Trois patates chaudes pour un cuisinier

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Avec le rapport environnemental sur la voie de contournement de Lac-Mégantic, la décision à venir concernant la ligne d'exportation vers le New Hampshire et la demande pour construire 200 condos en zone inondable à North Hatley, le ministre David Heurtel a sur son bureau trois dossiers majeurs de l'Estrie.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE/ Avec le rapport du BAPE sur la voie de contournement de Lac-Mégantic, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Changements climatiques, David Heurtel, se retrouve avec trois dossiers plutôt épineux de l'Estrie sur son bureau.

Rappelons que l'arbitrage politique du nouveau corridor d'exportation qu'Hydro-Québec veut ouvrir vers le New Hampshire était déjà dans sa cour. Tout comme l'est aussi la demande pour construire 200 condos en zone inondable à North Hatley.

Son dossier le plus simple à régler sera celui de Lac-Mégantic, car il serait très étonnant qu'au terme d'un mandat écourté et de consultations aussi expéditives, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) remette en question un projet réclamé quasi unanimement et associé à la guérison de la communauté ayant encaissé le choc du train meurtrier.

Le rapport du BAPE dans le dossier de Lac-Mégantic a été produit en seulement deux mois, il est peu volumineux.

« On ne peut pas se fier là-dessus pour présumer de la suite, mais le ministre agira avec diligence », assure-t-on au cabinet du ministre Heurtel.

La publication du rapport ne saurait tarder. Les recommandations du ministre non plus, car son chef s'est maintes fois engagé à faire avancer cette demande. Dans ce dossier, le gouvernement Couillard est assis dans le même train que les Méganticois. C'est le fédéral qui aura la pression politique quand viendra le moment de garantir les 115 M$ pour sortir la voie ferrée du centre-ville.

Quand le ministre Heurtel annoncera-t-il par ailleurs s'il cautionne la construction de la ligne aérienne représentant toujours la seule option valable pour Hydro-Québec, même si cette ligne doit rejoindre des infrastructures qui seront pourtant enfouies sur une centaine de kilomètres en territoire américain?

La réponse que je n'ai pu obtenir du ministre ou de l'un de ses commettants est toute simple : pas avant janvier.

Pas avant que l'on sache si Hydro-Québec et son partenaire américain Eversource réussiront à mettre la main sur un contrat d'énergie qui, à lui seul, ferait bondir les exportations d'électricité québécoise de 30 %.

L'État du Massachusetts est acheteur de 9,45 térawattheures d'énergie et l'appel d'offres qu'il a lancé au mois de mars prend fin aujourd'hui. La proposition conjointe qui reflètera la mise québécoise sera évidemment livrée à temps.

« Considérant que nos exportations ont été de 32,6 térawattheures en 2016, c'est un volume d'énergie très excitant et nous sommes convaincus d'être en bonne position pour remporter la mise », affirme la porte-parole de la société d'État, Lynn Saint-Laurent.

C'est donc l'heure de vérité en ce qui a trait aux intérêts économiques d'Hydro-Québec et du gouvernement auquel il verse d'importantes redevances. Mais c'est aussi un énorme test de crédibilité pour les promoteurs qui ont échoué dans une démarche semblable l'an dernier.

Croyez-vous l'équipe ministérielle de Philippe Couillard prête à jouer sa crédibilité sur la foi des patrons d'Hydro-Québec et à prendre le risque d'approuver dès maintenant une ligne de 1,3 milliard risquant toujours d'être sans clients dans six mois?

Une décision anticipée qui serait suivie d'un deuxième échec serait un électrochoc politique mortel en année électorale.

Voilà pourquoi d'ailleurs Hydro-Québec arrime maintenant son calendrier à la loterie du Massachusetts :

« Le début des travaux est prévu en 2018, pour livrer à compter de 2020 », précise Mme Saint-Laurent. Si vous avez bonne mémoire, durant sa plaidoirie devant le BAPE, Hydro-Québec ciblait plutôt un démarrage fin 2017 en vue d'une mise en service en 2019.

Aux dernières nouvelles, le député de Saint-François, Guy Hardy, était encore le seul membre du gouvernement à souscrire à la demande d'enfouir la ligne sur les derniers kilomètres du tracé au Québec afin de protéger l'aspect visuel et la valeur du legs de 8,6 M$ que représente le mont Hereford. À moins qu'il soit déjà convenu qu'après avoir obtenu ce lucratif contrat, le gouvernement imposera cette condition à Hydro-Québec, la diligence sera timide dans ce dossier.

La caravane politique, j'entends. La ligne sera mise en chantier sans limousines. Sans la diligence débarquée avec Philippe Couillard et Gaétan Barrette pour venir annoncer la création d'une superclinique qui, plusieurs mois plus tard, ne remplit aucunement les promesses d'une plus grande accessibilité au réseau...

Ne nous égarons pas, la chronique tire à sa fin et je ne vous ai toujours pas parlé de North Hatley. Le ministre Heurtel endossera-t-il les prétentions de la municipalité et de la MRC Memphrémagog, selon lesquelles cette zone inondable 0-20 ans n'en est pas vraiment une? Adoptera-t-il plutôt la ligne dure?

Je ne saurais vous dire. La seule chose qui soit certaine, le chef Heurtel s'occupera de cette autre patate chaude sans trop s'éloigner de sa cuisine. Les politiciens connaissent le risque d'essayer de surfer sur des vagues qui pourraient les noyer.




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