Se coucher (un peu) moins niaiseuse

La psychologue et spécialiste en relations interculturelles Rachida... (Spectre Média, André Vuillemin)

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La psychologue et spécialiste en relations interculturelles Rachida Azdouz a animé le ciné-débat qui a suivi la présentation de La révolution des femmes hier au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke. L'historienne Micheline Dumont, la journaliste Kenza Bennis, la porte-parole du Centre islamique libanais Carmen Chouinard et la militante des droits LGBT Dominique Dubuc ont abordé différents volets touchant le féminisme devant une centaine de personnes.

Spectre Média, André Vuillemin

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(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Tu vas te coucher moins niaiseuse. Ma mère et ma grand-mère disaient souvent ça quand j'étais plus jeune. T'avais même pas besoin d'avoir appris quelque chose de super important, des fois juste un petit truc assez banal, puis voilà, t'allais te coucher moins niaiseuse. Le Festival cinéma du monde de Sherbrooke fait beaucoup en sorte que je puisse me coucher moins niaiseuse, pis c'est comme rien que je dois pas être la seule dans cette situation.

Tenez, hier midi, j'en ai appris un bout sur les conditions de vie des jeunes Indiens qui passent illégalement en France (et ailleurs en Occident) pour y travailler et retourner une très large partie de leur salaire à la maison afin de soutenir leur famille. C'était pas mal ce que racontait Bébé Tigre, le tout premier film du Français Cyprien Vial qui dépeint sans extra flafla les relations entre les passeurs et les jeunes immigrés, les tentatives de prise en charge de l'administration française, leurs limites aussi.

Une visite aussi d'un univers qu'on ne connaît pas trop, qu'on devine à peine, où tous les continents s'entremêlent dans la même cour d'école, comme c'est de plus en plus fréquent pourtant ici aussi, à Sherby. Je parle de la mixité dans les classes là, pas des jeunes Indiens travaillant pour subvenir aux besoins de leur famille. Tu comprends.

Toujours est-il, quand le générique est arrivé, je me suis dit que je pourrais aller me coucher là tout de suite, déjà un peu moins niaiseuse qu'à mon réveil.

Mais y avait La révolution des femmes juste un peu après dans un des foyers du Centre culturel. De toutes évidences, l'organisatrice Sondès Allal n'attendait pas autant de monde. Il y avait des tables et des chaises pour une cinquantaine de personnes, il a fallu doubler le parterre. La ministre Lise Thériault va être contente, il y a encore pas mal de féministes pour compenser son absence de.

Et si j'ai raté les prises de becs qui ont suivi les présentations des quatre expertes invitées au ciné-débat (oui, oui, j'ai des antennes) je n'ai rien manqué cependant du documentaire de Feriel Ben Mahmoud qui précédait. Belle façon, très touchante, de remettre les choses en perspective quant au féminisme arabe depuis près d'un siècle au Liban, en Égypte, en Tunisie, en Syrie, au Maroc et même en Arabie Saoudite.

Tous ces pas en avant, ces retombées en arrière, c'est non seulement un rapide cours d'histoire fort instructif, c'est aussi un solide rappel de la longueur de certains combats, de plusieurs luttes, incluant l'accessibilité des femmes à leurs pleins droits.

Et là, vraiment, je pouvais aller me glisser sous les draps.

Mais non. Je vous l'ai dit hier, tout ce jonglage afin de voir un max, de choisir bien, de savourer. J'avais Fatima complètement dans ma mire, j'ai réussi à résister à Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence, une coproduction Suède/Norvège/France/Allemagne qui a non seulement un titre à faire rêver, mais a aussi remporté en 2014 le Prix du Lion d'or de la Mostra de Venise.

J'aurais peut-être dû me laisser tenter, Fatima m'a un peu laissé sur mon appétit, mais c'est tout le plaisir d'un festival comme celui-ci que de se laisser surprendre, pour le meilleur et pour le pire.

Bon, ceci étant dit, comme la fin de semaine se pointe, peut-être allez-vous vous plonger vous aussi dans une des salles du Festival. Si ça peut vous aider à faire des choix, quelqu'un de confiance m'a conseillé The Second Mother de la Brésilienne Anna Muylaert qui sera présenté aujourd'hui à 15 h et samedi à 18 h, Trois fenêtres et une pendaison, coproduction Kosovo/Allemagne qui sera à l'affiche dimanche à 18 h et Le bouton de nacre de Patricio Guzman, Ours d'argent du meilleur scénario lors de la Berlinale 2015.

C'est la même personne qui m'avait dit Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence, que je n'ai pas écoutée pis que je m'excuse, je le ferai plus promis. Faites pas comme moi.

Je vous rappelle aussi qu'on présente Les raquetteurs et Le chat du Rabbin ce soir, coin Wellington et Frontenac, dès 19 h 30, et que la Wapikoni Mobile s'arrête au Tremplin à 19 h

Pis juste pour finir parce qu'il faut bien finir un moment donné, je veux juste vous rassurer si jamais vous trouvez pas d'amis qui partagent votre passion des films étrangers, plutôt champ gauche, relativement sous-titrés.

Vous allez rencontrer plein de gens avec qui jaser au Festival, que vous soyez attablés au resto entre deux films, que vous fassiez la file, que vous attendiez le début de la représentation ou que vous assistiez à l'une des activités. Y a comme quelque chose qui unit les gens et les attirent les uns vers les autres.

On pourrait penser que c'est une passion commune. Mais z'ont peut-être juste envie de se coucher moins niaiseux.

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