Des livres et des jeux

Regarder la finale de foot entouré de livres?... (La Tribune, Sonia Bolduc)

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Regarder la finale de foot entouré de livres? Que oui. À Gould, au Buvard.

La Tribune, Sonia Bolduc

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Je sais bien que derrière l'écran, il y a quelques titres intéressants, j'ai jeté un oeil sur ce pan de bibliothèque il y a un peu plus d'une semaine et y j'avais déniché une partie du journal de Thoreau, celle s'étalant de 1837 à 1840. Mais là, personne n'ose s'y aventurer, la France multiplie les chances manquées, tous les yeux sont rivés sur l'écran, qui est lui-même rivé au pan de la bibliothèque. On est au Buvard, à Gould, 411 âmes au village, une vingtaine dans le petit salon -pub-librairie.

Pourquoi regarder un match dans une librairie? Pourquoi pas, se sont dit Michel Vézina et Maxime Nadeau, les tenanciers libraires qui siègent pour l'été coin 257 et 108, de biais avec la Ruée vers Gould, tout ça à cause d'une transmission pétée les privant de la tournée estrienne qu'ils s'étaient promise. Tout l'hiver, ils avaient proposé des soirées de hockey poétique. Juillet arrivé, pourquoi pas du foot?

« Une occasion de prendre une bière », vous dira le libraire Maxime Nadeau, qui confie regarder environ trois matchs... aux quatre ans.

D'autres clients sont plus mordus. C'est le cas de Michelle, originaire de Québec, en week-end de Westfalia à Sainte-Marguerite-de-Lingwick tout le week-end. Avec son chum et un couple d'amis, ils venaient bouquiner parce qu'ils avaient vu l'affiche en bord de route. Quand elle s'est approchée, qu'elle a entendu les échos du stade par la porte-moustiquaire, c'est clair qu'elle n'allait pas repartir. Elle s'est installée au côté d'un couple de Français avec un verre de blanc, a demandé à ses compagnons de camping de venir la reprendre plus tard.

« J'avais écouté le dernier match de la France au Barouf avec mon fils qui est là aussi aujourd'hui avec tous les Français », raconte Michelle, qui suit le foot depuis un voyage en Europe en 2000. Au cours de la version 2016, elle avoue avoir eu des coups de coeur pour les Pays-Bas et l'Islande. Mais sa belle-fille, et du coup son petit-fils, sont Français. Vive la France!

« Si le Portugal l'emportait, ce serait quand même une belle leçon d'humilité pour Ronaldo », prend-elle tout de même la peine de venir me glisser à l'oreille vers la fin du temps régulier, alors que les coéquipiers du grand brun ont un petit regain de vie.

C'est pas mal à ce moment-là que les trois autres campeurs reviennent, se commandent une bière, s'installent pour attendre Michelle, s'accrochent finalement les yeux à l'écran, décident de rester quand elle leur dit « va y avoir du surtemps... Si vous préférez partir et revenir plus tard ». Nenni, ils restent aussi.

Et pendant un long moment, plus personne ne bouquine. Le Survenant de Guèvremont, l'album photo en espagnol sur Bukowski, Le continent de plastique de David Turgeon, Les passagers clandestins de Ianik Marcil, plus rien ne bouge. Sur le coup franc de Raphael, t'aurais pu entendre des mots tomber d'un livre. Puis le grand cri, quelques secondes plus tard.

Ensuite? Ensuite y avait pas un autre bout de vie de Thoreau qui traînait. Mais y aura plein d'autres occasions plus ou moins sportives d'aller vérifier.

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