La semaine des bonis

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L'ingénieur Jonathan Thibault a agi comme guide lors de la visite de l'usine Prinoth de Granby où quatre cols bleus sherbrookois avaient été invités en reconnaissance la créativité dont ils ont fait preuve pour transformer des chenillettes à trottoirs en remorqueuses les jours de tempête.

Spectre Média, Frédéric Côté

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Y'a toujours moyen de faire du pouce avec les bonnes idées.

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Même s'il s'est vu offrir des emplois moins éloignés de Sherbrooke, Charles Quirion fait la navette en covoiturage chaque jour jusqu'à Granby depuis 22 ans où il assemble des chenillettes.

Spectre Média, Frédéric Côté

Les patenteux des ateliers municipaux de Sherbrooke, qui ont conçu un support pour transformer des chenillettes à trottoirs en dépanneuses pour aider des véhicules à monter les côtes les jours de tempête, ne laisseront pas leur signature seulement dans le plan des mesures d'urgence de la Ville.

Impressionnés par cette adaptation simple et efficace, les dirigeants de l'usine Prinoth de Granby leur ont offert cette semaine une visite guidée de leur chaîne d'assemblage.

« Une commercialisation à grande échelle du support? Je ne sais pas. Il faut voir combien de villes ont de tels besoins, car toutes n'ont pas un territoire aussi accidenté que celui de Sherbrooke. Chose certaine, nous allons vérifier l'intérêt dans le monde municipal. De plus, cette initiative nous fournira des arguments auprès de clients qui, parfois, doutent de l'efficacité de nos chenillettes » répond d'entrée de jeu l'ingénieur Jonathan Thibault, agissant comme guide pour le quatuor de visiteurs.

Trois d'entre eux, Guy Corriveau, Gaétan Demers et Mario Larrivée sont à la retraite tandis que le machiniste Mario Bibeau, lui, travaille toujours pour la Ville.

La présence de M. Bibeau a été volontairement discrète, ses patrons des Travaux publics ayant même décliné l'invitation de Prinoth pour éviter les reproches de conflit d'intérêts lors du renouvellement d'équipement municipal.

Les cols bleus ont beau avoir des tâches très spécifiques dans leur convention collective, ils vivent un trip de gang à préparer la machinerie lourde sur laquelle repose l'efficacité du déneigement.

« Vous seriez renversés de voir les adaptations que nous avons faites des chenillettes de Bombardier pour prolonger leur durée de vie. Au point où cela nous a déjà valu un rappel de la part de la compagnie, à l'effet que même les pièces sont brevetées », raconte Guy Corriveau, un ex-leader syndical qui a fini sa carrière à la voirie municipale comme membre de l'équipe de direction.

« Conduire une chenillette à manivelle, c'était du sport. Tu t'arrachais quasiment les épaules à déplacer les bâtons durant huit heures. Lorsque les modèles hydrostatiques sont arrivés, wow! Quand ton nom est en haut de la liste d'ancienneté, c'est toi qui touche au neuf en premier. Chacun fait ses classes », témoigne l'ancien opérateur Gaétan Demers.

Ces cols bleus ont vu évoluer les chenillettes SW (pour Sidewalks), le plus petit des modèles qui sont assemblés par les 225 travailleurs de la firme italienne Prinoth. Plusieurs sont d'anciens employés de Camoplast et de Bombardier.

« Nous avons encore le sang jaune de nos origines et le mariage des cultures a fait avancer nos méthodes de conception et d'assemblage », raconte l'ingénieur Thibault, l'un des superviseurs de production.

Le Sherbrookois Charles Quirion est l'un des mécaniciens ayant vécu ces transitions. Son lien d'emploi avec BRP (la division des produits récréatifs ayant été détachée de l'avionnerie et de la division des transports de Bombardier) lui a déjà ouvert des opportunités de travailler plus près de la maison.

« J'ai effectué un essai, mais ma place est ici. J'aime mon travail, l'ambiance, la camaraderie. Il m'aurait été plus simple de déménager, mais un déracinement aurait amplifié le choc que mes trois enfants ont subi lors du décès de mon épouse. Nous sommes quatre travailleurs à faire du covoiturage à partir de Sherbrooke et ça fonctionne très bien », confie-t-il.

Dans l'usine, en s'approchant de la « chambre des tortures », on entend les lamentations du véhicule qui subit les tests de puissance. C'est un colosse de la famille Panther, susceptible de se retrouver sur des terrains accidentés traversés par les oléoducs, les lignes de transport d'électricité ou dans les parcs d'éoliennes.

« Je suis très impressionné. Je revois Joseph-Armand Bombarbier dans son atelier. En face de tout cela, tu mesures encore mieux l'envergure de ses découvertes », lance spontanément l'ex-col bleu Mario Larrivée.

La compagnie Prinoth est connue mondialement pour ses dameuses utilisées dans les stations de ski ainsi que pour tracer les pistes de ski de fond. Celles-ci ont servi à préparer le circuit de la Coupe du monde où Alex Harvey a récemment triomphé à Québec.

Sommes-nous dans un milieu de travail syndiqué?

« Pas du tout », me répond l'ingénieur Thibault.

Ne craignez-vous pas d'avoir fait entrer le diable dans votre usine? Quatre cols bleus, c'est assez pour contaminer tout votre monde, non?

« Je viens de passer l'avant-midi avec des gens passionnés ne correspondant absolument pas aux stéréotypes du syndiqué qui en fait le moins possible. Cette idée ne m'a jamais traversé l'esprit » recadre habilement le superviseur.

Cette visite n'a ajouté rien d'autre que de la fierté sur la paye des cols bleus créatifs. Ils n'ont reçu pour bonis que de la reconnaissance.




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