La justice plutôt que la vengeance

Marcel Bolduc redoutait le détachement et l'indifférence de... (Courtoisie)

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Marcel Bolduc redoutait le détachement et l'indifférence de la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Il a été rassuré et réconforté par la rigueur avec laquelle le dossier de l'un des meurtriers de sa fille Isabelle a été analysé.

Courtoisie

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Luc Larochelle
La Tribune

Chronique / Un rituel dirigé par un Aîné - le sage parmi les sages chez les autochtones - a précédé l'audience de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, mardi à Laval, au cours de laquelle des experts ont évalué le potentiel de réhabilitation de Jean-Paul Bainbridge, l'un des meurtriers de la Sherbrookoise Isabelle Bolduc.

Ce fut la prérogative du condamné de demander à ce qu'il en soit ainsi. Au Canada, un criminel souhaitant devancer sa sortie de prison peut réclamer qu'un missionnaire de l'âme vienne propager la sagesse avec un cérémonial de purification et quelques incantations.

Est-ce dire qu'un imam pourrait de la même façon s'amener dans la salle et s'agenouiller vers La Mecque pour solliciter l'éclairage du prophète? Qu'un apôtre des bérets blancs pourrait venir lire quelques bribes du journal Vers demain avant qu'on commence à éplucher le dossier du requérant?

La prudence nous a pourtant incités à éloigner la prière, le crucifix et les autres objets religieux des salles de cour, des hôtels de ville et de plusieurs autres lieux publics. Logiquement, ce souci devrait exister du début du processus judiciaire jusqu'au dernier jour précédent une remise en liberté.

Une semblable entrée en matière peut être une bombe à retardement. Une détonation a d'ailleurs été entendue cette semaine.

«Le trou de cul va demander une audience à la manière autochtone!» a dénoncé avec virulence sur Facebook Marcel Bolduc, le père de la jeune femme assassinée il y a 21 ans, à la veille de l'audience.

L'homme n'a pas la réputation d'être impulsif. Il n'a pas non plus les membres des Premières nations en aversion, car il est descendant de l'une d'elles.

«Je suis Micmac. Outre le sang, j'ai le teint et les cheveux foncés. Ça ne ment pas. Je me suis exprimé ainsi sur les réseaux sociaux et j'ai aussi dit devant la Commission que c'était un affront à la mémoire de ma fille d'accepter qu'une telle mise en scène vienne détourner l'attention et le but d'une telle audience. Je refuse que les rites autochtones servent à cela» pourfend-il.

Comment ne pas donner raison à M. Bolduc? Nos dirigeants fédéraux devraient vite convenir que c'est un accommodement déplacé, totalement inapproprié, et s'engager à l'éliminer.

Au moment où l'aîné lui a offert une plume symbolisant un droit de parole, M. Bolduc l'a acceptée.

«Je m'étais longuement préparé. Je voulais passer mon message de façon efficace, mais sans brusquer. En évitant de tenir des paroles déplacées qui auraient pu provoquer mon expulsion. Je voulais aussi à travers cela afficher une certaine sérénité devant Julie, mon autre fille, qui était à mes côtés. Après 20 ans, c'est encore difficile pour moi, mais ça l'est encore plus pour elle.»

Julie et Isabelle étaient deux soeurs complices, raconte le paternel. Comme elles habitaient ensemble, elles partageaient leur quotidien. Lorsque Julie a perdu son aînée à elle, qui la devançait de quelques années, c'est un grand pan de sa vie qui s'est effondré.

Le père est entré dans la salle d'audience avec beaucoup d'inquiétude. Il en est ressorti libéré du poids de la suspicion.

«L'interrogatoire de Jean-Paul Bainbridge a été mené avec aplomb. L'un des commissaires a relevé qu'il avait prononcé 49 fois le mot « je » avant de se tourner vers nous pour présenter des excuses. Il les avait comptés! Ce sont des arguments très solides qui ont été invoqués pour refuser sa demande de sorties avec escorte. Comme je n'ai plus aucune confiance dans les services correctionnels, je me faisais toutes sortes de scénarios, pas nécessairement très positifs. J'appréhendais un détachement, une certaine indifférence des commissaires.»

«Je dois admettre que ce fut tout le contraire. Les représentants de la Commission des libérations conditionnelles nous ont prouvé leur compétence, leur indépendance d'esprit et leur rigueur. Leur travail m'a réconforté, soulagé. Nous n'avons jamais cherché la vengeance, ma seule préoccupation est que justice soit rendue équitablement», retient M. Bolduc au terme de cette autre étape ayant ressassé des souvenirs extrêmement douloureux.

Le sage parmi les sages, c'est le père capable de se tenir debout et en même temps se ressaisir pour éviter le piège de l'émotivité dans laquelle on peut sombrer lors d'une épreuve aussi terrible.

Le sage des sages, c'est le papa responsable et encore très soucieux de son rôle de modèle auprès de sa grande fille, devenue aujourd'hui femme à l'aube de la quarantaine qui fut elle-même un soutien pour son père en l'accompagnant cette semaine à Laval.

Cette sensibilité, cette complicité et cette solidarité font de Marcel Bolduc et de sa fille Julie des gens qui sont des modèles.




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