Raconte-nous une histoire...

C'est beau Death Valley avec son lac de...

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C'est beau Death Valley avec son lac de sel, ses dunes, ses canyons, ses montagnes, ses routes qui serpentent. Mais bon, je trouve ça plus relax sans pouceux sur le siège arrière.

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Annick! Annick! Raconte-nous la fois du pouceux dans le désert! » Annick! Annick! c'est ma douce. Voilà c'est dit. Et ces voix enthousiastes qui lui font la même demande chaque fois qu'on se retrouve autour d'un repas, d'un feu de camp ou d'une table à pique-nique, ce sont celles de mes neveux et nièces. MES neveux et nièces. Mais c'est ELLE qu'ils supplient en choeur pour une de ses histoires pas possibles. On sait bien, moi, j'ai trop de rigueur journalistique, je ne déforme rien. Tandis qu'ELLE... Ben, elle colore un peu, mais elle n'invente rien. C'est bien ça le pire.

Anyway. Elle a déjà mainmise sur mes neveux et nièces, pas question que je lui laisse ma chronique en plus, vous allez être pris avec ma version soft de quelques-unes de nos merveilleuses histoires de voyage.

Parce que oui, c'est pas mal dans le top 5 des choses qu'on aime dans la vie, les voyages. Les miens, je les apprécie particulièrement sans planning prédéfini, sans itinéraire trop clair, sans liste de choses à faire. Je ne pars pas nécessairement à l'aveuglette. Bien que. Mais anyway, ce que je veux lorsque je pars en voyage, c'est me garder des portes ouvertes, pouvoir prolonger mon séjour dans un endroit si ça me chante, bifurquer vers un village si ça me dit, faire un détour pour un spectacle ou un événement quelconque pour le simple plaisir de.

Me laisser aussi des petites zones tampons pour absorber certains moments.

Comme TOUTES les fois où je suis allée à Paris et que je me suis fait chier dessus par un oiseau. TOUTES les fois.

*****

Comme ce voyage hors-saison en Espagne où :

- On s'est retrouvées nez à nez (ou nez à bite) avec un type en train de se masturber dans un sentier de Malaga.

- Ma douce s'est transformée en agente de circulation en plein coeur de Grenade inondée en faisant reculer des rangées de voitures à grands coups de « Inondation! Flooding! Tromba de agua! Inundacion! » et de gestes et mimiques dignes des plus grands films muets de la belle époque. Moi, au volant de la voiture de location, juchée sur un terre-plein pour éviter de me retrouver capitaine d'un sous-marin, qui la suit coûte que coûte (et goutte à goutte) vers un stationnement à étages où on planquera la bagnole avant d'aller prendre un verre et attendre la fin de l'orage.

- On a décidé d'aller ne rien faire pendant deux jours dans la Sierra Nevada espagnole et où on peinait à trouver l'auberge qu'on venait tout juste de réserver par téléphone. « Montez la petite route à droite », nous a-t-on expliqué dans une langue qu'on ne maîtrisait peut-être pas totalement. « Ok. » Prend une tite route qui monte. Mais qui monte en zigzag. Non, non, ça tourne pas dans les zigzags. Faut que t'avances-recules avec la tite-sacrement-de-voiture-manuelle pour changer de direction dans le zigzag sans tomber dans les putains de précipices qui bordent la tite-sacrement-de-route-pas-de-garde-fou. Pis sais-tu pourquoi ça tourne pas? Parce que c'est pas fait pour les chars. Personne va là en char! Sais-tu pourquoi? Parce que c'est le chemin qui mène au cimetière, pas à l'auberge! Les gens, ils montent là à pied. En cortège. Avec un cheval qui tire la charrette-corbillard. Bon, pis en ce moment, pendant qu'on essaie de redescendre sans se tuer, sont tous en bas avec leurs jumelles à se payer notre gueule!

- On a fait du monokini sur une plage de retraités. Me suis jamais sentie aussi top.

- On s'est retrouvées par hasard dans un château de l'Ordre des Templiers à écouter un concert baroque dans la chapelle. Du bonbon pour une maniaque d'histoire... et de musique.

Fin de l'Espagne qui se raconte.

