L'aide policière à vivre

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Comme relationniste et comme patrouilleur au Service de police de Sherbrooke, René Dubreuil a traité des centaines de cas de violence conjugale. « Au-delà de toutes les considérations, la sécurité doit primer », croit le policier à la retraite.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Y'a des problèmes que les acteurs de la classe politique peuvent régler entre eux sans trop qu'on s'en mêle, mais pas celui-là. On ne peut rester passifs et attendre que ce soient les échanges de blâmes qui nous fassent avancer.

Le meurtre d'une jeune femme de 18 ans, duquel son ex-ami de coeur de 22 ans devra répondre, a quasiment pris l'allure d'épisodes d'une sordide téléréalité. N'accorder à ces événements qu'une attention relative et passagère, comme c'est trop souvent le cas dans l'enchaînement des faits divers, serait tout aussi troublant.

C'est avec une maturité exemplaire et sans contamination politique que le Québec a évolué sur la délicate question de l'aide médicale à mourir et le même devoir nous incombe aujourd'hui de chercher à mieux encadrer l'aide policière offerte à toute personne dont la vie est menacée à la suite d'une rupture conjugale.

« Il n'y a pas une seule policière ou un seul policier au Québec qui prend un cas comme celui-là à la légère. Des protocoles, il y en a, et ils sont appliqués rigoureusement. Peuvent-ils être améliorés, sûrement, mais prenons le temps d'y réfléchir sérieusement », réagit l'ex-policier sherbrookois René Dubreuil.

Le fil décousu des informations dévoilées par bribes dans les médias ou sur les réseaux sociaux, M. Dubreuil connait. Il a été relationniste au Service de police de Sherbrooke.

« Une journée, on véhicule que la police a ignoré les appels à l'aide. Le lendemain, on confirme plutôt que la victime a décidé de ne pas attendre l'escorte policière pour aller récupérer ses biens. Ce n'est plus la même histoire. Mais retenons par-dessus tout qu'il n'y a jamais d'urgence à affronter une situation potentiellement dangereuse et qu'il ne faut jamais provoquer cette situation non plus. »

Une remarque, précise M. Dubreuil, qui ne se veut pas un reproche de témérité à l'endroit de la victime Daphné Huard-Boudreault, que son ex-copain Anthony Pratte-Lops attendait après avoir publié sur Facebook une vidéo qui révélait chez lui une colère inquiétante.

« Je comprends l'hésitation à attendre l'arrivée des policiers. Les personnes menacées craignent souvent d'envenimer les choses, elles ne veulent pas étaler leur vie privée devant les voisins. Il nous est arrivé de débarquer chez un juge pour de semblables motifs, et nous l'avons fait de la même façon que chez n'importe quel citoyen ordinaire. Femme ou homme, peu importe le statut social, c'est la sécurité qui prime », témoigne celui qui a également une longue feuille de route comme patrouilleur.

Selon M. Dubreuil, les policiers ne lésinent pas, ils procèdent à l'arrestation d'une personne dès qu'ils ont de bons motifs de croire que celle-ci a proféré des menaces ou eu un comportement violent. Même à défaut d'avoir obtenu la dénonciation d'un plaignant.

« Cette directive existe et elle est appliquée. Il appartient alors à un juge de déterminer s'il y a d'autres procédures devant la justice. Il m'est d'arrivé d'être frappé par une femme à qui nous avions porté secours parce que nous voulions embarquer son conjoint. Ce sont toujours des interventions délicates et compliquées. »

Le travail des policiers se doit d'être encadré, convient M. Dubreuil, qui soulève tout de même ce parallèle :

« Ça me laisse perplexe qu'un inspecteur de la Société protectrice des animaux puisse entrer sans mandat dans une maison pour enquêter sur le signalement d'un chien ou d'un chat qui aurait été maltraité alors qu'un policier ne peut faire les mêmes vérifications pour s'assurer qu'une personne n'est pas en danger. »

Souvent perçue comme une intrusion ou une provocation, l'intervention policière devrait plutôt être présentée comme un outil de prévention pour désamorcer les crises. Un rôle que des agents partagent maintenant avec des employés du réseau de la santé au sein de l'équipe mobile d'intervention psychosociale mise à l'essai à Sherbrooke pour répondre à des appels logés à la centrale 911.

« Nous avons là une bonne piste pour faire évoluer les méthodes de travail auprès des personnes menacées », croit René Dubreuil.

Parfaitement d'accord.

Il importe de rappeler que les policiers n'ont pas reçu un accueil chaleureux dans toutes les écoles secondaires lorsque le programme d'intervention en milieu scolaire a été déployé. Certains gestionnaires appréhendaient les jugements, ils craignaient qu'une présence policière trop visible soit interprétée comme un signe de délinquance chronique, qu'elle projette l'image d'un milieu d'apprentissage malsain. Qui s'inquiète encore de cela une quinzaine d'années plus tard?

Faudrait tendre socialement vers cette même évolution pour assainir l'air de nos maisons lorsque l'amour fou est éconduit et que la colère risque de devenir folie. Chose certaine, ne rien faire pour mieux protéger nos filles et nos fils contre ces volcans ne serait pas une grande preuve d'intelligence.




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