Des maux, toujours des mots

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En composant et en présentant un slam avec David Goudreault, le jeune Elyjah a lâché ce qu'il vit et pris confiance en lui.

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(SHERBROOKE) CHRONIQUE / David Goudreault ne s'en vante pas, mais il ne s'en cache pas non plus : la race humaine le désespère jusqu'à usure de compassion. « Je suis toujours dans l'humanisme, mais pas dans l'humain à tout prix. L'humain me déçoit trop souvent. »

T'as le goût de lui faire répéter ça au moins deux fois. Pas que tu doutes de la parole de celui qui la maîtrise si habilement, mais quand même, tu le vois bien, Goudreault ne se contente pas d'écrire et de dire la vie, il multiplie aussi les rencontres avec un paquet de gens pour qui il la rend saprément meilleure. Ou à qui il la sauve carrément parfois.

Parce que derrière ou en marge du poète-auteur-chanteur il y a toujours le travailleur social? Peut-être. Mais pas que. Y a plus. Pas mal plus.

Vous avez peut-être entendu le slam livré par David et le jeune Elyjah sur les ondes de Radio-Canada récemment.

Le Magogois de 12 ans a reçu il y a trois ans un diagnostic de leucémie et a subi une greffe de moelle osseuse en 2015. Ça devrait aider, mais pour l'instant, son corps se défend contre la greffe, ce qui fait que le système musculaire et nerveux de Elyjah se crispe, si vous voulez. Ça fait mal et ça restreint pas mal ses mouvements. Il est, disons-le ainsi, pas mal prisonnier de son corps.

David et lui ont donc écrit un slam ensemble, qu'ils ont d'abord présenté à la radio avant de se retrouver de nouveau le soir même sur la scène du Granada où David était en spectacle.

Le slam, c'est pour que Elyjah puisse un peu se vider le coeur, même si c'est pas mal en humour et en douceur. Mais ce n'est pas assez pour David. Elyjah aimerait avoir un Catrike pour se déplacer, travailler ses muscles, suivre un peu ses amis aussi étant donné qu'il ne peut pas marcher pis que, bon, un fauteuil roulant, des fois, ça ne passe pas partout.

Fait que devinez quoi? La campagne de socio-financement est en ligne.

C'est beaucoup ça, David Goudreault. Tellement que parfois, on l'oublie, parce que c'est juste tellement entré dans la norme. Non, précision, dans SA norme.

Quand Elyjah et son ami drummer Matéo sont montés sur scène vendredi dernier, ça m'est revenu. Parce qu'il y avait eux sur scène avec David et les musiciens, mais aussi parce que dans une salle rarement aussi multigénérationnelle, il y avait pas très loin une classe complète de l'école Jean XXIII.

« C'est vraiment une gang géniale avec qui je suis allé faire un atelier », confie David en admettant qu'il leur a négocié l'admission au prix d'une poignée de sourires.

Des ateliers? Oui. Des conférences aussi. Dans les écoles, les prisons, les centres pour personnes âgées. Ici, dans sa Mauricie, sur la Côte-Nord, dans le Grand Nord.

Pourquoi? Tu pourrais te contenter d'écrire, de slammer, de chanter, de te plonger dans la poésie, de t'occuper de ta blonde et de ta fille.

Silence.

« Pas sûr que la vie a du sens si on ne lui en donne pas, commence Goudreault. C'est peut-être ma façon de justifier ma vie. »

Venant d'un gars qui en a oublié des bouts à grands coups d'abus, tu serais porté à penser d'emblée qu'il fait du rattrapage, que son don de soi trempe dans la culpabilité, qu'il s'est peut-être imposé lui-même une sentence dans la communauté.

Mais non. Il fait seulement dans l'humanisme, le bel humain.

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