La prise du sommeil

Aucun des travailleurs de l'Estrie ayant pris part... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Aucun des travailleurs de l'Estrie ayant pris part au rassemblement provincial à l'Assemblée nationale ne serait parmi les manifestants s'étant butés à l'escouade antiémeute.

Le Soleil, Yan Doublet

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / La centaine de récalcitrants s'étant butée à l'escouade antiémeute a causé autant de tapage, lundi à Québec, que les quelques milliers de manifestants ayant accueilli devant l'Assemblée nationale le dépôt du projet de loi  forçant le retour au travail des grévistes de la construction.

Si je me fie aux propos brièvement échangés avec le porte-parole de la FTQ -Construction de l'Estrie, Paul Sévigny, le contingent de travailleurs de la région s'étant rendu à ce ralliement provincial avait déjà plié bagage et était sur le chemin du retour lorsque sont survenues les altercations qui auraient pu dégénérer.

Juriste de l'État, plombier ou opérateur de grue, même combat. Pour de semblables résultats. Car cette autre loi spéciale est un copier/coller de celle votée à la fin du mois de février pour mettre un terme au débrayage des avocats du gouvernement, qui devenait problématique après une absence de 19 semaines.

Le législateur provincial suspend le droit de grève des syndiqués, mais contrairement à ce qui s'est vu dans le passé, il ne décrète pas la totalité des conditions du prochain contrat de travail. Cette fois, il ne tranche que sur un point, la hausse salariale de 1,8 %.

Quant au reste, les associations patronales et syndicales auront cinq mois additionnels pour s'entendre. Une période de grâce semblable à celle que le gouvernement majoritaire de Philippe Couillard s'est accordée comme employeur pour viser une entente négociée avec son personnel juridique. Cette démarche n'aurait cependant aucunement progressé depuis.

L'intervention est plus expéditive, mais une fois de plus, le gouvernement évacue le problème sans nécessairement le régler. Il calme l'opinion en appliquant la prise du sommeil.

Le front commun ouvrier veut s'en remettre aux tribunaux pour faire reconnaître « une négociation de mauvaise foi ».

Ce n'est pas sans rappeler que les avocats et notaires de l'État québécois (ANEQ) contestent également « la constitutionnalité de la loi leur ayant imposé un retour au travail forcé, estimant qu'elle représente une entrave substantielle au droit à un processus véritable de négociation collective, garanti par la charte des droits et libertés ».

Où en sommes-nous par ailleurs avec la loi 15 devant sortir les villes du gouffre des caisses de retraite?

À attendre qu'une instance judiciaire se prononce sur cette modification unilatérale de conditions de travail, évidemment.

On n'a pas fini de bâiller à entendre les décisions...

*****

Avec 47 % de la représentation des 4087 travailleurs de la construction en Estrie, la FTQ est la centrale syndicale ayant le plus de poids en région. Son porte-parole Paul Sévigny est néanmoins déguisé en courant d'air.

Pas moyen de lui parler.

« La grève se poursuit mardi. Nous demandons aux travailleurs de se tenir debout fièrement jusqu'à la fin. Une chose est sûre, ce que les députés feront dans les prochaines heures influencera ce que nous ferons pour les élections de 2018. Bref, le Parti libéral démontre une fois de plus qu'il est surtout un parti patronal », s'est limité à dire dans un texto M. Sévigny, à titre de représentant de l'Alliance en Estrie.

Le vote d'allégeance syndicale de juin 2016, au cours duquel les trois grandes centrales (FTQ, CSN et CSD) ont perdu des membres en Estrie au profit du Syndicat de la construction du Québec (SCQ) -

dont les cotisations sont deux fois moins élevées -, n'annonçait-il pas une dispersion des troupes plutôt qu'une mobilisation sans précédent à l'approche d'une autre ronde de négociation? Silence syndical.

Ces résultats ne font pas foi de tout, mais ils aident peut-être à comprendre pourquoi les chasseurs de grévistes sont moins expéditifs et moins carrés qu'ils ne l'ont été dans le passé en région.

« Lorsque des représentants syndicaux sont venus au magasin, ils ont été discrets et polis. Ils ont permis que des raccordements de fils à haute tension soient complétés avant de ranger les outils », témoigne l'ancien propriétaire du supermarché IGA Coaticook, Serge Arsenault, vers qui les émissaires syndicaux ont été dirigés en l'absence de son fils Dominic, qui est engagé dans un projet d'agrandissement de plusieurs millions dans son commerce.

« Il y a eu d'autres accommodements du genre. À Magog, nous avons permis des raccordements d'eau avant de fermer le chantier. Le mot d'ordre en région est d'éviter la confrontation », confirme Joanne Veilleux de la CSD-Construction en Estrie.

Tant mieux.

Sauf qu'à voir les chantiers fonctionner comme si rien n'était en région, les députés libéraux ne doivent pas souffrir d'insomnie.




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