Les répliques à coups de pelle

Tout ce beau monde avait aligné leur agenda... (Archives, La Tribune)

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Tout ce beau monde avait aligné leur agenda pour l'inauguration du Centre culturel de l'Université de Sherbroooke.

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Luc Larochelle
La Tribune

La mise en scène aurait pu être un peu créative pour préparer les réjouissances du milieu culturel sherbrookois. Imaginez le comédien Yvan Ponton au lutrin, avec son chandail d'arbitre et son air fendant : « Improvisation mixte ayant pour thème : danse contemporaine. Catégorie : politique. Nombre de participants : illimité. Durée de la partie : l'attente de toutes les confirmations de subventions! »

Ou pour dérider l'assistance, le maire aurait pu nous offrir son deuxième stand-up comique, lui qui n'a reçu que des éloges pour sa prestation lors du récent congrès de l'Union des municipalités du Québec. Après s'être coiffé d'une casquette des Expos, M. Sévigny a imité le défunt maire de Montréal, Jean Drapeau.

« Comme M. Drapeau, j'ai beaucoup de proooojets pour Sherbrooke et, réjouissez-vous, en voilà un autre qui sera réalisé! » aurait-il pu cette fois lancer comme clin d'oeil.

Dans l'immeuble portant le nom du célèbre comédien que fut Jean Besré, en plus, le maire aurait ainsi étouffé dans le rire la bisbille politique dans laquelle il s'est retrouvé, la semaine dernière, avec Luc Fortin.

Au lieu de dissiper les doutes quant à ses relations avec le ministre responsable de l'Estrie, le maire les a amplifiés en ne se pointant pas à la conférence de presse au cours de laquelle M. Fortin a confirmé que toutes les conditions étaient maintenant réunies pour que Québec verse les 4 M$ promis pour une nouvelle salle de diffusion pour la jeunesse au centre-ville.

« C'était la prérogative du ministre Fortin de confirmer la participation provinciale et de le faire quand bon lui semblait, en fonction de son agenda. Je m'absente rarement du comité exécutif, le mardi, et encore moins ces temps-ci alors que les projets structurants se succèdent. Je ne pouvais y être » a invoqué M. Sévigny pour motiver son absence.

« De toute façon, cette information était déjà connue et ce n'était pas l'annonce officielle du projet. Il manque toujours la confirmation du fédéral », a-t-il ajouté.

Les cabinets ministériels et ceux des maires s'adonnent à de la conciliation d'horaires presque tous les jours. Plus une annonce est importante, plus la diplomatie est de mise pour assurer une répartition équitable du crédit politique.

Sortez les photos de l'inauguration du centre culturel rénové avec le soutien municipal, provincial et fédéral, le maire Bernard Sévigny, le ministre Luc Fortin et ainsi que la ministre Marie-Claude Bibeau étaient tous présents pour célébrer avec les dirigeants de l'Université.

« On essaie le plus possible de faire en sorte que tout le monde soit là. Malheureusement, nous n'y parvenons pas toujours. Dans ce cas, nous voulions envoyer le message au gouvernement fédéral que c'est maintenant à lui de se prononcer. La garantie qu'on nous demandait ne peut être plus claire » s'est limité à dire le ministre Fortin à propos de l'absence du maire Sévigny.

De la mauvaise foi de part et d'autre? De l'un, plus que de l'autre?

MM. Sévigny et Fortin auraient eu un entretien téléphonique, vendredi dernier, au cours duquel il aurait été convenu d'une annonce au lendemain de l'adoption de la résolution renouvelant l'engagement du conseil municipal de Sherbrooke. Le maire n'aurait alors envoyé aucun signal comme quoi il ne pourrait être présent.

Comme la part attendue du fédéral est de 2,7 M$, on peut penser que Bernard Sévigny a ainsi voulu éviter de mettre trop de pression sur sa conjointe, qui est membre du gouvernement Trudeau.

« Je n'ai jamais émis de commentaires là-dessus et je n'en ferai pas davantage aujourd'hui. Ce que je peux vous dire par contre, c'est qu'un projet de cette envergure qui se réaliserait avec une participation financière de la Ville de seulement 800 000 $, soit 10 pour cent du coût estimé, ce serait tout un deal! » a-t-il précisé.

C'est justement ce que je ne comprends pas. Le maire Sévigny avait une occasion en or de rappeler que la patience a été bonne conseillère jusqu'à maintenant et qu'elle est sur le point de payer. En cela, il n'aurait bousculé personne. Pas même la ministre Bibeau.

En attendant le jour de la première pelletée de terre, c'est pas chic de voir nos dirigeants s'échanger des répliques à coup de pelle.

N'exagérez en rien mes propos, je n'insinue pas en cela qu'ils se frappent volontairement, violemment, pour se blesser ou même tenter de s'éliminer. Non, non, un prend sa pelle un matin et envoie le tas dans la cour de l'autre. C'est fait avec très peu d'élégance.

Voilà pourquoi MM. Sévigny et Fortin deviennent de moins en moins crédibles comme acteurs, à essayer de nous faire croire qu'il n'y a pas de froid entre eux. Et comme leur pas de danse n'est guère plus élégant, il n'est pas plus convaincant.




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