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Les démarches distinctes que Sherbrooke et Magog ont effectuées en espérant accueillir les premiers investissements régionaux d'Ubisoft, qui se feront finalement au Saguenay, soulèvent de nombreuses questions.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Le ministre responsable de l'Estrie, Luc Fortin, a appris dans nos pages jeudi que Sherbrooke Innopole et Magog Technopole avaient tous deux courtisé la compagnie Ubisoft dans l'espoir d'accueillir le studio de création de jeux vidéo de cette multinationale française qui verra finalement le jour à Saguenay.

« Ni moi ni le ministère du Développement économique avons été mis au courant de démarches en ce sens. En lisant que le maire Bernard Sévigny ne s'était pas impliqué dans le dossier, je me suis demandé si lui-même en avait été informé parce que s'il l'avait été, j'imagine qu'il m'aurait sollicité », s'est-il étonné. Ce dernier avance l'hypothèse que c'était peut-être le désir de l'entreprise d'ébruiter le moins possible son projet dans la sphère politique pour soustraire le premier ministre Philippe Couillard à des reproches d'avoir exercé des pressions pour attirer Ubisoft dans la région qu'il représente comme député.

« Chose certaine pour un projet aussi structurant et des emplois de cette qualité, si j'avais su, j'aurais sûrement mobilisé les membres de mon équipe économique pour donner de la valeur ajoutée aux présentations régionales », ajoute le ministre Fortin.

Dans un pareil cas, l'homme d'affaires André L'Espérance aurait-il plaidé en faveur de la capitale régionale à titre de membre de l'équipe économique du député de Sherbrooke ou aurait-il plutôt choisi d'appuyer Magog, la communauté dans laquelle se trouvent presque toutes ses entreprises?

Autre paradoxe, était-il logique d'exposer deux fois plutôt qu'une à une compagnie comme Ubisoft nos difficultés à retenir les jeunes hautement scolarisés fortement courtisés par Montréal et Québec?

« Dès la formation de mon équipe économique, j'ai dit que ce n'était pas pour mettre Sherbrooke en concurrence avec les autres MRC de la région. C'est toujours tentant d'avoir un esprit de clocher, je vais le dire comme ça sans avoir la langue de bois, mais ça nous prend une vision régionale. Il faut avoir une bonne discussion là-dessus », croit le ministre Fortin.

« Les résultats ne sont pas ceux que nous espérions dans le dossier Ubisoft et c'est clair que la cohésion a fait défaut dans l'approche. Il faut arrimer certaines de nos stratégies. La Conférence régionale des élus (CRÉ) nous avait engagés dans cette voie avant que le gouvernement Couillard mette la hache dedans. Deux ans plus tard, on gère encore la fermeture des livres au lieu de se concerter sur des projets d'envergure comme celui-là », réagit le préfet de la MRC Memphrémagog, Jacques Demers, à propos des 135 M$ qu'Ubisoft prévoit investir pour créer 125 emplois à Saguenay.

« Ne blâmons pas le maire de Sherbrooke ou la mairesse de Magog de se préoccuper du développement de leur ville, c'est leur mandat premier. Un cas comme celui-là est ce qu'il y avait de plus prévisible comme résultat à partir du moment où Québec a renvoyé chaque MRC à ses priorités. Ce faisant, le gouvernement a tué la concertation régionale », renchérit Maurice Bernier, qui a présidé l'organisme dissout.

« La qualité de nos universités étant reconnue par les étudiants et par des entreprises comme Ubisoft, c'est la qualité de notre économie qu'il faut maintenant faire reconnaître pour augmenter le taux de rétention des diplômés. C'est vrai que la CRÉ de l'Estrie fonctionnait bien, nous avions de meilleurs résultats ici qu'ailleurs. Sa disparition ne nous empêche pas de promouvoir une vision régionale autrement. Chose certaine, il faut renforcer les liens », juge quant à lui le député d'Orford Pierre Reid, ancien recteur de l'Université de Sherbrooke.

La directrice de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin, précise que certaines bases de coopération sont déjà coulées.

« Nous croyons fermement que la collaboration est essentielle pour nous positionner régionalement. Nous avons d'ailleurs réalisé deux activités de recrutement dans les technologies de l'information (TI) avec Magog Technopole au cours des derniers mois à Montréal et nous en ferons une autre sous peu. Nous menons aussi plusieurs projets avec les autres MRC estriennes dont le Babillard de l'emploi, le concours Ose Entreprendre et un projet de rétention des étudiants internationaux qui sera dévoilé lundi prochain. »

Sans lancer un nouveau débat de structures, ajuster nos modèles afin de maximiser les résultats des efforts de chacun?

« Il n'appartient pas qu'aux élus de déterminer cela, c'est une discussion à laquelle tous les acteurs des différentes communautés doivent participer. La société civile avait sa place à la Conférence régionale des élus de l'Estrie et il faut qu'il en soit ainsi dans le futur », plaide Maurice Bernier.

« Certains élus municipaux diront qu'il vaut mieux attendre après les élections municipales de novembre avant de revenir sur nos pratiques. Personnellement, je n'ai aucun problème à ce que la discussion commence maintenant, publiquement, de manière à ce que la vision régionale fasse partie des éléments sur lesquels les citoyens pourront évaluer les candidats », répond à ce sujet le préfet Demers, qui est également maire de Sainte-Catherine-de-Hatley.

Pour une deuxième journée consécutive, le maire Sévigny a décliné une demande d'entrevue sur le sujet.




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