À la recherche d'autres porte-drapeaux

La direction de Bombardier avait fait un autre... (Archives, La Presse)

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La direction de Bombardier avait fait un autre choix moralement discutable, l'an dernier, en célébrant la vente d'appareils à Air Canada la même journée qu'elle avait annoncé la suppression de 7000 emplois, dont 2400 au Québec.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Ce n'est pas nécessairement parce que la cote de crédit du Québec se porte mieux que la cote de crédibilité de nos dirigeants s'est nécessairement améliorée, ai-je relevé au lendemain du budget provincial. Ça n'aura même pas pris une semaine avant de replonger en déficit!

Un important déficit de confiance, à part ça. Sur quelle planète les dirigeants de Bombardier ont-ils vécu au cours des deux dernières années pour avoir seulement songé à s'offrir des hausses salariales aussi pharaoniques?

Avec un minimum d'humilité, ils se seraient rappelé que l'action de l'entreprise n'avait même plus la valeur du plus petit format d'un café (80 cents) avant d'être renflouée à grands coups d'investissements publics.

Avec un peu de décence, ils auraient aussi pris en considération que les 1,3 milliard sortis des poches des Québécois pour sauver la compagnie de la faillite ont été déboursés au plus fort de l'austérité provinciale, pendant que des compressions sévères dans le réseau de la santé insécurisaient des malades. Au moment où d'importantes ponctions dans l'éducation entraînaient une diminution des services d'appoint offerts aux enfants connaissant des difficultés d'apprentissage. C'était également en pleine période de négociation avec les employés de l'État.

Comme le gouvernement Couillard avait eu pas mal de difficulté à faire avaler la pilule du sauvetage, une révision salariale à dose homéopathique aurait traduit une certaine conscience sociale. Mais non, la compagnie a été indifférente à tout cela.

Ce n'était pas une première pour Bombardier. N'était-il pas moralement discutable d'annoncer la même journée la vente de 45 appareils à Air Canada et la suppression de 7000 emplois, dont 2400 au Québec?

C'est pourtant la stratégie qui a été utilisée en février 2016. Une chaleureuse poignée de main avec le président d'Air Canada, Clavin Rovinescu, et des applaudissements de la part du PDG de Bombardier, Alain Bellemare, avaient relégué au second plan la mauvaise nouvelle frappant les travailleurs. Qu'importe ce jour-là la misère du p'tit peuple, les analystes financiers, eux, allaient être rassurés : la compagnie rationalisait et recrutait ses premiers clients.

Y viennent pas tannés, les premiers ministres, de défendre ceux qui marchent sur les travailleurs sans même regarder où ils posent les pieds?

La réaction initiale de Philippe Couillard, jeudi dernier, a été molle et décevante. Le premier ministre s'est ressaisi après que son ministre des Finances, Carlos Leitao, eut, lui, manifesté de l'agacement.

Ce n'est rien en tout cas pour vaincre le scepticisme qui régnait et qui n'est probablement pas complètement dissipé, étant donné que le gouvernement du Québec a mis toutes nos billes dans le placement le plus risqué, le modèle de la CSERIES de Bombardier.

Lors d'un sondage mené à l'automne 2015 parmi les membres de l'Association des économistes du Québec, à peine 59 % d'entre eux avaient appuyé l'approche gouvernementale.

Seulement 47 % des répondants avaient jugé que ce nouvel appareil était promoteur, mais 67 % avaient aussi répondu de manière catégorique qu'à défaut de rentabilité, le Québec ne devait pas s'engager à soutenir davantage Bombardier.

« C'est vrai, j'avais oublié que nous avions consulté nos membres là-dessus », a d'abord réagi le directeur général de l'organisme Bernard Barruco, que j'ai rejoint lundi.

Lui-même économiste, M. Barruco n'a pas voulu se prononcer sur le plan d'affaires devant ramener Bombardier à la rentabilité (à laquelle sont rattachés les généreux bonis) d'ici quelques années.

« Pour ce qui est de la politique salariale, elle était difficilement défendable. Ce n'est sûrement pas la meilleure façon de valoriser la culture entrepreneuriale responsable, socialement et culturellement engagée, que le Québec veut promouvoir et faire rayonner à l'étranger », déplore M. Barruco.

Le faux pas n'est effectivement pas celui d'une multinationale d'ailleurs qui est étrangère à nos valeurs. Bombardier est un fleuron québécois. Un symbole. Un employeur, il faut le dire, de qualité et de choix.

La compagnie elle-même ne souffrira peut-être pas tant que cela de la dérive de ses dirigeants puisque ses avions et ses wagons pour les trains ou les métros sont destinés à un marché très ciblé. Mais son insolence porte néanmoins ombrage au Québec inc. et à l'ensemble des Québécois.

Car, un pareil manque de considération alimente la suspicion et le mépris. Il mine la crédibilité des leaders que nous voulons certes inspirés, mais aussi inspirants. Des gens capables d'avancer, de nous faire avancer, mais aussi capables de rassembler pour maximiser la portée de ce développement de manière à ce que le maximum d'entre nous en retire des avantages.

On n'a plus les porte-drapeaux qu'on avait. Ce déficit de confiance n'apparaît nulle part dans les finances de la province, mais il pèse plus lourd qu'on pense. Trop, même.




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