Les portes de la liberté

Le scénario apparaissait totalement farfelu lorsqu'au souvenir de... (La Presse canadienne)

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Le scénario apparaissait totalement farfelu lorsqu'au souvenir de la vague de Roumains arrivés par Stanstead pour réclamer l'asile politique au Canada, j'avais évoqué il y a deux ans l'apparition d'un camp de réfugiés au Québec. C'est pourtant devenu une réalité.

La Presse canadienne

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Nous auriez-vous vus avec un camp pour réfugiés au Québec, ai-je soulevé en septembre 2015 au souvenir du cortège de Roumains ayant demandé l'asile politique au Canada sans s'être soumis aux contrôles réguliers au poste frontalier de Stanstead.

Ce scénario qui semblait alors totalement farfelu est devenu réalité à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie, avec un campement dont la capacité d'accueil a été portée à presque 1000 personnes, soit l'équivalent de la population des villages de Stanstead ou d'Ayer's Cliff.

Ce n'est cependant d'aucune mesure par contre avec l'aire de dépannage dans laquelle vivent plus de 400 000 réfugiés somaliens à Dadaad, petite ville du pays pauvre qu'est le Kenya (revenu par habitant de 1380 $ US *) ou encore avec le camp de Zaatari, où 80 000 Syriens en exil depuis l'été 2012 forment la cinquième agglomération la plus populeuse de Jordanie, pays où la rémunération annuelle n'est que de 3920 $ US.

L'arrivée massive de 10 000 Haïtiens réclamant le statut de réfugiés risque-t-elle de mettre notre pays et ses 38 000 000 habitants ayant touché l'an dernier un revenu annuel moyen de 43 660 $ US en faillite?

La crainte est exagérée.

Rappelons que l'engagement du premier ministre Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés syriens au Canada a été chiffré à près de 1,5 milliard dans l'appareil fédéral. La ministre responsable de l'Estrie, Marie-Claude Bibeau, qui est chargée du Développement international, a également confirmé en novembre 2015 une aide supplémentaire de 100 M$ du Canada pour le soutien aux centaines de milliers de réfugiés confinés dans différents camps. Des initiatives nous ayant valu des témoignages de reconnaissance ainsi que des voeux chaleureux pour le 150e anniversaire du Canada de la part des dirigeants du Bureau du haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

« À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera... » a propagé dans la même veine le premier ministre Trudeau lorsque le président Donald Trump a décrété des interdits confirmant en même temps sa volonté de chasser les illégaux de son pays. Ne fallait-il pas s'attendre à ce que ce message du chef du gouvernement canadien soit perçu comme une invitation quasi personnelle?

C'était l'évidence même. Sauf qu'au lieu d'avoir anticipé cela, le fédéral envoie soudainement des signaux contraires.

« Le fait d'entrer au Canada de façon irrégulière ne comporte aucun avantage » vient de nuancer M. Trudeau en rappelant que nos règles ne fournissent aucune garantie d'être accepté comme réfugié.

La répression et la persécution politiques n'étant plus ce qu'ils ont déjà été en Haïti, ces risques ne seront pas les motifs les plus convaincants pour rester au pays. Toutefois, la pauvreté et la désorganisation amplifiées par les catastrophes naturelles ne représentent-elles pas toujours « une menace à la vie », autre considération pour laquelle le Canada offre sa protection?

Les politiciens ne se feront pas les arbitres dans l'interprétation des lois sur l'immigration, mais ils se retrouveront confrontés à leurs déclarations. À cet effet, la ministre Bibeau n'a pas hérité que des beaux rôles à l'international, car c'est elle qui s'est retrouvée le mois dernier à devoir expliquer le cafouillage d'un hôpital de la région dépourvue des Gonaïves, financé à hauteur de 20 M$ par le Canada et qui ne fonctionne qu'à 50 % trois ans après son inauguration.

La ministre Bibeau a fait valoir en entrevue à Radio-Canada que l'embauche et la rémunération du personnel étaient la responsabilité du gouvernement haïtien et non du Canada. Un rapport indépendant, dont la société d'État a obtenu copie, a néanmoins porté un regard très critique sur la planification conjointe de ces infrastructures névralgiques qui auraient souffert d'une « corruption endémique ».

L'Agence des États-Unis pour le développement international a décidé à la fin de 2015 de prolonger d'au moins trois ans son programme d'intervention dans ce pays après avoir fait le constat de résultats mitigés cinq ans après le séisme dévastateur de janvier 2010. Cette lecture de la part de l'organisation ayant géré plus de la moitié du budget total de reconstruction en Haïti fournit un bon éclairage sur la précarité des conditions de vie.

Bien d'accord à ce que l'on questionne et qu'on débatte de nos politiques internationales. Par contre, rétrécir les portes de la liberté aux citoyens d'un des pays les plus démunis de la planète attaquerait notre crédibilité et notre conscience. Assumons nos choix et nos valeurs.

* Source : Banque mondiale




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