lieu du 23 septembre au 23 décembre. D'ici là, on peut admirer (et se procurer) les oeuvres des élèves et de l'artiste Valerie Whissell.

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