Absolution inconditionnelle 

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Le chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président du conseil d'administration qui sera rétrogradé, Pierre Beaudoin, à leur arrivée à l'assemblée des actionnaires.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Je précise d'entrée de jeu : contrairement à l'usage courant, le titre ci-haut ne réfère pas à la décision d'un magistrat qui rend ce type de sentence pour un accusé reconnu coupable d'une infraction au Code criminel. Ce n'est qu'une analogie, qu'une image à la sortie du tribunal populaire.

Pierre Beaudoin n'a pas abusé de la confiance de qui que ce soit. Contrairement à un Vincent Lacroix, il n'a pas volé en commettant une fraude financière. C'est sur une échelle de valeurs et sur des comparables qui ne sont pas des balises légales que sa rémunération a été jugée abusive. Rien de plus.

Je braque les projecteurs davantage sur M. Beaudoin que sur les autres membres de la haute de direction de Bombardier - dont les augmentations de salaire ont aussi provoqué la colère - parce que c'est dans son cas que la distorsion était la plus forte. Une rémunération dix fois élevée que celle accordée pour des responsabilités semblables ailleurs, c'était outrancier.

L'agacement manifesté ces derniers jours par les grands investisseurs de Bombardier, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPD), appelait au remplacement de M. Beaudoin comme président exécutif. Ce changement a été annoncé par la compagnie avant l'assemblée des actionnaires.

Sage décision. Car, bien que la famille Bombardier détienne toujours le contrôle des actions de l'entreprise et que sa représentation soit encore très influente au conseil d'administration, une approche de défiance devant les actionnaires aurait envoyé un message d'arrogance. C'eut été une erreur aussi pire que la première.

Même partiel, le recul du petit-fils de Joseph-Armand dans la hiérarchie de la multinationale est une admission que des changements étaient nécessaires « pour être à la hauteur des normes de gouvernance et de responsabilités » exigées par la Caisse. C'est un timide aveu de culpabilité d'errance et d'abus, mais ça en est un.

La sentence d'absolution inconditionnelle a-t-elle rendu devant une cour impartiale? Bien sûr que non. Il était clair que la famille Bombardier n'allait pas accepter d'être humiliée. Mais en quoi une exigence ferme que Pierre Beaudoin s'éclipse complètement du conseil d'administration aurait-elle produit de meilleurs résultats?

Il y a une différence entre descendre dans la rue pour faire ouvrir les stores des bureaux de la haute finance et s'engager dans une bagarre de rue à poings nus, en pensant que la classe populaire gagnera le respect de l'élite en lui servant des raclées.

Le Québec et ses citoyens ont plus de jugement et plus de classe que cela. Ils viennent une fois de plus de le démontrer en traçant la ligne de l'acceptable de manière engagée, mais modérée.

Il y a eu des compromis de part et d'autre, au profit de tous. C'était la meilleure approche pour défendre nos propres intérêts. Pour éviter de saboter nos investissements collectifs. Sous la menace d'une guerre larvée, l'action de l'entreprise aurait piqué du nez. La confiance encore très fragile envers les appareils du modèle C Series aurait, elle aussi, risqué de péricliter. Au lieu de cela, le titre de Bombardier a grimpé de quelques points. Des pas timides, mais plus prometteurs qu'une situation de crise.

La turbulence est-elle derrière les dirigeants de Bombardier? Pas sûr, sauf que l'énergie sera mieux canalisée à chercher des acheteurs qu'à faire du vol plané.

La famille Bombardier a-t-elle perdu de l'admiration auprès des Québécois? Sûrement un peu. Mais là encore, l'élégance est nettement plus rassembleuse que le mépris.

J'ai interviewé Pierre Beaudoin une seule fois. Je n'ai eu que quelques conversations avec des membres de la première lignée des héritiers de l'inventeur de Valcourt. Ce sont des gens que je connais peu, mais que j'observe depuis assez longtemps pour constater que l'indifférence ne colle pas à ce qu'ils sont.

Je l'ai écrit dans une précédente chronique, ce faux pas m'a surpris, déçu et irrité. Mais il ne m'a pas rendu aveugle. Les Bombardier sont encore bien présents en Estrie. Ils sont des donateurs constamment sollicités et demeurent généreux, engagés.

Je serai le premier à participer à un défilé sur la Sainte-Catherine si Bombardier remporte un jour la coupe des avionneurs. J'applaudirai au paiement de généreux bonis, qui seront alors pleinement mérités.

D'ici là, on retourne dans l'atelier, car la « patente à voler » a encore besoin d'améliorations pour rapporter gloire et argent.




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