La mission sac de sable

Le recours aux militaires est une mesure d'urgence... (Le Nouvelliste, Stéphane Lessard)

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Le recours aux militaires est une mesure d'urgence nécessaire dans les circonstances. Mais il y a moyen d'améliorer la prévoyance chez les citoyens, en cartographiant les risques d'inondations des semaines à l'avance selon l'épaisseur du couvert de neige dans chaque bassin versant.

Le Nouvelliste, Stéphane Lessard

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Imaginez-moi l'allure : les bottes de caoutchouc de mon père, une cravate empruntée à mon frère et mon enregistreuse dans un sac de lait parce qu'il pleuvait à boire debout. Trouve-nous des évacués, ça presse!

Oui, commandant.

En avril 1982, à mes premières armes dans ce métier, je suis passé de jeune blanc-bec à correspondant de guerre à la radio juste à descendre la côte King. La crue printanière avait été terrible, la Saint-François entrait dans des commerces du centre-ville de Sherbrooke à pleine porte. Les chaloupes passaient au-dessus des parcomètres. Il n'y avait pas de ministre-psychologue.

De nos jours, les politiciens se mouillent. Ils empruntent les bottes de quelqu'un d'autre et enlèvent leur cravate pour aller au front durant quelques heures, suivis par un régiment de journalistes qui leur reprocheraient autrement de manquer de compassion.

Si les caméras GoPro avaient existé en 1996, j'aurais révolutionné la couverture en direct. Je vous aurais montré il y a 20 ans les images inédites d'une truite que des pluies torrentielles avaient poussée avec furie dans le sous-sol des Langlois, à La Patrie. Vous auriez été témoins de la surprise des occupants et du désarroi de la truite, qui ne savait plus quel bord prendre lorsque l'eau a baissé en bas des châssis. Si, si, c'est arrivé pour vrai, et très précisément le 18 aout. Cet orage violent est répertorié dans « Survol des cas de pluies abondantes au Québec », une compilation d'Environnement Canada.

J'ai couvert des dizaines de débordements de cours d'eau à Sherbrooke, à Richmond, à Weedon, partout en région, sans jamais croiser un soldat dans un véhicule amphibie. Je ne dénigre pas en cela le déploiement en cours. Presque 150 municipalités inondées en même temps, et certaines d'entre elles depuis des jours, c'est hors de proportion. Il était légitime d'appeler les militaires en renfort, pour la Mission Sac de sable.

Ça prend un clip de militaire pour le direct de 18 heures.

- Caporal : j'imagine que ça vous rend fier d'aider les vôtres sans courir autant de risques qu'à Kaboul?

- Bien sûr.

Une fois les soldats renvoyés à la base ou à leur emploi régulier, pour ce qui est de nos réservistes, que penseriez d'une petite révolution dans la façon de présenter la météo en cartographiant le risque d'inondations par région des semaines à l'avance?

Exemple : il est tombé 35 cm de neige fraîche au Mont-Tremblant, hourra, ça va prolonger le ski de printemps. Mais, retenez aussi que la quantité de neige au sol est maintenant supérieure à la moyenne de 10 dernières années et que ça ne prendra pas de gros coups d'eau pour que la rivière du Diable se déchaîne, qu'elle propulse la rivière Rouge avec une force inouïe jusque dans la rivière Outaouais, et qu'en bouchonnant à l'entonnoir du lac Saint-Louis ce demi-fleuve s'éparpille dans des maisons.

Les grandes quincailleries sauraient dans quelles régions offrir des spéciaux et concentrer leur inventaire de tablettes démontables! On ferait du ski de printemps les jours de beaux temps, mais le matériel et les outils d'assemblage pour mieux protéger les biens du sous-sol seraient sur le bord de la porte.

À force de subir des crues récurrentes, les Estriens pour la Saint-François, les Beaucerons avec la Chaudière, les habitants du Saint-Raymond de Portneuf, ont appris à surveiller l'épaisseur du couvert de neige, 50, et jusqu'à 100 kilomètres en amont de leur maison. Les tablettes apparaissent avant la crue, quand un météorologue se pointe à l'écran avec une face d'enterrement.

Avez-vous entendu parler de Rés-Alliance au mois de mars? Non. Je n'en suis pas surpris, j'ai vérifié dans les archives électroniques et aucun média à large diffusion a fait écho de cette initiative.

Rés-Alliance (pour résilience, capacité d'adaptation) est une vigie collective. « Une communauté de pratique en adaptation aux changements climatiques », pour reconnaître un caractère scientifique à une démarche conjointe qui est essentiellement locale.

- Monsieur le maire, est-il vrai qu'à Beauceville, vous avez développé des moyens ultras efficaces pour parer et réagir aux inondations?

- Nous le croyons, et nous sommes heureux de les partager comme d'être parmi les premiers à avoir adhéré à Rés-Alliance parce que l'expérience des autres peut nous rendre encore meilleurs.

Le combo dévastateur « neige-pluie » a épargné la Beauce et l'Estrie, cette année. Ne jouons pas aux fanfarons, peut-être aurons-nous besoin un jour d'un contingent de soldats le long de la Saint-François. Mais chapeau à nos clairvoyants pour qui la gestion de prévoyance est une façon intelligente et perspicace de nous rendre moins dépendants aux équipes d'urgence.




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