De magnifiques lunettes roses

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C'est le matin des lunettes roses. Je sais que vous aimez les articles de mode, vous avez, semble-t-il, passé quelques jours à vous pâmer sur la couleur d'une robe. Mais pour les lunettes, cassez-vous pas la tête, sont roses. À vous de voir le ton de rose qui vous tente.

Parce qu'il y a toujours moyen de voir les choses de façon (ou de couleur) différente quand on s'en donne la peine un tant soit peu. Suffit de travailler le groupe musculaire responsable de l'interprétation des faits.

Exemple.

Le lot de messages copiés collés circulant de façon récurrente sur les réseaux sociaux sur la « nécessité pour les immigrants de s'adapter à notre langue, à nos valeurs et à nos façons de vivre sans quoi ils n'ont qu'à retourner dans leur pays » pourrait être perçu comme de la peur, de la fermeture ou de l'intolérance.

Faux.

Chaque personne qui like et partage ces messages avec empressement a en fait (forcément) décidé de poser des gestes concrets afin d'aider de nouveaux arrivants à s'installer au pays, à apprendre la langue, à mieux connaître son peuple et ses valeurs. Les likeurs et partageurs font désormais la file auprès des organismes dont la mission est d'accueillir les immigrants et de faciliter leur intégration.

Ils ont décidé de donner un peu de leur temps comme bénévoles auprès de ces organismes, et mieux encore, de leur propre chef, dans leur quotidien, d'aller vers cet autre, l'immigrant, celui qui se retrouve seul en pays étranger, pour se présenter à lui, apprendre à le connaître, l'inviter pour un café, lui montrer la ville, l'inviter à la campagne, lui faire partager un repas avec la famille et les amis.

Le likeur-partageur a identifié un problème, il a donc décidé d'être de la solution./////

Autre exemple.

Vient-on de découvrir avec une horreur absolue que les étudiants au baccalauréat en enseignement, ces futurs enseignants, obtenaient des résultats très décevants aux tests de français de nos différentes universités? Des cancres de la langue formés par d'autres cancres de la langue qui allaient à leur tour former d'autres cancres?

« C'est la faute aux profs! » aurait-on pu dénoncer.

Non.

Ces enfants sont nos enfants et les enfants de nos enfants, s'écrit-on dans chaque chaumière de la belle, belle, belle province tout en dépoussiérant au fond du grenier ces boîtes de livres qu'on a remisées pour laisser belle et grosse place au cinéma-maison, à la tivi king size et aux consoles de jeu.

« Redonnons le goût des livres et de la lecture aux enfants et à leurs parents! » scande-t-on à tout vent en étreignant amoureusement le libraire dont on avait pourtant programmé l'extinction par négligence.

Chaque individu scandalisé par cette nouvelle (récurrente elle aussi depuis quelques années) a lui-même mis la main sur un bouquin qu'il s'est empressé d'ouvrir afin de réactiver sa fonction de lecteur, puis de partager avec un proche (ou deux) en lui proposant des échanges de livres et des discussions sur le sujet devant la grande tivi fermée de temps en temps.

L'ensemble de ces individus s'est entendu pour admettre qu'une meilleure maîtrise de la langue (et accessoirement un élargissement de la culture) passait en effet par la lecture, une activité qu'on allait désormais collectivement promouvoir et encenser autant (sinon plus!) que le hockey.

/////

J'aurais envie de poursuivre sans fin, les lunettes roses me vont si bien.

Mais t'sais, y a tout ce soleil qui plombe et qui aveugle. J'aurais dû insister pour des verres fumés. Des lunettes roses avec verres fumés, ça, ce serait la totale.

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