La cote de crédit et la cote de crédibilité

Il y a des lueurs de jours meilleurs... (La Tribune, Luc Larochelle)

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Il y a des lueurs de jours meilleurs de chaque côté de l'orage budgétaire que le Québec vient de traverser. Pour cela, honorons les engagements pris envers nos descendants avec le Fonds des générations.

La Tribune, Luc Larochelle

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE/ Maintenant qu'il est sorti de la spirale des déficits budgétaires, le Québec détonne à ce chapitre dans le paysage canadien. Mais son service de dette lui coûtera encore cette année presque la moitié de ce qu'il consacrera au financement de ses écoles, de ses cégeps et de ses universités.

J'aurais été bien d'accord à ce qu'on injecte plus d'argent dans l'éducation, le premier placement des sociétés créatives et compétitives. Si je croisais le ministre Leitao, je lui dirais d'ailleur  : gardez l'insignifiante baisse d'impôt de 55 $ par année et affectez ma contribution santé de 200 $ à soigner la connaissance.

Je ne suis pourtant pas atteint d'amnésie. J'étais présent au budget, en 2010, lorsque cette taxe dédiée a été instaurée. Les membres du gouvernement Charest en avaient quasiment fait une question de vie ou de mort pour le financement adéquat du réseau de la santé lorsqu'ils nous l'ont vendue.

Philippe Couillard a claqué des doigts, il a ordonné à son argentier de rebrasser les cartes, et là, par miracle, on a rayé cette surtaxe de la colonne des revenus. On nous renvoie notre prime d'assurance, on nous offre une baisse d'impôts de 50 $ comme compensation pour les dommages moraux... tout en ramenant la santé au sommet de la liste des priorités budgétaires du Québec.

C'est notre folle propension à angoisser dès qu'on parle de santé ou notre naïveté qui a été exploitée? Moi, j'ai l'impression qu'on nous a roulés dans la farine comme des pogos. Ça prendrait un dégourdi parmi la gang pour nous prévenir quand ils vont partir la friteuse, autrement on va finir sur le menu d'une cantine.

La contribution santé était peut-être une bonne mesure pour ajouter un milliard aux revenus de la province et ainsi rassurer les agences fixant les cotes de crédit. Mais qu'un autre trésorier ait pu la rendre aléatoire en si peu de temps n'augmentera pas la cote de crédibilité des libéraux. En particulier celle des députés qui la défendaient comme une décision judicieuse et courageuse sous Jean Charest et qui applaudissent aujourd'hui à sa disparition.

Revenons tout de même à notre question de départ : où aurions-nous pu prendre de l'argent pour en injecter plus en éducation?

Certains sont d'avis qu'on aurait pu bonifier cette enveloppe et financer d'autres initiatives de développement en réduisant les contributions au Fonds des générations. Pas d'accord.

Le Fonds des générations est une obligation collective et morale que nous nous sommes créée afin de réduire le poids de l'endettement, de manière à ce que le budget de l'éducation au Québec puisse un jour être trois fois, quatre fois et pourquoi pas, cinq fois supérieur aux coûts de la dette.

Diverses redevances sur nos ressources naturelles financent cette caisse. Au fur et à mesure qu'elle prend de l'ampleur, les revenus de placement augmentent aussi. La force hydraulique qui éteindra peu à peu des dettes à exploiter des barrages ou le potentiel minier de notre patrimoine collectif, c'est la turbine de notre honneur. Si l'ex-premier Charest n'a pas visé juste partout, là-dessus, il était dans le mille.

Sauf que les cibles à long terme n'avaient même pas l'âge d'un enfant entrant à la maternelle que nous étions déjà en train de jongler avec l'idée de repousser les échéanciers. Or ce sont d'autres conséquences que le déclin démographique du Québec viendra aggraver si nous manquons de discipline.

La couche active d'une population est celle qui est en âge de travailler. C'est elle qui doit s'atteler pour générer de la richesse au profit de la collectivité. Or vous savez comme moi que la strate de 15 à 64 ans va décliner pour la peine au Québec. Au point où la dette brute d'un Québécois actif qui se chiffrait à 29 998 $ en 2010 atteindra 42 715 $ en 2026. Un alourdissement qui se produira même avec le Fonds des générations.

Le Japon est déjà confronté au problème, le vieillissement d'une population est synonyme de stagnation. La croissance économique du Québec ralentira, les caisses gouvernementales sonneront plus creux, en impôts ou en revenus de taxes sur la consommation.

Cette roue sera moins puissante pour rembourser les dettes et plus vulnérable aux cycles économiques défavorables au cours desquels il faut davantage recourir au crédit. Sachant tout cela, nous n'avons pas le droit de recommencer à tricher en retombant dans la facilité.

Je rêve à ma première bataille de farine avec mes p'tits enfants, au jour où je les amènerai manger une crème glacée à la cantine. Mais de les prendre pour des pogos, jamais!




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