La déception des promesses brisées

L'ex-maire de Fleurimont, Francis Gagnon, juge inacceptable qu'au-delà... (Spectre Média, Maxime Picard)

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L'ex-maire de Fleurimont, Francis Gagnon, juge inacceptable qu'au-delà de travaux de préparation de terrains, il n'y ait toujours pas de projet majeur le long de la 12e Avenue.

Spectre Média, Maxime Picard

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Je n'avais pas encore ouvert mon ordinateur en arrivant au bureau, mercredi matin, quand mon téléphone a sonné.
« Bonjour, c'est Francis Gagnon. Ça fait longtemps... »

Que si ! Je n'avais pas discuté de politique municipale avec l'ancien maire de Fleurimont depuis qu'il a quitté son siège, en 2009, après deux mandats comme conseiller municipal de la ville unifiée.

« Je me suis tenu loin, j'ai réussi à me sevrer de la politique. Mais là, la gestion du dossier Costco, ça va trop loin, ça vient me chercher. »

Si vous avez bonne mémoire, 2009 est l'année du débat orageux sur la localisation du centre de foires. Pour essayer de prendre de court les partisans du plateau Saint-Joseph, le « Bloc de l'Est » avait appelé un vote sur la proposition de privilégier le site de la 12e Avenue.

Les cinq représentants de l'arrondissement de Fleurimont avaient alors reçu l'appui de leurs collègues Nicole Bergeron, Chantal L'Espérance et Robert Pouliot, mais ce fut insuffisant. Douze autres élus dont l'ex-maire Jean Perrault et son successeur Bernard Sévigny avaient rejeté cette proposition.

Se sachant perdus d'avance, les dissidents n'avaient même pas demandé de vote sur la recommandation favorable au site du plateau. Ils avaient alors abdiqué.

C'était en mai, six mois avant la mince victoire de Bernard Sévigny sur Hélène Gravel à la mairie. M. Sévigny l'avait emporté par des poussières à l'échelle de la ville et avait récolté 7 % moins de votes que Mme Gravel dans l'arrondissement de Fleurimont.

« Je suis persuadé que les mêmes cendres pourraient brûler aux élections du mois de novembre. On nous sert les mêmes arguments que pour le centre de foires. Si autant de gens viennent travailler chaque jour au CHUS, l'éloignement ne doit pas être déraisonnable » se cabre M. Gagnon.

Selon les informations qui remontent en surface, la compagnie Costco aurait pourtant sérieusement considéré ce secteur lors de son arrivée à Sherbrooke.

Au moins trois propriétaires, Clovis Masson, Michel Langevin et Bernard Luc auraient alors reçu des offres. « Ça nous faisait curieux de penser qu'on allait vivre à côté d'un Costco. Le refus de l'un des propriétaires avait fait avorter la transaction », se souvient l'homme d'affaires Pierre Masson, qui a acheté depuis les terres de son père.

Une information qu'accrédite Guy Hardy, qui a longtemps tenu commerce dans le secteur avant d'être élu député de Saint-François. M. Hardy est d'ailleurs de ceux qui avaient réclamé publiquement que le centre de foires soit construit dans l'Est.

Comme son épouse détient toujours des intérêts dans l'entreprise, le député Hardy refuse toutefois de commenter cette autre polémique, que son gouvernement sera appelé à trancher.

L'intérêt de Costco n'était cependant pas exclusif à l'Est puisque les démarcheurs avaient également regardé du côté de Rock Forest avant de s'établir le long de la rue King Ouest.

« Les élus municipaux n'ont pas tous les pouvoirs, mais ils disposent de leviers pour orienter le développement. J'accepte mal qu'on vienne me dire qu'on ne peut rien faire », s'élève Francis Gagnon sans vouloir défendre une vision réductrice de quartier.

« J'étais au conseil lorsque la Ville a acheté la ferme Labonté pour ouvrir de nouveaux terrains dans le parc industriel. J'étais d'accord avec ça. Mais pour l'offre commerciale, je refuse que tout soit concentré au même endroit. C'est d'ailleurs par souci d'équilibre qu'il y a eu autant de débats dans le passé pour contenir le rythme de développement du plateau. Si j'étais maire, je défendrais encore cette vision ».

À 63 ans, Francis Gagnon assure qu'il ne songe aucunement à un retour en politique et il se défend bien d'agir comme poseurs de bombes pour préparer le discours de campagne d'un concurrent du maire Sévigny.

« Je ne veux pas discréditer Bernard et porter de jugement sur l'ensemble de son travail. Son approche du développement commercial ne me convient pas seulement à moi, elle agace pas mal de monde. »

M. Gagnon trace d'ailleurs un parallèle avec Well Inc., projet phare de l'administration Sévigny.

« Il y a du bon et du vrai dans Well Inc. Le maire et le conseil municipal utilisent les leviers pour lui donner de l'impulsion. Quand il y a une réelle volonté politique, c'est possible d'influencer le changement, y compris pour le développement commercial ».

L'Est encaisse le choc cette semaine, mais le changement de cap a été effectué par la Ville de Sherbrooke en avril 2013, avec le dépôt et l'adoption du nouveau schéma d'aménagement.

C'est à ce moment-là que la fameuse ligne de démarcation du périmètre d'urbanisation, qui a pris en serre le développement et même le positionnement du centre de foires parce qu'elle passait dans un champ, a été déplacée dans l'axe du boulevard Monseigneur-Fortier.

Or, le nouveau schéma a été appuyé à l'unanimité par les membres du précédent conseil municipal. C'est même un ex-conseiller de l'Est, Roger Labrecque, qui avait appuyé la proposition d'en faire la référence du futur.

« Je dois admettre qu'on aurait dû réagir avant. Déplacer le périmètre d'urbanisation pour Costco serait pire que de modifier le zonage ou devancer l'usage de terrain » reconnaît Francis Gagnon.

« Peut-être qu'à se battre contre la Chambre de commerce de Sherbrooke, nous n'avions pas le focus au bon endroit », admet Patrick Pinard, qui réclamait lui aussi l'équité dans nos pages, vendredi, à titre président d'Odace, le regroupement d'affaires ayant remplacé la Chambre de Fleurimont.

Les gardiens de l'Est - dont Francis Gagnon - ont tous défendu le plan d'urbanisme que Bernard Sévigny, Diane Delisle et Robert Pouliot ont battu en référendum. Ils considéraient avoir remporté une grande victoire en 2006 après avoir limité l'agrandissement du périmètre commercial sur le plateau Saint-Joseph de 400 000 à 90 000 pieds².

Quand on s'arrête à faire la conversion, les 73 726 m² que la Ville est aujourd'hui prête à ouvrir pour accueillir le magasin agrandi de 40 % de Costco, ses 24 pompes à essence et pour sept commerces secondaires représentent une superficie commerciale additionnelle de l'ordre de 794 000 pieds². Quand même...




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