Faute avouée, blâmes dirigés

C'était du temps des charrettes et non des... (La Presse, Patrick Sanfacon)

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C'était du temps des charrettes et non des véhicules motorisés, mais Montréal devait ressembler à ça les jours de tempête il y a 375 ans.

La Presse, Patrick Sanfacon

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Puis, mon Fred, les excuses du premier ministre Couillard?
- « Bof! »

Frédéric est l'un de mes gendres. Je vous le présenterai un peu plus loin dans le texte, mais déjà vous le situez comme personnage de cette chronique. Il est parmi les citoyens qui se sont retrouvés captifs de l'hiver, comme aux premiers jours de Ville-Marie. En passant, la coïncidence avec l'année des festivités du 375e de Montréal est tellement grosse que je demande si cette gestion de colons n'était pas un peu volontaire pour « célébrer l'histoire ».*

Le premier ministre Philippe Couillard a présenté des excuses aux automobilistes qui sont restés coincés sur l'autoroute 13 au nom de son gouvernement et en son nom. Geste noble, d'une certaine humilité.

Le ministre Laurent Lessard, lui, a par contre choisi une curieuse façon pour s'amender :

« Au ministère des Transports, ils ne font jamais ça, présenter des excuses. Pour la première fois, on va le faire », a-t-il déclaré avec une pointe d'ironie.

Que des fonctionnaires aient omis de réveiller M. Lessard pour l'informer que la situation était devenue critique, l'excuse peut être valable. Surtout s'il est vrai que la sous-ministre en autorité n'a pas reçu d'appel non plus. Celle-ci a tout de même payé la note en se voyant retirer la coordination des urgences.

Sauf que, maintenant que Laurent Lessard s'est en quelque sorte avoué incapable de dompter les pensionnaires de l'écurie dont il a la garde, on fait quoi : on change de cavalier ou on envoie tous les chevaux à la boucherie?

Quoiqu'il advienne, je conseillerai à Fred de ne pas trop miser sur les remue-ménages administratifs ou politiques pour garantir sa propre sécurité ainsi que celle de ma fille.

Frédéric (Provost) et notre Élisabeth se sont rencontrés à la Fac et sont tous les deux diplômés en pharmacologie de l'Université de Sherbrooke. Il travaille de soir ces temps-ci et termine habituellement à 22 h. Sa collègue et lui avaient toutefois convenu mardi soir de partir un peu plus tôt.

« À l'heure du souper, nous sommes allés rapprocher nos autos de la sortie du stationnement, autrement nous n'aurions même pas pu sortir de la cour! Remarque, ça aurait peut-être été une bonne chose... »

Pas de ligne de métro à proximité et avec des images d'autobus embourbés aux bulletins télévisés à l'heure du souper, cette alternative n'était trop invitante. Fred et sa voiture allaient relever le défi.

Il faut que je vous précise que nos tourtereaux sont champions de la navigation numérique. Lorsqu'ils nous attendent sur l'île, ils calment notre stress en nous appelant en chemin : code rouge là, là et là. Voici votre meilleur chemin.

Ton GPS, il disait quoi à propos de l'autoroute 13 en sortant du bureau?

« C'est bête, mais j'ai oublié de regarder. Je n'ai pensé qu'à prendre le chemin le plus court, celui que je connais le mieux pour rentrer au plus vite ».

Malgré la menace détectée quelques heures plus tôt, c'est la routine qui a quand même pris le volant.

« J'ai entendu à la radio que la A-13 était congestionnée, mais habituellement, ça finit par débloquer. »

L'habitude, ce conditionnement qui s'incruste dans la pensée. Qui fait notamment en sorte qu'un ministre vit une tempête en différé parce qu'on s'enlise aussi dans la chaîne de commandement.

Fred a passé un bon quatre heures à méditer, à conjurer le mauvais sort. Jusqu'à ce que des véhicules plus costauds que sa petite voiture commencent à tracer une voie de sortie. Voyant cela, la femme qui le devançait a eu la même idée que lui et s'est précipitée derrière les grands explorateurs. Il l'a suivie. Jusqu'à ce qu'elle s'embourbe.

« Ah non, bordel! »

Fred n'a pas failli à toutes les étapes de prévoyance et ça l'a bien servi. Il portait des vêtements chauds, il avait des gants et... une pelle. Le Bon Samaritain est allé aider sa cause.

« Si vous réussissez à repartir, pesez dessus et ne relâchez que quand nous serons sortis de ce bourbier ».

Le gaz dans le tapis, avec les roues qui tournaient dix tours pour gagner un centimètre, les deux ont réussi.

« J'étais tellement stressé lorsque j'ai enfin mis les pieds à la maison que même à 25 ans, j'ai réagi comme si j'en avais seulement dix. J'ai réveillé mes parents pour leur dire qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter, eux qui n'avaient pourtant pas la moindre idée de ce qui m'était arrivé, car ils dormaient ».

Morale de cette histoire, sous le coup de la frustration, c'est toujours tentant de frapper sur un ministre à coups de pelle. Si le manche casse sous la pression d'une force incontrôlée, la pelle devient beaucoup moins efficace.

Garde ta pelle, mon Fred. Prends-en soin. Fais-la toujours suivre dans ta voiture. Tu seras moins dépendant de décideurs qui ont besoin d'un Wake up call pour réaliser qu'on n'est plus au temps de la colonie.

*www.375mtl.com




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