Le thermostat politique

Le vérificateur général de la Ville de Sherbrooke... (Spectre média, Jessica Garneau)

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Le vérificateur général de la Ville de Sherbrooke Claude Cournoyer.

Spectre média, Jessica Garneau

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Luc Larochelle
La Tribune

Chronique / Après s'être déjà poliment fait dire de s'investir ailleurs qu'en scrutant le réseau municipal d'électricité, le vérificateur général Claude Cournoyer dévoile en fin de mandat une étude détaillée portant sur les avantages que la Ville pourrait retirer d'un programme de contrôle de chauffage résidentiel. Un paradoxe à l'image de ses sept années dans ce poste à Sherbrooke.

Le citron de l'optimisation est pressé à Hydro-Québec comme à Hydro-Sherbrooke sauf que les chemins à emprunter pour maximiser leur rentabilité sont différents, relève M. Cournoyer.

« À l'opposé d'Hydro-Québec qui suggère de baisser le chauffage en allant au lit pour éviter d'avoir à acheter trop d'énergie sur les marchés extérieurs, Hydro-Sherbrooke devrait insister pour que ses abonnés montent le thermostat le temps qu'ils sommeillent pour emmagasiner de la chaleur. Ainsi, ils pourraient réduire leur consommation lors la pointe matinale qui se répercute sur les coûts d'approvisionnement du réseau local. »

Si 2536 foyers acceptaient qu'Hydro-Sherbrooke contrôle ainsi leur chauffage électrique à distance durant cette plage, les bénéfices municipaux pourraient augmenter de 600 000 $ par année. Le potentiel d'économies grimperait à 900 000 $ avec 6656 participants et cela, sans ressentir d'inconfort en raison du stockage thermique.

Les volontaires obtiendraient des rabais sur leur propre facture. Les clients du programme de biénergie ont réalisé en 2015 une économie moyenne « non négligeable de 840 $ », juge le vérificateur général en constatant aussi que la Ville se tire dans le pied en réduisant le chauffage dans plusieurs bâtiments municipaux durant la nuit. Elle accentuerait ainsi la pointe matinale.

Claude Cournoyer souligne d'autre part « les bonnes pratiques de gestion de la puissance produisant des performances exceptionnelles » en générant des économies annuelles de l'ordre de 6 M$. Cette perspicacité doit être appuyée par de nouveaux systèmes informatiques. Toutefois, bien que le financement pour l'un d'eux soit accordé depuis janvier 2014, il n'est toujours pas en service.

« Ce n'est qu'en épluchant les chiffres de la Ville qu'on réalise à quel point la profitabilité d'Hydro-Sherbrooke est capitale pour le financement des services municipaux. Voilà pourquoi il est essentiel d'avoir des mesures de mitigation pour la nouvelle grille tarifaire d'Hydro-Québec qui creusera des pertes de profits récurrentes de 7,6 M$ à compter de 2019 », insiste M. Cournoyer.

À ce sujet, la Régie de l'énergie a été saisie d'un dossier annonçant l'intention des redistributeurs municipaux tels Sherbrooke, Magog et Coaticook, de s'alimenter auprès d'autres sources qu'Hydro-Québec si ce mode de facturation n'est pas revu.

Outre cette étude fouillée sur Hydro-Sherbrooke, le dernier rapport du vérificateur général a des allures de testament. Claude Cournoyer revient sur ses bons coups, notamment l'alerte de subventions se calculant en millions et qui ont été perdues en raison d'une mauvaise gestion de demandes.

« J'ai essuyé les reproches de gens qui me disaient que je les faisais mal paraître, mais qui ont fini par admettre que j'avais raison. L'arrivée de la nouvelle directrice Caroline Gravel aux Travaux publics y est aussi pour quelque chose dans ce renversement de situation », juge-t-il.

Claude Cournoyer a traversé une période houleuse en 2013 alors qu'il a été sommé de produire les preuves d'une certification sans quoi il risquait d'être renvoyé. En lisant entre les lignes, on comprend que le thermostat contrôlé par la mairie l'a fait suer à quelques reprises...

« On a tenté d'en faire un cas de ressources humaines, mais la shot avait été callée à l'exécutif. Je n'associe cependant pas son président Serge Paquin à ces manigances. Car, M. Paquin est le seul à avoir souligné publiquement la qualité de mes recommandations. C'est sûr que la critique dérange et qu'il y a toujours de la résistance aux changements, mais les regards externes sont toujours utiles. »

Claude Cournoyer croit qu'à Sherbrooke comme à Montréal ou à Laval, un inspecteur général devrait avoir le mandat de mener des enquêtes.

« Il m'est arrivé à quelques reprises de me gratter la tête en examinant l'octroi de contrats pour lesquels il n'y avait qu'un seul soumissionnaire qualifié, les autres n'ayant pas obtenu la note de passage. Les grilles d'analyse sont tellement subjectives. Ça me laissait perplexe. »

Rien d'assez louche, par contre, pour alerter le bureau d'enquête de l'UPAC.

« Si des représentants de l'UPAC sont venus à Sherbrooke, ils ne m'ont pas contacté non plus. Je retiens tout de même qu'autant une ville comme Laval a été éclaboussée par les agissements de son ancien maire, autant elle est devenue un modèle de gouvernance qui devrait inspirer les Sherbrookois », laisse tomber le comptable s'apprêtant à rentrer dans ses terres de Sorel-Tracy.




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