Le vent dans le nez

«On ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez. » Ma grand-mère disait ça... (ARCHIVES LA NOUVELLE)

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«On ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez. » Ma grand-mère disait ça souvent, je trouvais ça vraiment drôle comme image quand j'étais petite. T'sais, dans le fond, quand t'es flo, tu te dis qu'il n'y a pas un million de possibilités de trucs qui peuvent te pendre au bout du nez. En vieillissant, tu comprends que si. Grand-mère le savait, elle qui avait eu le vent de face plus souvent qu'à son tour.

La nouvelle année arrivée, c'est à ça que j'ai pensé. Au vent de face pis à ce qui te pend parfois au bout du nez.

Au vent de face d'abord.

Le sens-tu, le vent de face? Le grand vent, soulevé dans des tours d'ivoire pour balayer les toutes petites choses de la vie, les affaires ben simples, les silences, les lettres d'amour, les bonhommes de neige, les tartes et le pain maison, les mains dans la terre, le temps de vivre, de parler, d'écouter, de sourire.

Le sens-tu ce vent soufflé par la grosse machine qui te siffle la futilité de l'éducation, de l'agriculture et de la culture qu'elle confond avec le divertissement? L'entends-tu te murmurer sa légende des signes de piastres et des biens consommés?

Il souffle fort, ce vent. Assez fort pour te faire tomber à la renverse, t'aveugler, te faire plier les genoux, pour souffler la maison des trois petits cochons pis de tout le voisinage, pour te pousser, si t'es pas solidement ancré dans ce que t'es, dans le fond de ta cache jusqu'aux lendemains de la tempête, quand il ne restera plus rien.

Faudra faire face au vent. Ou il restera toujours la possibilité de faire la girouette sur ses idées pis ses convictions, histoire de garder levent dans le dos pis la tête dans le vide avec ce petit quelque chose qui te pend au bout du nez.

Ce qui te pend au bout du nez.

Individuellement, tu le sais rarement. T'es toujours à la merci de la maladie, d'un licenciement, d'une relation qui chie, d'un accident de la vie. Tu peux faire attention, prendre soin de toi, jouer prudemment comme dans la vieille pub, t'as jamais entièrement le contrôle, tu l'as compris dieu merci, ce qui fait que tu avances comme tu peux, profitant de ce qui se présente, tentant de t'enrichir le dedans ou le dehors, c'est selon.

Collectivement, tu te demandes encore ce qui te pend au bout du nez?

Cherche pas de midi à 14 heures, souvent, c'est juste des doigts. On avance comme ça, les doigts dans le nez, depuis des années, parce que c'est moins de trouble, moins demandant, moins de responsabilités, moins d'engagement. Plus facile.

On se pose même pas de question, on n'est même pas sûr que ce soient nos propres doigts, on est même certain que ce sont les doigts d'un autre qui s'est installé là pour nous mener par le bout du nez.

Mais les doigts dans le nez comme ça, ça se peut qu'un moment donné on ait de la misère à respirer. Ça se peut qu'un moment donné, tu la sentes plus ta collectivité.

Respire. Pis prends le temps de sentir. De sentir le vent, pis de sentir ce que t'es, ce que tu veux, pis ce que tu veux être.

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