Fuck les autres!

Ça remonte à l'adolescence. Une époque où on vous laissait griller une... (Archives, La Presse)

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Ça remonte à l'adolescence. Une époque où on vous laissait griller une cigarette entre les portes de la polyvalente quand il mouillait dru ou que le froid hivernal était armé pour faire tomber vos petits doigts de rebelle un à un. Player's ou une Export A au bec, toupet dans les yeux, snick bottines aux pieds, un paquet d'adultes en devenir parlaient du dernier party en liste, des meilleurs vidéoclips, d'un projet de grève, de l'examen prévu à la prochaine période, de la vie après le secondaire qui ressemblait vaguement à la liberté.

« Fuck la société! »

Y avait toujours, inévitablement, un quelqu'un quelque part qui allait finir par lancer «Fuck la société!»

Précision avant de poursuivre sur ma lancée : oui, j'ai été un brin rebelle, mais pas si tant rebelle que ça, bien loin d'un Che Guevara, pas tant une rebelle des idées qu'une forte tête qui prend à gauche quand on tente de la diriger à droite. Bref, une ado.

Alors donc, on en était à «Fuck la société!» Ça pis «Moi, c'est blanc ou noir, y a pas de demi-mesure», ce sont les deux leitmotiv qui me faisaient déjà sourciller à l'époque de l'acné et des frenchs sur slows de fin de soirée. Mais t'sais, t'es un peu concentrée sur le mouvement de ta langue dans la bouche de l'autre d'un bout à l'autre de Suite Madame Blue, fait que tu te dis que ça va passer en sortant de l'adolescence, que tout le monde va prendre un peu de maturité et ranger dans le fond d'une boîte avec les cotons ouatés ces courtes punch lines d'esprits bornés.

Finalement, quand la toune finit, que tu récupères ta langue et prends ta première respiration en 6 minutes 33 secondes, tu réalises que pas vraiment, que même adultes, y aura encore des quelqu'un quelque part pour siffler des «Fuck la société!» pis se vanter que «c'est blanc ou noir, y a pas de demi-mesure».

***

Pause definitions.

Fuck la société! : Les autres, c'est de la marde, y ont l'argent que j'ai pas, la job que j'ai pas pis la vie que j'ai pas. Je fais comme si ça me dérangeait pas, mais ça me fait suer pis s'ils pouvaient perdre tout ce qu'ils ont, je serais bien content.

Moi, c'est blanc ou noir, y a pas de demi-mesure : Je suis pas capable de nuances, pis j'ai surtout pas envie de faire l'effort de comprendre le point de vue de l'autre.

Fin de la pause definitions.

***

Alors la vie fait ce qu'elle a à faire, pis la plupart du temps, parce que c'est le temps des vacances, des aubaines, des séries éliminatoires, des téléséries pis des galas, ben c'est relativement tranquille. Y a bien un «Fuck la société!» qui pointe de temps en temps ou quelqu'un qui va se vanter sur une ligne ouverte que «moi, c'est blanc ou c'est noir!» mais rien de trop pire.

Puis y a des moments comme là, ces temps-ci.

Des moments sans nuances, sans écoute, sans empathie et sans sympathie. Des moments où l'autre, les autres, vont enfin passer dans le tordeur, perdre leurs grands privilèges, payer leur dû. Pis on s'en réjouit.

Des moments où je comprends plus rien. Pis où j'ai l'impression d'être prise dans la boucane entre les portes d'une polyvalente à écouter gueuler des «Fuck la société!» Ça me donne envie de sacrer ma langue dans la bouche de quelqu'un pis de faire jouer Suite Madame Blue en boucle.

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