La culture du mécénat

On ne peut pas promouvoir la philanthropie une... (Photo fournie, Caroline Roy)

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On ne peut pas promouvoir la philanthropie une journée et ignorer le lendemain la volonté de généreux mécènes comme ceux qui ont légué le mont Hereford.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Chaque dollar qu'un ministre de la Culture arrache lors de la deuxième tablée du partage budgétaire, une fois que ses collègues de la Santé et de l'Éducation sont passés, est une victoire. Voilà pourquoi le ministre Luc Fortin est particulièrement fier d'avoir 10 millions à offrir, soit le double de l'an dernier, pour bonifier les dons privés recueillis par des organismes culturels.

Lors des collectes de fonds pour la santé, l'image d'un enfant malade ou la maquette du futur complexe de 120 M$ au CHUS-Fleurimont, qui accueillera notamment le Pavillon Enfant-Soleil, parle d'elle-même. C'est moins glamour de solliciter des dons pour veiller sur les archives du Séminaire ou de l'Archidiocèse de Sherbrooke mais malgré cela, des dons de 50 000 $ ont été recueillis dans le milieu pour financer ce travail de moine. Une ardeur que le gouvernement va récompenser à hauteur de 150 000 $.

« Le message que nous voulons envoyer aujourd'hui, c'est que ça fonctionne. Le programme Mécénat Placements Culture est l'outil par excellence pour encourager une culture philanthropique forte au Québec » a mis en valeur le ministre Fortin en annonçant une injection régionale totalisant 267 000 $ dans la culture.

Ça tombe particulièrement bien que le ministre responsable de l'Estrie vante le mécénat, qu'il insiste sur l'importance de la philanthropie. C'est d'actualité ces temps-ci.

Comment votre gouvernement prévoit-il bonifier le don écologique de 9 M$ pour une montagne comme le mont Hereford, en autorisant Hydro-Québec à passer une rangée de pylônes dedans? « J'ai très bien saisi les messages à cet effet. Ça fait partie des éléments que nous prendrons en considération. C'est pourquoi d'ailleurs des gens de l'extérieur de l'Estrie s'intéressent à la question du mont Hereford : ça pourrait avoir des conséquences sur des donations privées ailleurs au Québec, ça c'est clair », admet le ministre Fortin.

Québec compense plus généreusement les petits organismes culturels que les grandes organisations pour « leur donner une impulsion », a-t-on précisé lors de l'annonce ministérielle.

C'est exactement le propos que Richard Séguin a tenu dans nos pages la semaine dernière, en plaidant l'importance de mettre en valeur les contributions privées dans les petites communautés québécoises luttant contre l'exode rural. Saint-Herménégilde et East Hereford, les deux municipalités touchées par la Forêt communautaire Hereford, ont une population de 669 et 283 citoyens, selon l'arrêté ministériel de Québec pour 2017. Saint-Venant-de-Paquette, située pas très loin, serait passée sous la barre des 100 habitants.

Comment promouvoir la philanthropie une journée, sans exiger le lendemain qu'Hydro-Québec respecte les volontés testamentaires de mécènes comme Louise et Neil Tillotson, qui ont cédé un parc forestier de 5600 hectares?

Le maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, Jacques Demers, qui est aussi vice-président de la Fédération des municipalités du Québec (FQM), croit que le gouvernement provincial doit avoir le souci de préserver l'esprit du legs ainsi que la valeur de cette montagne comme un outil de développement.

« Pour y être déjà allé, c'est un endroit ayant un potentiel récréatif indéniable et je sais les gens de ces communautés capables de bien le mettre en valeur » commente celui qui préside également la Corporation ski et golf du Mont-Orford, l'organisme sans but lucratif assurant la gestion de la station touristique que le gouvernement du Québec a cédée pour 1 $ à la MRC Memphrémagog, dont il est également le préfet.

Jacques Demers peut donc disserter longuement sur l'importance d'une montagne dans la vitalité économique d'un milieu. Il s'inquiète par contre de cas où la générosité ne servirait que de façade.

« On s'entend que le mont Hereford est dans une classe à part. L'insistance des donateurs pour que ce vaste domaine reste accessible à tous confirme également sa vocation communautaire. Par contre, la multiplication de servitudes de conservation devient problématique dans la MRC Memphrémagog. Le Canton de Potton, par exemple, est en voie de devenir un fromage de gruyère parce que son territoire est morcelé par des legs de petites superficies, dont la justification n'est pas toujours valable parce qu'elle n'avantage que le donateur ou les membres de sa famille » soulève le préfet Demers, qui entend d'ailleurs s'appuyer sur les différents cas vécus en Estrie pour suggérer à la FQM d'animer une discussion nationale.

Autour de 2 % du territoire estrien serait actuellement protégé. Le legs de 5600 hectares au mont Hereford représente à lui seul 4 % de la superficie totale de la MRC de Coaticook. À défaut de le bonifier, évitons au moins de le saboter.




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