La valeur des référendums

Dans la refonte du plan d'urbanisme, les élus... (Spectre Média, René Marquis)

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Dans la refonte du plan d'urbanisme, les élus sherbrookois n'ont pas ajouté un mètre aux zones à l'intérieur desquelles les cimetières sont autorisés et la Ville n'a pas offert non plus un seul de ses terrains à la communauté musulmane.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) Il est normal que la communauté musulmane soit déçue que son projet de cimetière ait été bloqué en référendum à Saint-Apollinaire. Que certains de ses membres soient contrariés et vexés au point de mettre en doute la valeur de nos règles démocratiques est par contre une réaction excessive.
Ne confondons pas tout. Ce référendum municipal n'était pas une consultation sociale. Nos règlements d'urbanisme sont extrêmement complexes et ce mode d'arbitrage engendre régulièrement des réactions émotives, sans qu'il y ait nécessairement des considérations culturelles ou religieuses.

Il est normal que la communauté musulmane soit déçue que son projet de cimetière ait été bloqué en référendum à Saint-Apollinaire. Que certains de ses membres soient contrariés et vexés au point de mettre en doute la valeur de nos règles démocratiques est par contre une réaction excessive.

Ne confondons pas tout. Ce référendum municipal n'était pas une consultation sociale. Nos règlements d'urbanisme sont extrêmement complexes et ce mode d'arbitrage engendre régulièrement des réactions émotives, sans qu'il y ait nécessairement des considérations culturelles ou religieuses.

Dans l'histoire contemporaine de Sherbrooke, par exemple, deux référendums ont porté sur des demandes pour des installations destinées aux personnes âgées et le propriétaire de la Résidence Murray a dû passer par le travail de persuasion dans les cuisines des voisins afin de les rallier au projet d'agrandissement qu'il s'apprête à lancer.

Est-ce une raison pour y voir un manque de respect et de considération? Pas du tout. Avec le programme « Sherbrooke, ville amie des aînés », en place depuis dix ans, nous sommes à l'avant-garde de petits gestes qui font une différence dans la qualité de vie de ces citoyens vulnérables.

Les référendums municipaux sont une voie périlleuse, car les partisans du Non sortent plus souvent victorieux que ceux du Oui. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à Sherbrooke en 2007, à l'échelle de la ville, avec le rejet du plan d'urbanisme qui avait pourtant été appuyé par les trois quarts des élus municipaux.

Les référendums engendrent toujours des déceptions. Quand ce n'est pas du côté des promoteurs, ce sont des citoyens qui ont le sentiment d'avoir été floués. Des opposants à l'agrandissement de la Villa de l'Estrie, un complexe pour aînés du secteur du Carrefour de l'Estrie, avaient crié au complot et à l'imposture pour un référendum tenu un 11 juillet, en pleine période de vacances. Ça n'a pas été un facteur non plus pour repousser le vote à Saint-Apollinaire.

Il est vrai que seulement 35 personnes ont participé à la consultation de dimanche dernier. Ce nombre représente toutefois 73 % des citoyens éligibles à voter. Élus avec un taux de participation d'à peine 50 % lors des scrutins tenus aux quatre ans, les maires et les conseillers municipaux sont assez mal placés pour parler de déficit démocratique.

Pour rendre les référendums municipaux plus représentatifs des intérêts collectifs, le groupe de consultation présidé par Jean Perrault a proposé d'augmenter le seuil minimum de signatures requises ainsi que d'élargir le cercle des participants. Or, l'administration du maire Bernard Sévigny a fait tout le contraire à Sherbrooke dans la révision du plan d'urbanisme.

Sous prétexte « d'actualiser des usages dérogatoires qui étaient tolérés », les fonctionnaires ont mécaniquement passé à la trappe le droit de vote de plus de la moitié des propriétaires vivant dans le secteur où subsistent des problèmes de cohabitation avec le Complexe St-Élie Motorsports.

Un cimetière musulman se trouverait sur la partie nord du chemin Rhéaume ou encore dans ce secteur du chemin Laliberté, que les prières et le recueillement se feraient occasionnellement sur fond de vrombissements de moteurs sans que la communauté ait voix au chapitre. Comme les voisins ayant appris le mois dernier dans une correspondance laconique que leur propriété est maintenant située dans une nouvelle zone qui n'est plus contigüe et que, de ce fait, ils ne pourront pas participer à un éventuel référendum.

La mairie ainsi que les quatre élus du conseil d'arrondissement de Rock Forest - Saint-Élie - Deauville ont cautionné le changement sans relever la « subtilité »! C'est dire à quel point l'urbanisme est un labyrinthe à l'intérieur duquel même nos gouvernants s'égarent facilement.

Bien qu'expérimentés, les promoteurs s'enlisent aussi dans des méandres administratifs. Nombre de citoyens perdent patience à la recherche de réponses qui n'arrivent que plusieurs mois plus tard. Cette lourdeur et cette lenteur enragent tout le monde, tout le temps! D'où l'importance pour les membres de la communauté musulmane de ne pas interpréter un blocage partiel comme une forme de mépris.

Les élus sherbrookois viennent de revoir le zonage de la ville au grand complet sans toucher au volet des cimetières. La Ville, qui est pourtant le plus important propriétaire foncier, n'a même pas offert de négocier un prix pour l'un de ses terrains dans une zone sous contrôle municipale à l'intérieur de laquelle un changement de zonage aurait pu être simplifié. À ce que je sache, Régis Labeaume n'a pas multiplié les offres non plus dans son royaume.

Chers concitoyens musulmans, doutez moins de la valeur de nos référendums que de la parole des politiciens qui se sont déclarés prêts à vous ouvrir le chemin, mais qui n'ont pas encore sorti les pelles.




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