De l'art de la conversation

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Vous me direz que l'art de la conversation se perd. Vous vous empresserez aussi sans doute d'ajouter que c'est à cause des textos, des médias sociaux, du show room de Facebook, des 140 caractères de Twitter, du look at me d'Instagram et ainsi de suite jusqu'à épuisement complet de toutes les applications disponibles sur l'ensemble des tablettes et téléphones tellement intelligents.

Suis pas sûre à quel point ceci explique cela, que la technologie soit à l'origine du mal, qu'elle l'explique dans son entièreté, qu'elle ait signé en solo l'arrêt de mort des conversations dignes de ce nom.

Mais vous êtes là, dans votre cuisine, à préparer un troisième café pour votre cousine. Le temps que la vapeur se forme pour ajouter un petit nuage de lait, vous en profitez pour vous reposer l'oreille. Les deux oreilles. Les oreilles vous saignent, vous souffrez. En silence. La yeule y a pas arrêté depuis son arrivée, vous avez pas placé un mot; vous êtes en mode écoute tellement active que vous avez probablement amélioré votre cardio et perdu 5 livres juste par absorption de sons.

« Elle va sûrement finir par me demander si je vais bien, s'il y a du nouveau dans ma vie », que vous essayez de vous convaincre de. Mais c'est un voeu pieux, vous le savez. C'est pas la première fois que la cousine débarque avec son puits sans fond de babillage.

N'empêche, vous êtes rempli d'espoir, d'optimisme et de détermination. Cette chouette nouvelle que vous avez apprise récemment, vous voulez la partager avec la cousine verbomotrice parce que vous l'aimez bien quand même, la cousine.

Vous repartez avec vos deux cafés, puis augmentez votre niveau de concentration à son maximum. La stratégie est on ne peut plus simple : il y aura forcément un moment, très court, où la cousine va prendre une gorgée de café ou respirer. Ça va passer vite, tu le sais, saisis ta chance.

Yé! Vous y êtes arrivé au bout de votre phrase, de votre nouvelle, de votre plaisir de la partager. Vous attendez la réaction, la série de questions. Du « Hein?! Quoi? Qui? Comment ça? C'est ben cool! Tu dois être vraiment sur un méchant nuage! »

Mais la réponse commence plutôt par « Ben moi imagine-toi donc que... »

Ce ne sont plus que vos oreilles qui saignent, c'est tout votre petit vous au complet. Celui qui s'intéresse à l'autre, qui aimerait qu'il en fasse autant, qu'il règle son mode écoute sur le même beat que son mode jasette, qu'il s'intéresse aux autres autant qu'à lui-même.

Vous restez là sans bouger. En fait vous hochez de la tête de temps à autre pour feindre l'écoute active, mais entre vos deux oreilles, ça tourne en boucle : l'art de la conversation est définitivement un art qui se perd.Trucs de base pour développer l'art de la conversation :

- Le eye contact. Ç'a l'air de rien, mais il se dit pas mal de choses via le regard, l'expression, la gestuelle. Tu vas être surpris si tu lâches ton téléphone ou ta pile de linge à plier deux minutes.

- L'écoute. Mettons que l'autre te raconte un truc, pis que tu l'écoutes vraiment plutôt que de te mettre à penser tout de suite à ce que tu vas lui raconter après pour pas qu'il y ait de silence, probablement qu'un bout de son histoire va susciter chez toi une question, une réaction, une affaire de même qui va permettre de poursuivre le dialogue. Fais-toi confiance.

- L'intérêt. Ça s'peut que la photographie t'intéresse pas, mais si c'est la passion de ton chum de gars, sois cool, pose-lui une couple de questions, laisse-le t'en jaser un peu, écoute-le, cherche à comprendre et respecter son intérêt. Il va peut-être te rendre la pareille en te demandant si t'es toujours content de ton nouveau pick-up.

- Le respect. Un petit peu pour l'autre, un petit peu pour toi. Le sujet te met mal à l'aise, le ton t'agresse, la conversation dérape vers des eaux troubles qui te tentent pas pantoute? Mets-y fin gentiment, mais fermement. T'as le droit.

* La cousine mentionnée plus haut peut aisément être remplacée par à peu près n'importe qui, du collègue de travail à la voisine de palier en passant par l'ensemble des amis, de la parenté et de gens rencontrés au hasard de la vie. À vous de choisir. Si ça se trouve, vous êtes peut-être la conversation poche de quelqu'un.

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