La bourgade récupère son église et ses 100 acres

L'ex-marguillier Jean-Marie Gosselin de même que Jacqueline Désindes,... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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L'ex-marguillier Jean-Marie Gosselin de même que Jacqueline Désindes, une voisine qui est aussi conseillère municipale à Newport, sont soulagés que la communauté de Saint-Mathias-de-Bonneterre puisse reprendre le plein contrôle de son église ainsi que du lot boisé de 100 acres qui est situé derrière.

Spectre Média, Frédéric Côté

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Luc Larochelle
La Tribune

CHRONIQUE / Saint-Mathias-de-Bonneterre. On s'y rend par les montagnes alors qu'on y entre par une porte menant vers un clocher situé dans une baisseur. Premier fait insolite du voyage, car dans la plupart des villages, le pignon de l'église est accoté au ciel, plus proche du paradis.

Une dizaine de maisons, une annonce de cantine fermée l'hiver et qui ne longe même pas la rue principale, la vitalité du milieu est peu convaincante au premier regard de l'étranger. Jusqu'à ce qu'on parle d'identité.

Dès qu'il a été question de fusions de paroisses, en 2014, l'Angélus a sonné dans la bourgade. Y'était pas question de s'en remettre seulement à la providence pour veiller à ce que la communauté garde son église et, non moins important, le lot à bois se trouvant derrière.

Mission accomplie. Presque, puisqu'il y a accord de principe : l'OTJ va hériter d'un bâtiment de 196 000 $ ainsi que d'un 100 acres (41 hectares) estimé à 124 000 $, selon les valeurs inscrites au rôle foncier. Ces biens jugés indispensables et indissociables vont rester dans la collectivité.

La paroisse de Saint-Mathias-de-Bonneterre a été dissoute le 3 septembre 2014. Il aura fallu deux ans et demi pour se rendre à la volonté que les administrateurs de la défunte fabrique avaient exprimée avant la fusion et à laquelle leur curé Daniel Gilbert avait alors souscrit.

« Nous étions dans l'inconnu. Nous savions que notre terrain boisé avait une bonne valeur commerciale et nous avions des craintes qu'il soit vendu pour payer des dettes. La bonne nouvelle nous a été communiquée au cours des derniers jours », se réjouit Jacqueline Désindes, une voisine impliquée et aujourd'hui rassurée.

Saint-Mathias-de-Bonneterre n'est pas un village légalement constitué, mais plutôt un hameau à cheval sur deux municipalités : les gens habitant du côté de l'église sont des citoyens de Newport tandis que ceux qui vivent en face, au sud de la route 210, sont rattachés à Saint-Isidore-de-Clifton.

« Le lieu de résidence n'a jamais eu d'importance sur notre sentiment d'appartenance. L'église a toujours été notre point de rassemblement, pas seulement pour prier. Le bâtiment est chauffé avec du bois coupé sur notre lot par des bénévoles. Lorsque nous avons besoin des revenus supplémentaires pour financer des travaux d'entretien, c'est également cette forêt qui nous les procure. Ça va soulager ben du monde », juge également Jean-Marie Gosselin, un ancien marguillier.

Les revendications de la communauté étaient appuyées par une entente notariée en 1952, « une donation entre vifs et irrévocable », en vertu de laquelle le diocèse de Sherbrooke cédait la terre de grande superficie à la défunte fabrique.

« C'est quand même pas l'évêque qui serait allé bûcher le bois des gens de Saint-Mathias», caricature Daniel Gilbert.

Architecte des fusions paroissiales ayant eu lieu en... - image 2.0

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Architecte des fusions paroissiales ayant eu lieu en 2014 dans la MRC du Haut-Saint-François, le curé Daniel Gilbert affirme qu'il n'a jamais été question d'une vente d'actifs comme celle que des citoyens de Saint-Mathias appréhendaient.

Architecte de la fusion de neuf anciennes fabriques de la MRC du Haut-Saint-François en deux unités pastorales, le curé Gilbert affirme que les garanties ont toujours été claires.

« Des comités locaux de gestion ont été mis en place lors de la réorganisation pour veiller justement sur les intérêts de chacun. Nous remettons même aux gens de Saint-Mathias les 1600 $ qui restaient dans leur compte de banque ». 

La municipalité de Newport a songé à acquérir ces actifs. Elle était prête à garantir un droit d'usage à long terme aux fidèles pour l'église autant qu'aux jeunes pour les loisirs. Par contre, elle refusait de prendre les frais d'exploitation à sa charge.

« Si vous me vendez votre voiture et que je vous demande de continuer à payer l'essence et les assurances, qu'allez-vous me dire? Il fallait prendre le temps de bien faire les choses. Là, la décision de changer la vocation de l'église vient du milieu qui en devient pleinement responsable », compare le représentant diocésain.

« C'est le retour de ce qui nous appartenait déjà, l'archevêché fait juste enlever sa griffe dessus » considère l'ex-marguillier Gosselin.

Pas complètement puisque si une vente partielle ou totale des biens cédés est conclue durant les cinq premières années, 50 % du prix de vente reviendra dans les poches de la fabrique Ste-Marie-de-l'Incarnation.

« Il a fallu renégocier cette clause. Au départ, on voulait nous imposer le remboursement de 50 % de la valeur commerciale et non du prix vendu » relève Claude Vachon, un autre citoyen se déclarant aujourd'hui satisfait de l'entente.

Que ferez-vous de votre église?

« Notre brunch de cabane à sucre s'en vient. Nous avons plusieurs activités, des fêtes d'enfants, etc. Les membres du club d'archers utilisent la salle paroissiale pour s'entrainer au tir. Ne vous inquiétez pas pour nous », répond Jacqueline Désindes.

En ville, il arrive fréquemment que le site d'une église à recycler suscite plus d'intérêt que la structure elle-même. On rase et on reconstruit. À Saint-Mathias-de-Bonneterre, au milieu de nulle part, ça aide d'avoir « un 100 acres » derrière.




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