*****

Vous me direz que l'Espagne, c'est ce genre de pays qui aime vous surprendre. Alors parlons Californie. Tiens, mieux que ça, ne ratissons pas trop large, parlons Death Valley, qu'on appelle sans trop se casser la tête la Vallée de la mort. J'y suis allée trois fois, c'est un de ces endroits que j'aime d'amour fou. Parce que c'est désert, justement.

La première fois, on s'est retrouvé dans une tempête de sable à Furnace Creek. Malade.

La seconde, avec des amies, on avait décidé d'aller assister au spectacle de la danseuse Martha Becket au Armagosa Opera House de Death Valley Junction où on a aussi loué une chambre... qui pourrait rappeler le chic de la prison Winter. Anyway. En route, la foudre frappe un transformateur juste devant l'auto. On voit la ligne sauter. En arrivant à destination, quelques kilomètres plus loin, naturellement, plus d'électricité. On attend, craignant d'avoir fait ce détour pour rien. Qu'à cela ne tienne, les tenanciers ouvrent les portes du théâtre toutes grandes, parkent un quatre roues dans l'entrée et éclairent la scène avec son phare avant.

C'est déjà surréaliste. Lorsque Martha entre en scène, le surréalisme monte d'un cran encore. Elle s'avance, appuyée sur sa canne, s'installe à une table, met un chapeau, chante une chanson et se met à raconter sa carrière. Dans nos têtes de ploucs, le calcul se fait. On est en 2008. Elle est née en 1924. Elle ne DANSE plus. Elle a attiré les foules pendant quarante ans, mais là, elle ne DANSE plus. Deux des filles sont parties se coucher en maugréant. Moi, je n'aurais bougé de là pour rien au monde. The talk of the trip.

La troisième et dernière fois en liste, c'est l'histoire du pouceux dans le désert, la préférée des neveux et nièces. L'histoire où les deux matantes viennent de quitter Vegas vers San Francisco, non sans un détour par leur désert préféré. Mais il fait chaud, tellement chaud. Lorsqu'on quitte la route principale pour bifurquer vers Shoshone, c'est là que le pouceux nous attend, sous le soleil, un gros livre noir sous le bras, en criant « Please! »

Je passe mon chemin. Ma douce : « So, on peut pas le laisser là. » Moi : « Ben oui on peut. » Elle : « Non. » Vous voyez le genre, je la laisse toujours avoir le dernier mot.

J'aime pas les gros livres qui ressemblent à des bibles ou n'importe quel livre religieux. Ça me rend nerveuse. Ma douce, elle, c'est le poignard que le pouceux arbore qui la rend suspicieuse. Elle lui confisque, le fait passer sur le siège arrière, reprend place devant tout en gardant le couteau à portée de main. Le type est fucking weird. S'en va venger un ami que des types ont fait chier. Il est nerveux, énervant. Moi, je garde une distance viable d'un gros VR que je vois dans mon rétroviseur. Je ne veux pas le perdre de vue, ce sont des témoins potentiels de notre assassinat prochain. Parce que, faut pas se leurrer, me glisse à l'oreille mon imagination soudain débordante, s'il avait un couteau, il a aussi un gun. Dans son sac.

« Êtes-vous gays? » En temps normal, ma douce aurait dit oui. Là, elle ne le sent pas trop, finalement, le passager. Mais je ne lui laisse pas le temps de répondre. « Oui pourquoi?! C'est un problème? » Ma yeule des fois, ce serait pas pire. « Non, dit-il. Mon père est gay. En fait, il nous a laissés ma mère et moi pour aller vivre avec un homme. C'est sûr que j'aime pas tellement, mais c'est correct. »

La route est longue. Tellement longue. Et il ne sait pas trop où il va. Mais ultimement Baker, dit-il. Lorsqu'on arrivera à l'intersection indiquant Baker à gauche, Shoshone à droite, je n'aurai jamais été aussi heureuse de passer par Shoshone et de m'arrêter au petit saloon prendre une bière froide.

Ah. Oui. Pour la petite histoire, on lui a rempli sa gourde d'eau fraîche, il nous a donné son livre en cadeau de remerciement, une anthologie de l'oeuvre de Stephen King qu'on a laissée à notre tour dans une chambre d'hôtel. C'est important de donner au suivant.

*****

Je m'arrête là. Faute d'histoires? Non. Juste faute d'espace. Après tout, on a voyagé en Westfalia pendant une couple d'années...

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