Semis et violence

On est parfois tellement violents, je me suis dit que j'allais vous parler de... (Archives, La Presse)

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On est parfois tellement violents, je me suis dit que j'allais vous parler de semis de légumes pour nous adoucir les moeurs. C'est une belle option les semis quand tu emmagasines de la colère, de la frustration, de la haine, du vide peut-être aussi, va savoir, pis que tu pitches ça partout autour de toi pis dans le grand univers virtuel.

Parfois - non, souvent -, j'ai l'impression que le virtuel, l'anonymat, la distance relative entre la touche « enter » et la cible du jour gorgent notre fiel d'un tel venin, je me demande où ça prend sa source pour être aussi virulent. Qu'est-ce qui nous rend si frustrés, si haineux, si violents?

Des fois, c'est juste tellement malade.

On dit que tout est dans tout. Curieusement, vous remarquerez, tout est souvent dans rien itou. Un paquet de petits riens.

Mon refuge contre la violence et la bêtise humaine est ainsi fait d'un paquet de petits riens.

De la musique, des livres, des marches en forêt, du kayak, des soupers entre amis, des spectacles, des allers-retours d'oiseaux entre les arbres et les mangeoires, des chiens qui attrapent un frisbee, une expo, un documentaire en noir et blanc, un moment passé à remonter un ruisseau en bottes à vache pendant la crue du printemps, à pelleter du fumier, à traire des chèvres ou à jouer dans un jardin. De semis du printemps aussi.

Tout le monde a ses propres refuges, à vous de voir, mais on devrait faire ça. Quand on sent la frustration, la colère, la haine, la violence se pointer le nez, quand on sent qu'on ne pourra pas la contrôler, la canaliser, la gérer ou la laisser passer sans se jeter sur tout ce qui bouge, ben là, tout banalement, on devrait faire des semis.

Plutôt que de s'acharner sur l'autre, des semis./////

Là, c'est le temps pour les semis d'oignons, de poireaux, d'échalotes. De persil aussi. Mais pas de tomates. Je vous le dis pour pas que vous fassiez comme mon ami Pierre, trop impatient, même s'il sait très bien que c'est trop tôt pour les tomates, qui en a semé quelques dizaines de plants il y a deux semaines au moins.

« Je le sais que c'est trop vite, mais je pouvais plus attendre », qu'il m'a dit.

« Ok. »

T'sais, des fois, t'es mieux de semer des plants de tomates trop tôt que de t'installer devant ton ordinateur pis de t'acharner sur tout ce qui bouge, tout ce qui respire, tout ce qui est différent.

T'sais, semer des plants plutôt que planter ses semblables.

Ah. Pour les tomates, attends encore un gros trois semaines au moins.

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