Un cadenas sur la pointe d'un iceberg

Les intervenantes chez IRIS-Estrie Claudia Pâquet et Stéphanie... (Spectre Média, René Marquis)

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Les intervenantes chez IRIS-Estrie Claudia Pâquet et Stéphanie Roy souhaitent des interventions plus musclées et mieux financées afin de contrer la vague de proxénétisme qui déferle au Québec depuis quelques années déjà.

Spectre Média, René Marquis

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(SHERBROOKE) CHRONIQUE / On retrouve les fugueuses, on met le spotlight et un cadenas sur la porte du Centre jeunesse de Laval, ou tiens, pourquoi pas, sur l'ensemble des centres jeunesse, puis on envoie un vérificateur sur le terrain, histoire de calmer les esprits. Et les esprits vont se calmer. Dans deux ou trois dodos, on ne parlera plus trop du proxénétisme rampant.

Et ça, on va se le dire bien franchement, ça met Stéphanie Roy et Claudia Pâquet dans un état de frustration et de colère assez intense. Les deux intervenantes chez IRIS-Estrie trouvent en effet le Québec « ben mou » quand vient le temps de s'attaquer à des problématiques sociales.

« L'économie, ç'a l'air ben important. Le monde, pas mal moins... » lance Stéphanie, une ex-travailleuse du sexe reconvertie depuis quelques années et un dec en travail social en intervenante auprès de clientèles cibles.

Vous l'aurez compris, Stéphanie en connaît un bout sur l'offre de services sexuels, tout comme Claudia, intervenante auprès des travailleuses du sexe en Estrie par le biais du programme CatWoman. Des femmes qui choisissent d'offrir des services sexuels en échange d'argent, elles en côtoient au quotidien.

« Et c'est important que les gens fassent la distinction entre le travail du sexe et le proxénétisme dont sont victimes des enfants et des ados, des filles de 10, 14, 16 ans qui se font ramasser par des pimps de gangs de rue », répètent-elles avec inquiétude.

Ce n'est pas une faute de frappe. 10, 14, 16 ans. Y a des pimps de gangs de rue qui recrutent des jeunes de 10, 14, 16 ans. Parce qu'il y a, à l'autre bout de l'équation, des clients qui demandent des filles de 10, 14, 16 ans. Vraiment.

Des filles qu'on cible dans les centres jeunesse? Oui. Mais pas que. Surtout, pas que. Les vautours rôdent un peu partout, en ligne et dans le réel. Menaçants, les vautours? Enjôleurs, plutôt.

« Ce sont souvent des séducteurs, pas tellement discrets d'ailleurs, qui promettent plein d'affaires le fun qui peuvent être tentantes pour des jeunes », expliquent les deux intervenantes, non pas pour soulever un vent de panique, mais plutôt, disons-le ainsi, en espérant voir passer une petite brise de lucidité.

Parce que les fugues du Centre jeunesse de Laval, ce n'est qu'une toute petite pointe d'un trop gros iceberg, remarquent-elles.

« Y a ce problème majeur, mais y a aussi toutes les coupures dans les budgets, que ce soit pour lutter contre le proxénétisme, pour soutenir la prévention ou les interventions », s'insurgent Stéphanie et Claudia.

Un cadenas sur la porte? Ça ne va empêcher le proxénétisme de se faufiler ni dans les centres jeunesse, ni dans les écoles, ni dans le métro ou l'autobus, ni au centre commercial ou sur les réseaux sociaux.

Ça ne va pas l'empêcher de gagner du terrain dans une société qui préfère garder les yeux fermés et qui ne se donne pas les moyens d'intervenir auprès des victimes... et des agresseurs.

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