La trousse en plus du zodiak

Une simulation de rupture en cascade de barrages... (Archives La Tribune, Jessica Garneau)

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Une simulation de rupture en cascade de barrages sur la rivière Saint-François, effectuée par le Centre d'expertise hydrique du Québec, avait situé le torrent d'eau à la hauteur des lampadaires du pont Aylmer dans la cuvette du centre-ville.

Archives La Tribune, Jessica Garneau

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Luc Larochelle
La Tribune

CHRONIQUE / Les travaux du quatrième poste de distribution d'Hydro-Sherbrooke vont bon train sur le chemin Dion, dans le secteur Saint-Élie. Ces équipements d'une trentaine de millions s'avéreront un bon placement pour les Sherbrookois.

Alors que le choix du site m'avait auparavant laissé indifférent, l'emplacement m'est apparu particulièrement judicieux en passant devant cette semaine. Ça va prendre un méchant déluge pour mettre ce nouveau point d'approvisionnement KO.

Même si cela avait été physiquement et techniquement possible, c'eut été un mauvais choix d'investir cet argent au poste Saint-François, qui longe la rivière et le boulevard du même nom, pour en augmenter la puissance, car même si les crues ne l'ont jamais atteint, il est dans le secteur le plus vulnérable.

On parle d'électricité parce que la capacité de résistance de barrages a ajouté aux tracas des autorités cette semaine à Houston. Des appréhensions nourries par la rupture de digues de la Nouvelle-Orléans lors du passage de Katrina en 2005.

À cette époque, La Tribune avait publié les résultats d'une étude du Centre d'expertise hydrique du Québec qui concluait que les barrages situés en amont du bassin hydrographique de la rivière Saint-François pourraient résister à une crue exceptionnelle se produisant une fois au 10 000 ans. Question d'illustrer l'ampleur du désastre que causerait la rupture en cascade de ces ouvrages, les experts gouvernementaux avaient effectué une simulation pour mesurer le temps de réaction des communautés les plus exposées.

Ce risque existe encore et sans vouloir semer la peur, nous reproduisons le tableau synoptique de cette simulation dont le point de départ était la rupture du barrage Jules-Allard, à la décharge du Grand lac Saint-François.

La suite dépasse l'entendement : une vague de 7 mètres frapperait Disraëli à peine deux heures plus tard; un tsunami noierait le campus de l'Université Bishop's avec un délai d'une quarantaine d'heures et pousserait dans la cuvette du centre-ville de Sherbrooke un torrent d'une force inimaginable qui passerait à la hauteur des lampadaires du pont Aylmer. Le poste Saint-François serait détaché du réseau d'Hydro-Sherbrooke et pour plus de 24 heures, on s'entend! 

Question de se rassurer, le gouvernement québécois a resserré les normes de surveillance des barrages après que le vérificateur général eut soulevé des lacunes à cet égard en 2015. En dépit de cela, des ingénieurs de l'État québécois sont revenus à la charge ce printemps en reprochant au ministère de l'Environnement de ne pas exercer la vigilance nécessaire. Était-ce seulement une stratégie pour faire mal paraître un patron intransigeant dans les négociations avec ses professionnels? Je vous laisse en juger.

« C'est un risque qui existe et il ne faut surtout pas l'ignorer. Nous sommes cependant beaucoup mieux outillés qu'il y a 12 ans pour le détecter. Les gestionnaires de barrages d'Hydro-Sherbrooke suivent rigoureusement les protocoles de suivi du gouvernement, nous sommes en contact permanent avec eux et les cartes interactives que nous produisons avec la division de la géomatique peuvent nous fournir une quantité phénoménale d'information en temps réel », commente le coordonnateur des mesures d'urgence de la Ville de Sherbrooke, Stéphane Simoneau.

L'Estrie n'est pas exposée aux pluies tropicales et son relief fait en sorte que le refoulement ne serait pas le même qu'au Texas, fait valoir celui qui est également aux commandes du service des incendies.

« Houston se trouvant au niveau de la mer, même en formant un courant extrêmement puissant, les accumulations de pluie n'ont pas la force pour déplacer la masse d'eau de l'océan. Chez nous, il se créerait le long du littoral de la Saint-François des zones de débordement qui ralentiraient la poussée. 

« C'est le genre d'information qui apparaîtrait sur nos écrans. Dès qu'une rupture d'alimentation en électricité se produirait, des cartes se superposeraient pour nous indiquer les besoins prioritaires de branchement de tel ou tel service municipal en fonction du degré d'autonomie des équipements d'appoint. Notre gestion de la crise serait ordonnée. »

Deuxième État le plus riche des États-Unis après la Californie, le Texas disposait sûrement lui aussi de technologies dernier cri pour répondre au pire scénario. Le directeur Simoneau en convient.

« Ce qu'ils sont en train de vivre là-bas par contre est pire que pire. Si nous étions plongés dans un pareil chaos, nous serions complètement débordés nous aussi. Nous porterions secours aux plus vulnérables en tenant pour acquis que les autres sinistrés pourraient attendre. Il faut éviter la dépendance totale, prendre conscience en tant qu'être humain qu'on devrait pouvoir assurer sa survie durant un minimum de 72 heures ».

Avouons-le : dans le confort de notre quotidien, prolonger l'espérance de vie au-delà de 80 ans nous apparaît bien plus important que de se développer une autonomie trois jours!

« Les choix budgétaires sont toujours difficiles dans une ville. Ce n'est pas toujours évident de prioriser des actions peu visibles comme les préparatifs en cas d'urgence. À Sherbrooke, les élus prennent leurs responsabilités et nous sentons que les citoyens souscrivent également à notre souci d'être plus efficaces.

« C'est une autre catastrophe qui donne à réfléchir. Vous, moi, chacun de nous doit se demander comment il peut mieux se protéger et se préparer dans l'avenir. On parle beaucoup de ce qui se passe au Texas. C'est normal, c'est dans le pays voisin. Ne perdons toutefois pas de vue les 20 millions de sinistrés de la mousson à Bombay » ajoute le directeur général de la Ville de Sherbrooke, Yves Vermette.

Une cinquantaine de morts au Texas et plus de 1500 victimes sur le continent indien... où les secours mettent plus que trois jours à arriver! Même quand frappe le malheur, nous sommes des privilégiés.




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