Zazie prendra peut-être le métro finalement

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Je vous avertis, c'est une chronique de chat. Si vous haïssez ça pour mourir les chroniques de chat, tournez la page toute de suite, on se reprendra. Une chronique de chat, donc, c'est comme une vidéo de chat, mais pas d'image; vous ne la verrez pas masser un chien, attaquer un crocodile ou un aspirateur, ni même faire un vol plané dans une piscine. En vérité, dans ce cas précis, vous ne la verrez pas faire grand-chose.

Zazie (prénommée ainsi parce qu'elle ne prendra jamais le métro) n'est pas rendue là encore, à poser pour la caméra et à signer des autographes après un lancement YouTube. Mais quand même...

Zazie a passé plus de deux ans et demi dans l'escalier. Je vous ai déjà raconté son arrivée à la maison, je vous résume rapidement tout de même pour vous remettre dans le bain un peu. Zazie est arrivée ici avec ses trois frères un matin d'automne après qu'on les ait retrouvés dans le fossé, abandonnés qu'ils avaient été par la vie ou un connard, allez donc savoir.

Zazie, c'est elle qu'on avait vue en premier, elle tentait de traverser la route en boitant, elle était toute petite, trois ou quatre semaines pas plus, on s'est arrêté, on l'a ramassée, et finalement, dans le sous-bois, ça miaulait encore et encore. On est revenu à la maison quatre chatons plus tard en se disant qu'on allait les donner, mais bien sûr, deux ans ont passé, tout le monde est encore là, y compris Cohen qui n'arrête pas d'essayer de mourir, mais ça c'est une autre histoire.

Anyway, je me ramasse un peu pour revenir à Zazie qui, je l'ai déjà dit, a figé ensuite dans l'escalier pendant deux ans et demi. Elle allait dieu merci au sous-sol pour faire ses besoins et manger de temps en temps, mais autrement, elle se boulonnait sur une marche de l'escalier entre les chambres et le rez-de-chaussée et elle regardait la vie passer. L'hiver, la marmaille chiens-chats passait ses soirées près du feu, pas de Zazie. Le reste de l'année, tout le monde venait prendre un café sur la terrasse pour admirer le lever de soleil avant de partir à la chasse au loup, pas de Zazie.

On a tout essayé. On a usé de finesse, de gentillesse et de force même pour tenter de l'intégrer, de l'attirer vers d'autres horizons, de lui donner le goût de découvrir le monde ou à tout le moins la plate-bande et le jardin, rien à faire, Zazie restait repliée dans sa peur de je ne sais trop quoi.

Parfois, la brigade féline-canine venait de franchir le seuil vers de nouvelles aventures, on entendait la porte se refermer, Zazie descendait les marches doucement et allait regarder ses copains partir au loin. Tu lui offrais de les accompagner en déposant la main sur la poignée, elle se sauvait vers l'escalier.

Zazie était de plus en plus boulotte, elle arrivait difficilement à faire sa toilette, son poil avait perdu de son lustre, sa vie avait l'air plate en chien (!).

Non, elle n'avait pas l'air particulièrement heureux.

Puis cet été. Cet été, tout le monde a tellement attendu après le beau temps qu'on s'est mise à laisser la porte arrière ouverte pour le laisser entrer pendant qu'on sirotait quelque chose sur la terrasse, pendant qu'on jouait dans le jardin ou qu'on trayait les chèvres, pendant que la vie vivait.

Zazie s'est pointé le museau dans la porte. Puis dans le rayon de soleil. Tranquillement pas vite, à son rythme, parce que la porte ouverte lui permettait de faire ça comme ça venait, Zazie est arrivée à mettre une patte dehors, puis une autre encore, quatre pour finir, des fois elle descendait même dans l'herbe, se risquait entre deux hostas, allait s'asseoir plus loin en jetant un oeil sur la mangeoire des oiseaux. Un matin, je l'ai vue chasser le mulot derrière la maison avec Cohen et Dupont, je ne me pouvais plus de plaisir et ça n'avait vraiment rien à voir avec le mulot en moins croyez-moi bien.

Je vous raconte tout ça parce que lundi matin, le soleil et Zazie se la coulaient douce derrière la maison dans le feuillage d'un aménagement paysager de moins en moins aménagé. Y avait Zazie couchée sur le flanc, qui se roulait sur le dos, se roulait de l'autre côté encore avec des élans de satisfaction bien évidents, s'arrêtait un peu, s'étirait longuement. Je l'ai regardée un bout, je souriais son bonheur nouveau.

C'est juste une chronique de chat.

Mais des fois, quand on se permet d'ouvrir des portes, il se passe des choses.

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