La coupe qui fait déborder le vase

Presque tous les arbres matures ont été rasés... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Presque tous les arbres matures ont été rasés pour faire place à un centre de la petite enfance à l'intersection de la rue Woodward et de la 7e Avenue, près de l'Hôtel-Dieu. La coupe a été autorisée par la Ville en vertu d'un règlement que le conseiller du quartier, Rémi Demers, juge trop permissif. Ci-bas, le boisé avant la coupe.

Spectre Média, Jessica Garneau

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Des citoyens du secteur de l'Hôtel-Dieu sont outrés que l'implantation d'un centre de la petite enfance (CPE) ait signé l'arrêt de mort de presque tous les arbres matures à l'intersection de la rue Woodward et de la 7e Avenue. Partageant cette désolation, le conseiller du quartier, Rémi Demers, a plaidé mardi auprès de ses collègues du comité exécutif la nécessité pour la Ville de Sherbrooke de revoir sa réglementation sur la protection des arbres.

Depuis l'annonce de la construction d'un CPE de 80 places au mois de juin, les fonctionnaires municipaux ont eu à approuver les plans, incluant la coupe d'arbres. Une fois tous les permis délivrés, un ilot de verdure formé de plusieurs essences nobles a été rasé en quelques jours.

« Ce fut un choc pour les citoyens, et ce le fut également pour moi. On m'explique que le bâtiment occupera une bonne partie du terrain, que la nécessité de prévoir un bassin de rétention souterrain augmente la canalisation, à cause de cela, les travaux de déboisement ont été réalisés en toute conformité avec notre réglementation », convient dans un premier temps le conseiller Demers.

Ce dernier s'interroge néanmoins sur la disposition autorisant « d'abattre un arbre se trouvant à moins de cinq mètres d'un ouvrage ».

« Un trottoir est un ouvrage au même titre qu'un immeuble, c'est large et permissif comme règlement. Je ne pense pas qu'il faille s'en remettre qu'à la bonne volonté des promoteurs pour en faire plus », ajoute M. Demers.

Le CPE Imagémo a mis en chantier ce qui deviendra son troisième service de garde à Sherbrooke. Sa directrice générale Roselyne McLaughlin assure que les planificateurs se sont souciés de ce patrimoine.

« La protection des arbres a été une préoccupation tout au long du processus de planification. Une construction plus contraignante aurait été plus coûteuse sans qu'on puisse nécessairement garantir que les quelques arbres supplémentaires qui seraient restés debout auraient survécu, nous ont expliqué des professionnels. Ces gens s'y connaissent », fait valoir Mme McLaughlin.

Une citoyenne de la rue Woodward, Rosanne Chayer, s'est pointée au service d'urbanisme de la Ville au mois de mai, dès qu'elle a eu vent que le terrain boisé en face sa résidence serait développé.

« J'ai demandé à voir des plans afin de pouvoir évaluer si la Ville était sérieuse dans l'application de ses normes de protection des arbres. On m'a répondu qu'il s'agissait de documents privés. Ça manque de transparence. Je m'en veux d'avoir attendu après le fait pour protester auprès du conseiller du quartier » raconte-t-elle,

« Sherbrooke est réputée pour ses arbres et la richesse de sa forêt urbaine. Cette forêt est une contribution importante dans la composition du paysage sherbrookois. Elle procure des bénéfices environnementaux, favorise la sociabilité et possède une valeur patrimoniale inestimable », lit-on comme déclaration d'intention sur le site internet de la Ville.

Dans ce cas-ci, une grotte haute d'environ trois mètres et ayant déjà servi de lieu de recueillement a offert plus de résistance que les arbres passés à la tronçonneuse. Celle-ci serait l'un des vestiges de l'époque où ces terrains étaient rattachés au Grand Séminaire des Saint-Apôtres qui était lieu de formation des prêtres. Après avoir été converti en résidence pour personnes âgées (Résidences de l'Estrie), l'édifice patrimonial est devenu l'un des pavillons du réseau de la santé.

Toujours est-il qu'une partie de la grotte, elle, est encore debout. Est-ce parce qu'une clause légale en a assuré la protection ou simplement parce que les excavateurs n'en sont pas venus à bout?

« Je ne peux vous dire, je ne savais même pas qu'elle n'était pas disparue au complet », répond à ce sujet Mme McLaughlin.

Souhaitant établir des relations harmonieuses, la gestionnaire du CPE se dit prête à rencontrer les voisins pour les rassurer.

« Nous allons reboiser, c'est sûr. Si les voisins nous formulent des attentes auxquelles nous sommes en mesure de répondre, nous tenterons de leur donner satisfaction. Nous voulons nous fondre dans ce milieu de vie, pas le bousculer ».

« C'est la recommandation que nous aurions dû faire aux dirigeants du CPE dès le départ pour éviter un changement de décor aussi brusque. Nous avons eu à couper des arbres dans ce secteur lors des travaux d'agrandissement de Sercovie. Nous avions informé les voisins à l'avance et nous leur avions montré des plans », compare le conseiller Demers, qui dirige aussi l'organisme Sercovie.




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