La société des nuls

Gabriel Nadeau-Dubois réapparaît cinq ans après le printemps... (Archives, La Presse)

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Gabriel Nadeau-Dubois réapparaît cinq ans après le printemps érable, dans un Québec qui raisonne encore à coups de loi spéciale.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Depuis minuit, les salariés de la construction sont sous le coup d'une loi leur ordonnant « de se présenter au travail conformément à leur horaire habituel, d'accomplir tous les devoirs attachés à leurs fonctions, sans arrêt, ralentissement... et nul ne peut, par omission ou autrement, faire obstacle à la reprise des travaux ».

Marchez à l'ouvrage, travailleurs, et sans rouspéter. L'économie, d'abord.

Les juristes de l'État québécois ont dû se plier aux mêmes exigences avec la Loi 127 adoptée plus tôt cette année.

Retournez à vos textes juridiques, procureurs, vos caprices de professionnels inquiets d'une trop grande ingérence politique sont sans fondement.

Avec Philippe Couillard ou Jean Charest comme chef, le crédo est le même chez les libéraux: la prospérité passe par la stabilité. Un cadre rigide semblant convenir aux Québécois... pour autant qu'ils ne soient pas dans le groupe visé!

Il y a cinq ans, c'est la lutte aux carrés rouges qui avait justifié le recours à des mesures d'exception.

Alors qu'il prétendait agir en bon père de famille pour calmer la jeunesse et empêcher la propagation des casseroles dans la rue, le premier ministre Charest avait essuyé des reproches, dont celui d'être un tyran bafouant la liberté d'expression et la démocratie.

Par curiosité, je suis allé relire la controversée Loi 78. Comparée aux gifles des derniers mois, c'est une gentille tape sur le popotin que Gabriel, Martine et Léo, les trois leaders du mouvement étudiant, avaient reçue ce jour-là. Allez, les enfants, soyez gentils. Éloignez-vous un peu...

« Nul ne peut entraver le droit d'un étudiant de recevoir l'enseignement dispensé par l'établissement d'enseignement qu'il fréquente... » établissait pour l'essentiel la loi 78, en repoussant les manifestants à plus de 50 mètres d'une salle de classe ainsi qu'en fixant des balises pour les attroupements de plus de 50 personnes. Cette loi est morte de sa belle mort l'année suivante.

Le gouvernement n'a cependant jamais suspendu le droit de grève des étudiants. Il ne les a jamais contraints à retourner sur la job, comme il l'a fait à deux reprises ces derniers mois pour écourter des conflits impliquant des travailleurs.

Aurait-il eu une prise légale pour le faire? Pas sûr, mais au rythme où les contestations judiciaires s'accumulent en déplorant un abus d'autorité ou une entrave aux droits individuels, il y en aurait juste eu une de plus!

Les juristes se sont battus pour exiger la désignation d'un tiers pour fixer leur rémunération et le niveau d'indépendance dont ils estiment avoir besoin pour être les gardiens de l'objectivité. Comme employeur, le législateur a plutôt fixé unilatéralement à l'avance toutes les conditions qui s'appliqueront si la période de négociation allouée après le retour forcé au travail ne permet pas de rapprochement.

Québec va s'en remettre par contre à un arbitre pour trancher les points litigieux dans l'industrie de la construction au terme de la période de grâce accordée cette semaine. Un arbitrage qui sera cependant orienté, puisque c'est le gouvernement qui dictera ce qui devra être examiné.

Comme une pomme de terre dont les germes sortent au printemps, qui réapparaît au milieu de ce méli-mélo juridico-politique?

Gabriel Nadeau-Dubois, qui a remporté une éclatante victoire dans le terreau de Québec solidaire qu'est la circonscription de Gouin.

Le prince est de retour. La bête. L'orateur auréolé. Le jeune politicien arrivant avec son branding de combattant. Que penses-tu de l'évolution du Québec depuis le printemps érable, mon GND?

J'avais oublié qu'au moment où ce jeune militant a été accusé d'outrage au tribunal pour avoir ignoré les limites d'une injonction, l'ancienne candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Sherbrooke, Hélène Pigot, est de ceux qui ont publiquement pris sa défense. J'ai retracé dans nos archives une lettre ouverte que Mme Pigot avait cosignée dans nos pages pour inviter les Estriens « à ne pas laisser tomber les étudiants inculpés ».

Comme on le sait, les visées de cette dernière sont maintenant orientées vers la politique municipale, elle convoite la mairie de Sherbrooke. Dans la foulée de ce qui se passe, la candidate du nouveau parti Sherbrooke Citoyen cherchera-t-elle à faire des syndicats ses alliés?

Attendez-vous à tout le moins à ce qu'elle reproche à Bernard Sévigny d'avoir braqué son personnel contre lui à force de réclamer constamment de Québec un pouvoir renforcé pour mettre les employés municipaux au pas. Steve Lussier joindra sans doute sa voix à celle de Mme Pigot pour relever la distance du maire sortant, qui n'a pas cherché à obtenir de concessions pour régler la dernière ronde de négociations avec des hausses salariales moins coûteuses pour la Ville.

La trame de fond des décisions prises à Québec, qui est teintée de radicalisme, devra être assumée lors des prochaines élections. Municipales et provinciales.

Car, c'est croire qu'il n'y a plus que le recours à la force pour nous guider vers la raison. Sommes-nous devenus à ce point nuls?




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