« Ma grande soeur est partie... »

Des soeurs, c'est des soeurs. Sarah-Eve, Élizabeth, Charlou... (Photo fournie)

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Des soeurs, c'est des soeurs. Sarah-Eve, Élizabeth, Charlou et Flavie.

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(Windsor) Parler de la mort, c'est beaucoup aussi parler de la vie. En fait, c'est presque uniquement ça.

Même quand quelqu'un vous quitte le nez et les rêves à peine plantés dans la vingtaine, que la somme des épreuves et des combats menés fait dangereusement pencher la balance de l'injustice ressentie, que vous aviez pensé avec un doux sourire « Enfin, elle va pouvoir vivre un peu ».

Parler de la mort, c'est tout de même parler de la vie.

Avec Sarah-Eve, j'ai souvent parlé de la mort, de la vie. C'est une sage. Je l'écris au présent, tout à fait délibérément, parce que les gens qu'on aime ne nous quittent jamais vraiment.

C'est aussi pour ça que je me suis dit que je n'allais pas être la seule à parler. De la mort, de la vie, de Sarah-Eve.

Aujourd'hui, il y a les trois jeunes soeurs de Sarah-Eve, le coeur brisé, oui, mais gonflées à bloc, qui viennent dire à mes côtés. Parce qu'elle est partie, leur Titi, mais aussi parce qu'il y a la vie. Et que c'est avec elles surtout qu'elle l'a savourée, Sarah-Eve, sa courte vie.

Je voudrais vous décrire leur état d'esprit, mais l'aînée des trois, Élizabeth, le fait très bien. « J'ai ben d'l'amour là. Netflix, mes amours de meilleurs amis, j'suis ben choyée. La vie a beau être une crisse de chienne, j'pilerai pas dans sa marde l'restant d'mes jours. »

C'est peut-être pas exactement les mots que vous auriez employés (parce que vous n'êtes peut-être pas abonnés à Netflix), mais il y a de fortes chances que vous ressentiez quelque chose dans le genre cette fois où vous avez perdu bien trop tôt ce quelqu'un de si important pour vous.

Mais je laisse Élizabeth poursuivre.

« Titi, tu vas manquer à tout l'monde j'pense. Pas juste aujourd'hui pis demain. Mais toutes les fois qu'on va s'rendre compte qu'on t'entendra pu rire. Ou roter. Ou les deux. Toutes les fois qu'on va devoir faire face à d'autres épreuves, sans toi. On va toujours rester "nous, la famille c'est pour toujours." Tu laisses tellement un beau parcours derrière toi ma soeur. Tu me laisses des souvenirs mémorables. Tu m'as vu grandir, tu m'as fait grandir. Tu m'as fait pleurer et rire. J'ai été choyée de t'avoir dans ma vie. J'aurai jamais assez d'mots pour décrire la relation qu'on a eue toi et moi. J'parle d'la relation particulièrement privilégiée que j'ai eu la chance d'avoir avec toi ma Titi.

Je t'aime ma soeur, copine-copine until the end sweetheart!»

Je suis convaincue que Sarah-Eve lui aurait répondu par un rot. Ou une blague de son cru. Peut-être aussi par un câlin.

Flavie aussi a besoin de câlins. Dans la vie, c'est un petit sac à blagues de 14 ans, vive de cet esprit qu'elle a tout de même un brin tordu je vous en passe un papier. Elle en pose des questions la Flavie. Mais elle a aussi beaucoup de réponses.

« Ma grande soeur est partie. En paix avec sa décision, elle a entrepris le grand voyage. Je suis fâchée. Fâchée de ne pas avoir tenu ma promesse, celle de sourire quand elle partirait. Maintenant que tu es mieux, que tu ne souffres plus, je te fais la promesse que tu resteras dans mon coeur, et je prendrai soin de maman, papa, Betty et Charlou, comme tu me l'as demandé. Veille sur nous s'il-te-plaît, j'ai encore besoin de toi. »

Charlou aussi aura besoin d'elle. Charlou, c'est la petite dernière, celle que l'on protège au max, vers laquelle on ne laisse filtrer que le nécessaire. Sur la table basse du salon, sur une feuille qu'on a volée dans le cahier d'école de Flavie:

« Chère Sarah-Eve, tu es si discrète. Chaque fois que je pense à toi, tu es si jolie et si passionnée. Je pense fort à toi puisque tu es un ange maintenant que tu es décédée. Je t'aime. Ta soeur Minou. »

*****

Je sais, c'est une étrange chronique.

Là, tout de suite, il y a la peine, l'incompréhension, la colère aussi. Mais dans la vie de tous les jours, celle de toutes les années passées, et même dans celle des années à venir, il y a tellement de rires, de cris, de chansons, de danses, de soirées niaiseuses dont Sarah-Eve a fait et fera encore partie.

On parlera de Sarah-Eve souvent et longtemps, de sa détermination, de son courage, de sa lucidité, de l'exemple et de l'inspiration qu'elle aura été pour plusieurs personnes qu'elle n'avait pourtant jamais rencontrées.

Mais il y a aussi ses proches. Et ses très proches. J'avais juste envie qu'elle puisse les entendre.

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