L'appétit gargantuesque de la pression sociale

À la source des troubles du comportement alimentaire,... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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À la source des troubles du comportement alimentaire, il existe une multitude de facteurs auxquels il faut s'attaquer afin de permettre un rétablissement.

Spectre Média, Jessica Garneau

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CHRONIQUE / La vie, c'est souvent une question de déconstruction et de reconstruction. Pour plein de choses, c'est comme ça, il faut se déclouer les perceptions, les convictions, les préjugés, les idées vendues en paquets de 12 et les légendes humaines, puis remonter tout doucement les murs de la réalité.

Tenez, là, je voulais qu'on jase troubles du comportement alimentaire, je pensais naïvement qu'on passerait un moment à distinguer anorexie, boulimie, hyperphagie, bigorexie, orthorexie, alouette, qu'on parlerait de rapport à la bouffe, de l'obsession de se trouver trop gros, trop maigres, trop laids, trop tout, trop pas assez.

Ben non.

En fait, oui mais non.

Je me suis pointée chez Arrimage pour parler avec Julie Witty Chagnon, on s'est installées dans la salle où se déroulent les rencontres de groupe hebdomadaires. Chez Arrimage, organisme estrien oeuvrant au développement d'une image corporelle positive, on travaille toujours en groupe, ça permet aux gens de réaliser à quel point ils ne sont pas seuls et de s'entraider un peu.

Toujours est-il que la première chose que me pointe Julie, c'est une affiche avec un iceberg dessus. Contrairement au capitaine du Titanic, tu vois pas juste la pointe, y a l'iceberg au complet, c'est toujours impressionnant.

La pointe de l'iceberg, c'est le trouble du comportement alimentaire, peu importe lequel. Sous l'eau, à la base de l'iceberg et dudit trouble, peu importe lequel, disait-on, y a la pression sociale, les relations familiales, l'anxiété, l'affirmation, l'image corporelle, la gestion des émotions, l'estime de soi.

« Les troubles du comportement alimentaire sont toujours multifactoriels, annonce Julie. Le trouble alimentaire, c'est une bouée pour se sortir d'un état. On met donc le focus sur la partie cachée, ce qu'il y a en dessous, pour arriver éventuellement à ce que les gens puissent avancer sans bouée. »

Les gens qui vont ainsi apprendre ou réapprendre à nager, on va se le dire tout de suite pour poursuivre la déconstruction, c'est tout le monde et n'importe qui, des jeunes, des vieux, des petits, des grands, des gros pis des maigrichons, des pauvres et des vieux, des étudiants, des travailleurs de tous les secteurs, des retraités pis tous les autres aussi, parce que Julie n'insistera jamais assez, des gens bien dans leur corps, mais alors là vraiment bien dans leur corps, y en a pas des masses.

Et de toutes ces raisons qui font qu'on n'est pas super bien, de tous ces trucs donc qui s'accrochent à la base de l'iceberg et qui viennent vous picosser la conscience et le système nerveux, vous rendre mal et malheureux, comment passer à côté de la pression sociale.

Y en a pas mal de pression sociale, Julie ?

Les yeux lui roulent dans l'orbite de l'exaspération.

Le corps parfait, le poids santé, les régimes, la peur de vieillir, les images dans les magazines, les pubs qui vous assaillent de toutes parts, les dédales de l'alimentation qui rendent si compliquée une chose pourtant aussi naturelle que se nourrir; les zones de danger et de dérapage sont trop nombreuses pour une seule chronique.

Pas pour rien que notre rapport à notre corps soit aussi fucké. Pas facile d'aimer manger, à sa faim, ni plus ni moins, sans questionnement ni culpabilité, sans entretenir de relation malsaine avec la nourriture.

Surtout pas facile de s'accepter, de se faire confiance, de se respecter. De se dépêtrer dans tout ce qu'on nous sert d'avertissements et de recettes miracles, vous dira Julie, qui n'a d'autres choix que de constater qu'on gobe pas mal tout ce que les industries de la beauté, de l'image, de l'alimentation et du marketing nous garrochent en tirs croisés.

« Qu'est-ce qu'elles auraient à gagner si on était bien dans notre corps ? » questionne-t-elle avec un gros brin de sarcasme.

Rien, sinon un esprit critique nettement plus acéré, arme première de combat contre le flot de n'importe quoi qui impose les règles de la beauté, de la performance, de la perfection, de la réussite et du bonheur assuré.

« C'est la clé pour rétablir l'équilibre, assure Julie. Développer un esprit critique sur tout ce qui est véhiculé, c'est le premier pas vers l'acceptation de ce qu'on est et la capacité d'être bien dans son corps. »

Il faut déconstruire.

Puis reconstruire.

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