Apprendre les lettres et les mots

Sophie Jeukens, Angel Jumas et Mylène Rioux ont... (Spectre Média, René Marquis)

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Sophie Jeukens, Angel Jumas et Mylène Rioux ont des mots, de la poésie et de la folie à partager.

Spectre Média, René Marquis

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(SHERBROOKE) CHRONIQUE / C'est un peu le bordel, en ce mercredi matin, dans les locaux du Centre d'éducation populaire de l'Estrie. En ce joyeux printemps des impôts, des bénévoles de Solution budget plus sont sur place pour aider les nouveaux arrivants constituant la majeure partie de la clientèle du CEP à remplir cette première déclaration de revenus. Certains ont oublié leur T4, d'autres en sont encore aux prémices de leur francophonie, ce qui exige quelques éléments de répétition pour que tous se fassent bien comprendre.

Et comme si ce n'était pas déjà assez compliqué, une employée n'a pas pu venir travailler ce matin. «Dans une petite équipe, une absence, ça fait une méchante grosse différence», fait remarquer une autre employée du CEP en passant en coup de vent.

Pourquoi je vous raconte ça? Parce que ça bourdonne au CEP, parce qu'on essaie d'y faire de vrais petits miracles, souvent avec les moyens du bord, auprès de gens qui viennent et reviennent souvent de loin, à qui on propose, principalement, un truc qu'on prend souvent pour acquis: savoir écrire.

Je ne vous parle pas de dissertation, de thèse, d'alexandrins, de pièces de théâtre en trois actes ou de poésie.

Quoique. Peut-être un peu de poésie dans ce cas-ci, mais en se faisant aller le créatif et la débrouillardise pas mal, parce qu'en vérité, les apprenants du CEP en sont tous à l'étape d'alphabétisation, peu importe leurs racines.

On disait donc, dans ce cas précis, de la poésie. Oui, encore. Savez, il n'y aura jamais assez de poésie.

Ceci étant dit, Mylène Rioux a parfois des idées joliment folles. Et comme Mylène Rioux est coordonnatrice du CEP, et bien les apprenants y sont souvent conviés à prendre part à des projets fous. Comme cette fois, l'automne dernier, où elle leur a offert de créer un événement de performance de poésie devant public.

Une douzaine de mains se sont levées au moment du premier atelier. Puis les difficultés du défi, l'éventualité d'une performance un peu trop stressante devant public, l'impression de n'avoir rien à dire, l'incapacité à l'écrire, et bien sûr toutes ces choses de l'ordinaire qui prennent des allures d'extraordinairement trop complexes quand on débarque en pays étranger ont eu raison du trois quarts des troupes.

Mylène n'est pas lanceuse de serviette, mais coordonnatrice au CEP, je vous l'ai déjà dit. Elle a fait appel à Sophie Jeukens, directrice artistique de la Maison des arts de la parole, poète, grande partageuse de mots et de poésie en ateliers, dans les écoles ou ailleurs.

Mylène et Sophie s'entendent, l'alphabétisation passe par la lecture et la littérature. Mais quand tous ces petits dessins sur le papier s'élèvent comme une barrière, ça peut faire peur, ça peut rebuter.

Sophie a donc laissé les quatre femmes toujours intéressées au projet à se raconter, elle les a enregistrées, a retranscrit cette poésie du langage qu'elles ont ensuite ensemble retravaillée, peaufinée, puis mis par écrit dans ce petit recueil, Andavé, que j'ai entre les mains.

Aujourd'hui, on est devenus comme les oiseaux

On n'a plus de frontière où se reposer

On fuit les prédateurs

On cherche un abri

Mais ça n'existe pas

Les aigles nous poursuivent

C'est Angel. Elle vient de me lire un peu de sa poésie et de sa vie, pas celle-ci, mais une autre où elle compare l'appétit des humains et des animaux. C'est beau. Et vrai. Et Angel sourit.

«Au début du projet, il y avait beaucoup d'inquiétude, je n'étais pas sûre de moi-même et il y avait un lot de difficultés. Mais j'ai aimé et je ressens une grande fierté. J'ai pris la confiance de l'écrit et j'ai réalisé que je pouvais participer à des projets, me découvrir des talents et m'ouvrir plus de possibilités. Je le referais avec beaucoup de fierté.»

Angel sera ce jeudi aux côtés de Mylène, Sophie et des deux autres auteures-poètes de l'Andavé, à la Maison des arts de la parole, pour le 5 à 7 qui fait office de lancement. On y lira des extraits, on vous présentera aussi la performance des participantes tournée sur vidéo par nul autre que Mathieu Gagnon.

Pas de performance live?

Non. Pas cette fois-ci. Peu importe, il y a déjà les mots. Beaucoup plus de mots, désormais.

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