La liberté de parole mise en tutelle

Les grands principes du rayonnement de la pensée... (Archives, La Tribune)

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Les grands principes du rayonnement de la pensée et du savoir par le choc des idées se sont retrouvés bien à l'étroit ces dernières semaines à l'Université de Sherbrooke.

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Lorsqu'un conciliateur entre en scène pour tenter de dénouer une impasse, il suggère toujours la discrétion aux parties impliquées. Le refus des mandataires de dévoiler les termes d'une entente de principe avant de les soumettre à leurs commettants est également monnaie courante.

Sur ces aspects, les négociations qui viendraient d'aboutir entre l'Université de Sherbrooke et le syndicat représentant ses professeurs (SPPUS) n'ont rien de particulier. Il n'est pas certain par contre que la signature d'une nouvelle convention passera le balai sur toutes les frictions, notamment sur l'interprétation pointilleuse de la direction qui s'est référée au Code du travail pour définir la liberté d'expression.

Pour un, je suis estomaqué par cette prise de position. Un black-out de la pensée sur un campus universitaire est un événement aussi rare que la noirceur prolongée du verglas de 1998. D'autant que la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Hélène David, l'a vécue live, avec son regard d'ancienne vice-rectrice de l'Université de Montréal.

Rappelons les faits. Débarquée à Sherbrooke le 20 février pour annoncer des investissements immobiliers dans le parc universitaire, la ministre David a également pris part à un forum sur les violences sexuelles. Or, l'une des ressources québécoises les plus compétentes pour en parler est une membre du corps professoral de l'UdeS. Cosignataire de l'Enquête sur la sexualité en milieu universitaire, Geneviève Paquette a été invitée à suivre la ministre tout au long de sa tournée provinciale et il allait donc de soi qu'elle se retrouve sur le panel à Sherbrooke.

Désolé, Mme Paquette, aujourd'hui vous êtes gréviste pas experte. Lorsqu'il y a une ligne de piquetage, comme les autres, taisez-vous, s'est objectée la direction de l'Université. Une forme de mise en tutelle peu éloquente dans ce milieu élitiste ayant la prétention d'être le rempart autant que le symbole de toutes les libertés.

L'examen comptant pour l'autre 50 % de la note de la direction s'en venait. Comme on le sait, le collège électoral élira le prochain recteur le 23 mars. À défaut d'une entente, on peut présumer qu'il y aurait eu cette journée-là un débrayage stratégique de 24 heures des membres du SPPUS. Les professeurs membres du collège électoral auraient-ils été considérés comme des briseurs de grève s'ils avaient participé au vote? En auraient-ils été empêchés par la direction?

Ça pose une difficulté de trouver un expert à Sherbrooke qui saurait nous dire si l'intransigeance patronale manifestée en présence de la ministre David s'appuyait sur une jurisprudence solide ou si de tels arguments ont déjà été invalidés par les tribunaux. Soit qu'on cherche dans les rangs des professeurs qui étaient grévistes ou du côté des patrons qui redeviendront des professeurs syndiqués le jour où se terminera leur mandat de gestion! C'est tout de même un beau cas d'espèce pour nos futurs juristes. Peut-être un sujet de maîtrise.

Tout comme moi, vous avez souvent entendu qu'un statut spécial doit être reconnu aux universités. Quiconque osera remettre en question leur autonomie commettra un sacrilège puisque la liberté académique est un pilier des sociétés évoluées, ce pour quoi elle devrait être à jamais préservée.

Récemment, lorsqu'un membre de l'équipe sportive s'est retrouvé coincé aux douanes américaines et que le documentaire T'es où Youssef? a ramené dans l'actualité les fréquentations d'un quatuor d'étudiants ayant versé dans l'islamisme radical, j'ai demandé au vice-recteur aux affaires gouvernementales, Alain Webster, si ces histoires risquaient d'altérer l'image de l'UdeS durant la période de recrutement de nouveaux étudiants.

« Nous ne prévoyons aucun impact négatif. Pouvoir redire qu'un établissement universitaire est un lieu ouvert, un lieu accessible, un lieu où la liberté de circulation est fondamentale, ce n'est que positif. Je pense que c'est une opinion qui est largement reprise par l'ensemble des citoyens du Québec », m'a-t-il répondu.

Alors, c'est assez stupéfiant de voir à quelle vitesse cette liberté, vous la passez au hache-viande entre vous, gang!

Y'a d'autres négociations à compléter, d'autres contrats de travail à renouveler. Il est peut-être prématuré d'envisager sur la colline du haut savoir une confrontation d'idées non conventionnées qui porterait sur la liberté universitaire.

Si l'ouverture est assez grande un jour pour ça se fasse, laissez-nous le savoir. Je ne suis sûrement pas le seul qui aurait la curiosité intellectuelle d'y assister.




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